Invité, le 8 février, sur le plateau de France TV dans l’émission L’Événement de Caroline Roux, Gabriel Attal est revenu sur l’aggravation de la santé mentale des Français, et plus particulièrement des jeunes. Il a évoqué l’augmentation des dépressions et des tentatives de suicide et a affirmé « avoir fait de la santé mentale de nos jeunes une très grande priorité ». On remarquera qu’il a dit peu ou prou la même chose pour l’Éducation nationale et l'agriculture, mais passons.

Mal-être durable

Il y a tout juste un an, un rapport de Santé publique France révélait sur ce sujet des bulletins, région par région, sur les conduites suicidaires pendant et à la suite de la crise sanitaire avec une actualisation des données de 2019. On y lit le constat global d’« une dégradation continue, à partir de l’automne 2020, des indicateurs relatifs aux passages aux urgences pour idées suicidaires et gestes suicidaires, et aux hospitalisations pour tentative de suicide, particulièrement chez les jeunes de 10 à 24 ans et de sexe féminin. Cette tendance se poursuivait en 2021 et même s’accentuait en 2022. » Cela témoigne, poursuit ce rapport, « d’un mal-être qui apparaît durable », lié à la crise sanitaire mais aussi à d'autres causes « telles que les difficultés économiques, la situation internationale ou les problèmes environnementaux ».

Sans grande surprise, les régions Île-de-France, Hauts-de-France mais aussi la Bretagne ont de mauvais résultats. En Île-de France, on note une « augmentation brutale des passages aux urgences pour idées suicidaires au deuxième trimestre 2020 : 6,3 fois plus de passages chez les 11-17 ans et 3,7 plus chez les 18-24 ans ainsi qu’une persistance du niveau élevé de ces passages en 2022, suggérant une dégradation de la santé mentale qui s’est inscrite dans la durée ». À quoi est-ce dû ? Le deuxième trimestre 2020 fut celui du confinement, très strict en France, et nos enfants paient encore aujourd’hui les conséquences d’un choix désastreux, et pas seulement en matière économique !

13 millions de Français qui vont mal

Dans les Hauts-de-France, sur la période 2020-2021, c'est la classe d'âge 11-24 ans qui a été le plus touchée par les idées suicidaires (passages aux urgences multipliés par 2,2), et particulièrement dans la tranche d’âge (tendre…) des 11-17 ans. En Bretagne, cette même classe d’âge est aussi particulièrement touchée. Notons que, de son côté, la Croix-Rouge alerte, elle aussi, sur l’état mental des Français, en précisant qu’une personne sur cinq est touchée chaque année par un trouble psychique, ce qui fait tout de même 13 millions de Français qui vont mal.

Alors entendre, ces jours-ci, Gabriel Attal s’alarmer de cette crise française quand il fut un partisan fervent et un artisan convaincu de cette politique d’enfermement et de privation des libertés civiles durant la pandémie de Covid-19, avec une nette tendance à la culpabilisation des plus jeunes - souvenez-vous, il fallait éviter de contaminer papi et mamie -, ne manque pas de sel. Cynique et sans vergogne, ne joue-t-il pas ici, comme bien d'autres, le rôle du pompier pyromane ? Selon le nouveau Premier ministre, cette dégradation du moral des Français est dû à des angoisses climatiques, « peut-être aux suites du Covid » et à l’irruption de la guerre en Europe. Jamais il ne remet en cause le discours systématiquement anxiogène adopté dans la communication politique : sur ce plan, le discours de la guerre en Ukraine, puis au Moyen-Orient, a remplacé la grande peur covidique.

Renouer avec l'imaginaire et la spiritualité

Marie-Estelle Dupont, psychologue clinicienne, a alerté l’opinion publique sur ce sujet à de nombreuses reprises. Selon elle, ce qui a été fait est le contraire de ce qu’il aurait fallu faire. Lors d’un entretien au Figaro, elle explique que cet enfermement, physique avec le confinement, puis mental avec de grandes peurs successives face auxquelles l’État impose des explications et des solutions technocratiques, est une atteinte grave au psychisme et à la construction, fragile et précieuse, des adolescents. « L’actualité est anxiogène, mais elle est anxiogène depuis quarante ans », rappelle-t-elle, et dit observer « un double mouvement d’une baisse de l’instruction et, quand on est moins instruit, on a moins confiance en soi, et d’un narratif où le collectif leur dit que le seul moyen de venir à bout de ces crises, ce serait d’aller vers une réponse très uniformisée, avec une super structure technocratique, et qu’il y aurait une réponse uniforme pour chaque crise. » Cela entraîne, chez l'individu, une « désubjectivisation » - « puisqu’on lui signifie que ce qu’il pense a assez peu d’importance. Et pour un jeune qui est en train de construire son sens critique, sa confiance en lui, sa relation aux autres, évidemment, c’est très délétère. » D’où un « aquoibonisme » très pernicieux, une impossibilité de se projeter, de construire projet et foyer, de tisser des liens affectifs, de mener jusqu’à leur terme études et ambition professionnelle.

La solution ? Elle se trouve à l’opposé du catastrophisme, du négativisme, de la culpabilisation permanente que les héritiers de 68, les jouisseurs sans entraves, imposent à leur progéniture. Il faut, nous dit Marie-Estelle Dupont, retrouver la symbolique, l’imaginaire, renouer avec la spiritualité. Car sinon, c’est une génération massacrée, dépressive et violente qui sera tenue de construire l’avenir de la nation.

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12 février 2024 à 12:00

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15 commentaires

  1. Certes il est plus facile de financer des migrants qui n’ont rien à faire dans notre pays ou une guerre afin de la prolonger.

  2. Marie-Estelle Dupont explique très clairement ce qui se passe pour nos jeunes et énumère les diverses façons de les aider. Merci à elle.
    Répandre les idées négatives véhiculées par la peur d’un virus ou celle du changement climatique est coupable de non assistance à jeune en danger car vulnérable et en besoin ou quête de réponses, de certitudes, de recherches, bref d’accompagnement et, pour tout dire, d’éducation.

  3. Vous parlez de dépression pour les générations à venir ? pour le moment nos jeunes jusqu’à environ 12 ans ont peur d’être tué et ne veulent plus sortir seuls ! Les Ados eux sont en colère et il ne faudrait pas grande étincelle pour les voir se lever ( filles ou garçons ) contre ceux qui les empêchent de vivre normalement ( ils se réfugient dans leurs jeux vidéos ) le jeux virtuel sera bientôt réel et la révoltent de nos enfants et petits enfants est latente et explosera si le gouvernement ne les écoutent pas et continue à donner raison aux malfaisants venus d’Afrique pour leur prendre la vie et la terre de leurs ancêtres !

  4. Il est de notoriété publique que ce pays bat tout les records de consommation d’anxiolytiques, d’antidépresseurs et de neuroleptiques…Et ne parlons pas des drogues… La faute à qui ? Ces médias odieux sans doute mais pas que. Ce qui conduit nos enfants a cette désespérance, c’est ce vide sidéral dans lequel ils sont forcés de vivre. Vide spirituel, vide culturel, vide intellectuel, vide d’idéal, vide d’encadrements et de modèles, vide affectif, vide moral, vide relationnel, vide d’autorité… C’est la société que des pervers se sont acharnés à déconstruire depuis 40 ans….

    1. Mais QUI délivre à tour de bras sur ordonnances des anxiolytiques et antidépresseurs ? Des soit-disant médecins psys encore plus « ravagés » que leurs patients/victimes ! Allez : un bon camp scout pour remettre nos jeunes « d’aplomb » !

  5. Comment ne pas être déprimé lorsqu’on voit l’Europe que les dictateurs mondialistes mettent en place. La jeunesse des années 70 était insouciante, joyeuse, pleine de confiance en l’avenir. Puis il y a eu le socialisme, l’utopie européenne, le déclin.

  6. Article intéressant mais la psychologue empreinte elle aussi malheureusement par le passage obligé de la condamnation de la génération 68 , tarte à la crème et explication facile des dérives de notre pays .
    En 68 ,150 000 zêbres se prenaient pour le Che ou pour Mao et foutaient le bazar à la Sorbonne .
    L’immense majorité de cette classe d’âge était à l’usine où dans les commerces ou au service militaire.
    Ce qui a été le plus marquant c’est la fuite de l’appareil d’état gaulliste, en 24 heures tous à Baden ou à Genève.

  7. Je vous trouve bien sévère avec Attal qui, selon vous, « découvre que les jeunes Français vont mal ». Je pense qu’il le sait depuis longtemps. Mais avant il a été ministre du budget…
    En revanche je partage à deux cent pour cent votre conclusion sur les soixante-huitards (la génération de mes parents) qui ne se sont guère préoccupé de l’avenir de leurs enfants. L’idée était à peu près la suivante. Nous mettons nos gosses dans les meilleures écoles publiques ou privées. Point barre. Si en plus nos gosses veulent de l’amour parental mais où allons-nous ? Que nos gamins nous laissent vivre notre vie à notre guise et ne viennent pas nous emm…
    L’affaire (sic) Depardieu a remis au devant de l’actualité le film Les Valseuses. Cette curiosité cinématographique a été qualifiée rien moins que de chef-d’oeuvre par le critique cinéma du Figaro Eric Neuhoff la semaine dernière… Et je parle bien du critique du Figaro et non du critique cinéma de Libé ou de Télérama. Cela donne un idée du degré d’imprégnation des délires de la gauche dans le mental des Français. Mais ce film a au moins le mérite, et c’est bien le seul, de donner une petite idée de la vision du monde de cette génération corrompue. D’ailleurs, le film n’a pas de fin, à proprement parler. Les personnages continuent leur errance vers le néant. Le néant est bien là tout l’héritage laissé par ces baby-boomers qui avaient fait de la jouissance égoïste l’alpha et l’omega de tout projet de vie.
    Pas étonnant que les jeunes Français dépriment.

    1. D’accord avec vous : j’ai été outrée par ce film immoral , passé à la  » télé »; et encore plus d’entendre les rires gras à coté..
      Par contre, svp, ne mettez pas tous ceux qui étaient étudiants à Paris en 1968 dans le même panier !

  8. La spécificité du coker est de se trémousser et quémander des caresses à toutes personnes qu’il rencontre.

  9. je me rappelle qu’en 2000, je lisais des textes de l’OMS qui annonçait que la santé mentale était un problème d’avenir si on n’y faisait rien. Eh bien, on a fait tout ce que nous avons vécu depuis depuis : nous en avons le résultat.

  10. Qui est responsable des angoisses climatiques ?
    Qui refuse tout débat sur la question et veut même créer un délit de climato-scepticisme ?
    Qui a contribué à la destruction de la cellule familiale en déconsidérant le mariage traditionnel ?
    Qui contamine nos enfants avec les théories du genre ?
    J’ai bientôt 65 ans, je ne suis pas angoissé par le changement climatique mais complètement écœuré par le nihilisme de nos gouvernants !

    1. entièrement d’accord. Depuis la maternelle on leur « bourre le mou » avec toutes ces infos sur le climat, sur le genre, etc
      pas étonnant que les gosses le vivent très mal. surtout s’ils n’ont pas une famille solide . quand je fais les devoirs avec mon petit fils, j’essaie de lui faire voir un autre aspect de ce qu’on leur « inflige » à l’école, mais c’est difficile car ce qu’on leur apprend est forcément la vérité, et il se fâche plutôt contre moi.

      1. Vous êtes bien bonne de l’aider à faire ses devoirs !!! Emmenez le plutôt promener à la campagne, il verra la vraie vie, pas si pourrie que ça, et il sera content. Une grand mère c’est pas fait pour se démonter la tête avec des devoirs… plutôt bien vivre et sourire… votre petit fils sera très content ! Et puis, pour ce qu’ils font à l’école ???
        Essayez… j’ai 78 ans et j’ai vécu votre problème…

  11. Ces enfants voient leurs parents en difficulté financière face à toutes les augmentations , à l’école ils subissent cette politique destructive et ces intervenants hors sol , l’enfermement pendant la crise covid a été on ne peut plus néfaste pour tous les âges . L’actualité au quotidien ne laisse pas présager un evenir serein . Quand à lui faire confiance pour régler le problème c’est non , tout ce que ceux là touchent empire .

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