[SANTÉ] L’Ordre des médecins parisien : petite autopsie d’un grand désordre
« Une mafia qui détourne l’argent des confrères ! » Voilà ce que serait devenu le Conseil de l’Ordre des médecins de Paris si l’on en croit un médecin parisien sous couvert d’anonymat par crainte de représailles, cité par Le Parisien du 14 avril dernier. Cette institution, qui trouve une origine lointaine dans les corporations de l’Ancien Régime, a vu le jour d’abord sous le régime de Vichy puis, sous sa forme actuelle, à la Libération, en septembre 1945. Ce n’est pas un syndicat, mais un organisme de droit privé chargé d’une mission de service public, ce qui implique un contrôle de tutelle de l’État. Il ne se charge pas des intérêts économiques des médecins mais il défend, ou aurait dû défendre, l’honneur et l’indépendance de la profession. L’inscription au tableau de l’Ordre des médecins constitue un véritable « droit d’exercer ». Elle est obligatoire après vérification des titres, des diplômes et de la moralité du demandeur. Il a également une mission juridictionnelle et disciplinaire instruisant les plaintes des patients, les litiges entre médecins et le pouvoir de prononcer des sanctions allant de l’avertissement à la radiation définitive. Nous sommes donc, en théorie, assez loin du fonctionnement d'un syndicat du crime !
Dépenses somptuaires...
Que s’est-il donc passé au Conseil parisien de l’Ordre des médecins dont la dissolution a été prononcée le 13 avril 2026 par l’Agence régionale de santé (ARS) ? L’origine de cette décision se trouve dans une mission menée par l’Inspection générale des finances (IGF) entre septembre et octobre 2025. La publication des conclusions dans Le Canard Enchaîné, et dans Le Monde, en mars 2026 a précipité la crise. Signalons pêle-mêle des dépenses somptuaires (achat de grands vins, voyages en classe affaires, notes de taxi faramineuses et non justifiées ; on se croirait presque dans l’audiovisuel public !). À cela s’ajoutent des achats immobiliers inconsidérés, des défauts de prise en charge après des signalements pour homicide involontaire ou agression sexuelle, des problèmes de harcèlement et une opacité dans la gestion du tableau et des transferts de dossiers. Tout cela est décrit dans le communiqué de presse de l’ARS du 13 avril 2026.
L'entre-soi, terreau de la corruption
Pourquoi cette corruption financière et ce laxisme disciplinaire ? Il semble que ce soient les conséquences d’un système tourné vers l’entre-soi et la préservation des privilèges des conseillers ordinaux. Même si elle n’est pas parisienne, l’affaire Le Scouarnec, ce chirurgien condamné en 2005 pour détention d’images pédopornographiques (qui a renoncé à faire appel de sa condamnation) et qui a continué à sévir pendant 20 ans, est emblématique du laisser-aller de l’institution. L’autorégulation s’est transformée en complaisance, permissivité et rentes de situation. Le ver était dans le fruit. Le temple de la déontologie médicale s’est effondré sur lui-même. Le sage conseil évangélique Medice, cura te ipsum (médecin, guéris-toi toi même, NDLR) a été oublié ! L’IGF a donc saisi le procureur de la République, le Conseil national de l’Ordre des médecins a voté à 90 % un avis favorable à la dissolution de sa branche parisienne et ensuite, la ministre de la Santé Stéphanie Rist, a mandaté l’ARS qui a signé l’arrêté officiel de dissolution.
Un nouveau départ sous haute surveillance
Comment va se faire la reconstruction ? À court terme, une gestion de transition a été mise en place avec une équipe restreinte de quatre membres nommés par l’ARS et chargée de la gestion des affaires courantes. À moyen terme auront lieu de nouvelles élections avec le renouvellement intégral des membres pour repartir sur des bases saines. Signalons qu’au niveau national, une volonté de rupture avait été marquée par l’élection à la présidence du professeur Stéphane Oustric en 2025 sur un programme axé sur la tolérance zéro vis-à-vis des violences, la transparence et l’harmonisation financière, de même que la modernisation de l’exercice (accompagnement des médecins face à la financiarisation et aux enjeux numériques). Une modification profonde des statuts est également envisagée.
Revers de la médaille, certains craignent une mainmise de l’État sur le contrôle et la régulation de la profession avec une gestion comptable et technocratique assurée par les ARS se rapprochant des modèles anglo-saxons et un accroissement de la fonctionnarisation des médecins libéraux.
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44 commentaires
Chirurgien retraité je suis indigné par l’absence de réactions de la part de l’ordre pour les questions de déontologie en rapport avec les questions d’évolution des pratiques médicales.Par exemple pratiquement sur l’allongement de l’autorisation de la date des avortements.
Et comment accepter les interventions de changement de sexe sur nos adolescents ? Y compris dans nos hôpitaux universitaires…
Triste évolution de cette profession dont je me faisais une autre idée…
Cher docteur, le Conseil de l’Ordre, comme vous le savez, s’occupe des médecins mais ce n’est
pas lui qui légifère… Pour les avortements, c’est une décision médicale qui a été prise avec,
sans doute, certaines précautions. Pour les changements de sexes, vous avez entièrement
raison !
Il y a encore 50 ou 60 ans, le médecin était motivé par l’humanisme et le devoir de soigner ses contemporains. Son éthique, lié à son serment depuis Hippocrate et les anciens Grecs aux origines de notre civilisation, le classait parmi les personnes de confiance.
Puis de nouvelles générations de médecins se sont engouffrés dans le système pour se faire du fric, vivre en nababs et ne plus fonctionner qu’en capitalisant toutes les entrées possibles d’argent.
Le soin des autres a disparu de leurs préoccupations et engagements.
Le milieu des infirmières a, lui aussi, perdu l’esprit d’abnégation que les sœurs faisait perdurer depuis des siècles.
Dans le milieu scolaire, la même abnégation des frères et sœurs des écoles a été remplacée par le fonctionnariat de gens imperméables aux qualités de la vocation des anciens maîtres d’écoles, mais désormais attachés à mesurer au quart d’heure près leurs heures et leurs implications.
Le bénévolat a été remplacé par le calcul des heures concédées aux associations et comptabilisées dans le registre des « valorisations » et « équivalents travail » .
Va-t-on se réveiller après ce cauchemar ?
Ce cauchemar n’est que l’évolution inéluctable de toute dictature totalitaire. « Tout avec l’Etat, rien sans l’Etat, rien contre l’Etat ». Mussolini 1920.
Je ne parlerais pas de dictature mais plutôt de laisser-aller généralisé… (le contraire
de la dictature) ! Ceci dit, la société a évolué et c’est un peu normal que les médecins
comme tout le monde, aient droit à une vie de famille et à quelques loisirs …
Mais où en sommes nous arrivés ? Faisant partie d’une famille qui comptait des médecins et où cette profession était considérée comme presque un sacrement, l’Ordre des Médecins était une institution repectable et respectée. On voit là un exemple de détournement de son rôle absolument scandaleux.
@dbrun : les mafieux ont gangrèné tous les domaines, le pays est mité de toutes parts par des esprits uniquement guidés par le profits, la notoriété et par tous les moyens. Oublié les règles de bonne conduite! Il faut dire aussi que la population française est bon public et, depuis longtemps, ne se pose pas trop de question
Oui, mais quels sont les pouvoirs du citoyen lambda ?
Lisez le livre de Robert F.Kennedy, Jr. préfacé par Christian Perronne : « Anthony Fauci, Bill Gates, Big Pharma » et vous comprendrez le rôle de beaucoup de composants de ce désordre médical. Bonne lecture!
@Maria William : et ce qui est grave c’est que ce désordre touche tous les domaines, le ménage à effectuer est grandiose ! Une vie n’y suffirait pas tant les mentalités sont perverties !
Les écuries d’ Augias…
L’Ordre, qui fonctionne à l’entre-soi sans contrôle extérieur au profit d’une petite mafia, devrait être
suppimé au profit d’un organisme étatique. Il y a lontemps qu’Hypocrate est dépassé par la modernité, ce
n’est plus qu’un vieux totem derrière lequel on se protège …
« L’Ordre devrait être suppimé au profit d’un organisme étatique. » Je rêve ou je me retrouve chez Staline en 1950?
A quoi servait l’Ordre à votre avis ? à rien ? Il existe des Ordres pour d’autres
professions figurez-vous … Signé : le petit stalinien.
Il n’y a qu’à Paris qu’il faut remettre de l’ordre dans l’Ordre ?
Sans doute que ça ne concerne pas que Paris
Mais s’il s’agit de transformer les médecins en bons petits soldats fonctionnaires, ça viendra, n’ayons crainte.
les ARS un truc à purger aussi ! Un monde fou on se demande à quoi ça sert vraiment ! il y a des milliards à économiser avec des centaines de comités bidons. Pour le médecins bravo c’est la honte qu’ils soignent et c’est tout ! pas besoin de truc en plus !
L’ordre des médecins rackette les médecins avec des cotisations très lourdes et oblige les médecins a s’acquiter aussi d’une cotisation sur leurs sociétés professionnelles (SPFPL et SELARL) se donnant un pouvoir juridique non médical. Enfin et surtout il a trahit le serment d’Hypocrate au sujet de l’euthanasie en attendant que la loi soit quasiment votée pour s’y opposer mollement (alors que l’ensmble de la profession est contre) . Il doit être dissout.
Avortement, euthanasie, réassignation sexuelle… le gardien de la déontologie modifie cette dernière (et le serment d’Hippocrate qui n’a plus grand chose à voir avec l’original) au fur et à mesure des avancées sociétales. L’avortement qui était une exception limitée et définie au droit à la vie est devenu un droit constitutionnel ; nous aurons la même chose, beaucoup plus vite (le délit d’entrave est déjà prévu) avec l’euthanasie. Une morale du soin de 25 siècles est balayée au profit d’un simple assouvissement des désirs procuré par un prestataire de service de « santé ».
Les médecins sont des hommes (et des femmes) comme tout le monde, pourquoi voudriez-vous qu’il en soit autrement ? Le vrai problème, c’est l’inaction des services de l’état vis-à-vis de telles dérives.
Vive la main mise par l’état et la gestion comptable. Si l’état gère, les français sont tranquillement posés.
Quand vous voyez la gabegie des services publics ne comptez pas trop sur l’Etat !
L’ordre des médecins n’est plus un ordre respectable .
L’a-t-il jamais été ?
Peut être car beaucoup de médecins ne le sont plus ?
Comme beaucoup d’autres professions, moins de travail et plus de salaires pour se payer le nécessaire, le superflu et bien entendu les loisirs. Je constate seulement que la majorité des cabinets médicaux ne sont ouverts que 4 jours par semaine avec des horaires de 7 h par jour visites des représentants commerciaux compris. Le régime des fonctionnaires à gagné le privé. La France ne travaille plus cause de beaucoup de problèmes.
Il est vrai que les nouvelles générations de médecins désirent préserver davantage leur vie privée et se consacrer un peu plus à leurs familles que leurs aînés. Mais c’est un comportement générationnel. Par ailleurs vous dites que les cabinets sont ouverts quatre jours par semaine. C’est possible, mais combien d’heures hebdomadaires cumulées ? Pour ma part je travaillais entre 60’ et 84 heures par semaine, et bien que retraité je continue à travailler pour compenser le manque de confrères. En outre sachez que j’avais calculé il y a quelques années que je commençais à travaillerpour moi à partir du 19 octobre. Le reste du temps : salaire des employés, redevance payée à la clinique, cotisations sociales ( insatiable URSSAF !), location des locaux professionnels, cotisation à la Caisse d’assurance des médecins français (CARMF), assurance responsabilité civile professionnelle, contribution foncière des entreprises, cotisations à l’Ordre, remboursement d’emprunts, impôts sur le revenu : voilà tous les commensaux qui vivaient de mon travail .
Ce que paye tout entrepreneur, je ne vois pas où est le problème !
Les impôts ont toujours été la bête noire des médecins ce qui faisait d’eux de bons pigeons en matière de produits de défiscalisation. Il y a aussi beaucoup d’autres corporations et certaines qui demandent autant d’études que les médecins et en plus une mise à jour quotidienne de leurs connaissances qui travaillent autant voire plus. Mon médecin c’est 9h mais il arrive à 9h30 midi puis 2h 18h remplaçant le mercredi fermé le samedi. Vous vous plaignez de ce que tous les chefs d’entreprise ont à payer et qui sont déductibles des recettes pour donner le bénéfice imposable, comme tous les indépendants.
Tout à fait d’accord avec vous. Et les dimanches à faire la « compta » pendant que nos amis allaient se promener….etc…
« Les nouvelles générations de médecins désirent préserver davantage leur vie privée », d’autant plus qu’elles sont essentiellement féminines.
Quel rapport avec le conseil de l’ordre parisien ?
Si les médecins parisiens travaillaient plus tout serait en ordre au conseil de l’ordre ?
Travailler moins mais pour gagner moins (et non pas plus comme vous le dites). C’est effectivement la mentalité actuelle, pour les femmes ça peut se comprendre à cause des enfants mais également chez les hommes…à cause du golf ou du surf !
Ces ordres n’ont plus leur place dans la société actuelle. Par ex: j’ai été expertisé par un chirurgien orthopédiste suite à un accident de travail. Il ne semblait pas dans un état normal, et m’a viré de façon trés violente de son cabinet. Il a rédigé un faux en écriture publique (expertise pour déterminer le niveau d’handicap). J’ai saisi le conseil de l’ordre départemental, qui m’ donné tort. J’ai saisi le tribunal administratif, qui, suite à mon argumentation et ma démonstration issue du « guide de l’expertise médicale », a annulé le faux compte-rendu de cet expert. J’ai saisi le préfet pour exclure cette « crapule » de la liste des médecins spécialistes agréés, ce qui a été fait. L’expert suivant a totalemnt contredit l’avis de « protection » du conseil de l’ordre !
Ces ordres ont au contraire toute leur place et leur utilité pour définir le cadre de la profession, assurer une éthique, la défense de la profession et le dialogue avec les pouvoirs publics. Les ordres professionnels ont aussi un rôle disciplinaire et peuvent sanctionner un professionnel fautif. En revanche, ce que vous décrivez est inadmissible (et loin d’être une exception) et révèle des comportements dignes d’une petite mafia. Je suis moi-même professionnel de santé et je constate chaque jour que les métiers liés à la santé sont désormais gouvernés par la recherche de profit avec le moindre effort, l’éthique médicale est en berne et les vrais professionnels, eux, sont réduits à faire de la résistance dans un monde devenu fou. Et cela ne concerne pas que la santé …
Ayant fait partie d’un ordre professionnel je suis tout a fait d’accord mais rien n’est parfait alors quelquefois les ordres ne remplissent pas bien leur rôle. Pour connaitre les problème au sein d’une profession on ne fait jamais appel à ceux qui ont les mains dedans, mais on demande leur avis aux sommités qui eux ne travaillent plus sur le terrain depuis longtemps, c’est là où ça ne va pas. Un de mes amis conseiller d’un ministre au lieu de s’adresser aux pontes, m’a demandé mon point de vue, à moi qui était dans l’ombre (enfin pas tout à fait) mais considéré comme un bon professionnel (sinon il faut faire autre chose) résultat il en est sorti 2 lois qui ont arrangé pas mal de personnes et qui étaient nécessaires, seulement on ne pouvait le savoir que si on exerçait et qu’on voyait de près les dossiers. Une autre fois aussi le conseil supérieur avait fait appel à quelques confrères de tous horizons pour faire le point sur la profession et quelques points particuliers et sur les conseils de mon prof de fac (je venais de faire un 3ème cycle pour voir si j’étais toujours au top) j’y avais participé, c’était intéressant et sans tabou pour une fois.
Marseille et paris, c’est où ?
c’est rien de le dire dans le 94
C’est comme dans toutes les strates de notre pays, que ce soit l’armée, l’administration, la santé, l’éducation nationale, les syndicats, l’agriculture, de petits potentats s’octroient des privilèges, imposent leur copains, leurs amis, leurs familles aux dépend d’autres qui ont plus de compétences mais moins d’appui. La France est devenue un marigot ou la vase dans laquelle grouille de vieux crabes est très peu ragoutante quand on farfouille un peu…
Vous avez tout à fait raison ! Le régne des « clans » quand ce n’est pas celui des « sectes » !
Le degré de corruption de notre pays est devenu singulièrement inquiétant, quand on se compare aux pays nordiques, nous faisons figure d’un état d’Amérique latine ou d’Europe centrale. Mais nous continuons à donner des leçons à la terre entière …
C’est la vie.
La révolution est une nécessité permanente. En même temps ça tourne, et rien de change. Une volonté qui semble divine et diabolique.