[SANTÉ] L’intelligence artificielle en médecine : promesses et dangers

HealthAI propose d’initier un réseau mondial. Son PDG a récemment donné une interview.
IA Santé robot
@Unsplash

Peu d'entre nous, sans doute, ont entendu parler d’une organisation nommée HealthAI. C’est une organisation indépendante, dont le siège est à Genève et qui a pour objectif de promouvoir un accès équitable aux innovations basées sur l'intelligence artificielle en matière de santé. Cette organisation soutenue par la Fondation Botnar, qui aide financièrement des œuvres philanthropiques, collabore avec les gouvernements et les leaders mondiaux de la santé pour créer une réglementation de l'intelligence artificielle afin de garantir qu’elle puisse transformer les soins de santé pour le bien de tous.

HealthAI, l'organisation qui veut réglementer l'IA en matière de santé pour tous

L'intelligence artificielle est déjà bien employée en médecine, en particulier dans le domaine de l'imagerie médicale ainsi que dans la robotique chirurgicale ou la biologie. Cependant, cet usage a un coût, loin d'être négligeable, et si l’on veut, comme le souligne le docteur Ricardo Baptista Leite, P.-D.G. de HealthAI, dans une interview récente, que ces techniques soient accessibles à tous et non réservées à une poignée de privilégiés, le système de santé et les assurances devront se mobiliser pour garantir un financement pérenne à ces technologies. Ce soutien est indispensable pour assurer leur efficacité, permettre leur déploiement à grande échelle et mettre en place des mécanismes garantissant à la fois leur sécurité et leur conformité à des critères éthiques encore largement à définir.

Ainsi, HealthAI propose d’établir un réseau mondial, capable de centraliser les résultats des mécanismes réglementaires nationaux, créant ainsi une source de solutions de santé basée sur l'intelligence artificielle. Cette organisation veut aussi mettre en place un mécanisme réglementaire pour procéder aux autorisations de mise sur le marché et de remboursement. C’est ainsi toute une logistique administrative et économique destinée à s'emparer de ce nouveau marché qui se dessine à l’horizon, que HealthAI souhaiterait promouvoir.

Si on peut s'accorder sur le fait que l'intelligence artificielle deviendra vite indispensable dans de nombreux domaines de la médecine, comme dans le domaine de l'imagerie médicale, où elle est déjà supérieure à l'interprétation humaine, il faudra, pour le médecin, savoir la maintenir dans un processus d'aide au diagnostic et ne pas lui accorder une autorité décisionnelle .

IA et santé : les limites

L'intelligence artificielle raisonne en termes de statistiques et de probabilités, à partir d’échantillons de malades sélectionnés pour constituer un panel homogène. Mais qu’en est-il des variations individuelles et des caractéristiques propres à chaque individu qui peuvent le faire sortir de la norme, soit en raison de sa propre physiologie, soit en raison de facteurs environnementaux, sociaux, ou même familiaux ? L’IA sait-elle gérer ces variations ?

De plus, la guérison due à la thérapeutique tient souvent aussi, pour une grande part, à la confiance que le patient accorde à son soignant et à la relation privilégiée qui s’établit entre eux par un dialogue inter-humain. L’IA en médecine sera sans doute très utile, mais sûrement pas suffisante pour assurer des soins de qualité et humanistes.

S'il apparaît nécessaire de réfléchir à la part que peut prendre l’IA dans la médecine, afin qu’elle puisse bénéficier de budgets suffisants pour assurer son développement, et que tous puissent y avoir accès, il sera impératif de savoir en limiter le champ d’action afin de ne pas laisser aux seuls décideurs économiques et politiques le choix des décisions.

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Dr. Jacques Michel Lacroix
Médecin - Médecin urgentiste et généraliste

Vos commentaires

10 commentaires

  1. xulito,
    La société Oracle, géant du logiciel a licencié par un simple mail, 30.000 de ses employés, d’abord pour difficultés financières , en les remplaçant par l’IA et contrairement à ce que vous indiquez, l’IA est capable d’ecrire ses propres programmes, même les « pisseurs de ligne » ne sont plus necessaires.

  2. « Ainsi, HealthAI propose d’établir un réseau mondial » financé par Soros and al, j’imagine. Ils n’arrêteront jamais, ces mondialistes.

  3. L’IA c’est comme une vieille pub d’Esso qui disait « mettez un tigre dns votre moteur » à quoi on répondait « inutile si c’est un âne au volant »… Pour l’IA le souci est que les « pisseurs de lignes » (programmeurs) sont incompétent et avides de fric alors ils pissent des lignes….

  4. En 1975 j’étais en fac de médecine et les 1er tests d’IA diagnostiquaient une fièvre jaune sur un cas de grippe avéré et cisntaté sabs trace réelle de fièvre jaune… Je ne crois pas que l’IA ait bien évolué mais plutôt évolué et IR (Imbécilité Réelle).

  5. Sans doute, si l’IA est instrumentalisée, faut-il veiller à l’épurer, à la rendre indépendante des fonctionnalités économiques, intellectuelles et idéologiques qui l’obèrent. Mais en présentant le médecin traditionnel comme le nec plus ultra de la scientificité médicale, le phare et le repère, vous idéalisez une profession qui est elle même sujette aux aléas modernes de la consultation et qui offre aux patients une telle diversité de protocoles de soins qu’on peut s’interroger sur elle. Vous semblez humaniser la consultation traditionnelle, opposée à l »IA qui ne traiterait que de manière abstraite et impersonnelle le patient qui l’interroge. Or, le plus souvent, hélas, faute de temps, et par une formation inappropriée, le médecin, en général, qui n’est plus le « médecin de famille » d’antan, recourt à une méthodologie que ne démentirait pas l’IA. Il soigne la maladie et non le malade. La plupart, de bonne foi, d’ailleurs, le reconnaissent. J’ai été très amusé d’entendre mon médecin, avec lequel du reste je m’entends bien, me demander des renseignements sur l’IA pour la consulter. L’IA en sait plus qu’ils ne savent, et ils le savent bien. S’il faut se méfier de l’IA, pourquoi pas, mais les médecins se méfient aussi d’eux-mêmes. Tel ami médecin m’avoue que lorsqu’il consulte, il cache sa profession. Et je me suis amusé à dire un jour à mon médecin : « Vous verrez, quand vous serez malade, la difficulté que vous aurez à trouver un bon médecin. » La seule question en suspens est celle-ci : la médecine n’est pas une science univoque. Autant de médecins autant de pratiques. Ne jetez pas la pierre à l’IA, sachez seulement en faire bonne mesure.

  6. L’IA n’est ni bonne ni mauvaise. C’est un super outil, bien supérieur à l’homme. Seule limite : l’homme. C’est lui qui lui donne l’information dont elle dispose, compartimente les accès, limite ou censure certaines réponses. Si l’homme est bienveillant, l’IA le sera, dans le cas contraire, aie, aie, aie ! Mais ce ne sera pas la faute de l’IA. L’IA n’est qu’une simple machine sous responsabilité humaine.

  7. « L’IA sait-elle gérer ces variations individuelles et des caractéristiques propres à chaque individu qui peuvent le faire sortir de la norme, soit en raison de sa propre physiologie……? » . Il est déjà possible de répondre « oui ».

    Pour avoir testé cette possibilité, la réponse de l’IA se fait graduellement, comme pourrait le faire un bon docteur. Elle cerne l’idée générale. Vous vous emparez du créneau qui semble le plus proche du vôtre. Elle le développe. Apparait de nouvelles orientations. A vous de vous en saisir en fonction de votre état, de votre environnement, de vos habitudes, de vos antécédents, de votre lignée. Et progressivement vous atteignez la réponse attendue, suffisamment fine et précise pour être testée. L’IA recommande toujours de prendre l’avis du docteur. Elle ne souhaite pas se substituer à lui.

  8. Les actes médicaux sont codés (AT2A) dans le sytème médical pour évaluer et comparer les pratiques. Plus un patient a de pathologies, plus ‘ »il vaut cher » et donc c’est la chasse aux pathologies codantes même si ces pathologies n’ont aucun rapport avec la maladie en cours (pendant le covid seul le covid tuait les patients en cancer terminal..!!). L ‘IA va accentuer cette erreur fondamentale entre qualitatif et quantitatif et nécessitera encore plus d’examens pour pouvoir analyser tous les diagnostiques alors que l’expérience et le bon sens du médecin permet rapidement de faire la part des choses.

Commentaires fermés.

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