Le ministre de l’Éducation nationale vient d’annoncer une hausse de salaire moyenne de 300 euros pour les professeurs. Soit 25 euros par mois. On peut comprendre que les personnels concernés se demandent si le ministre ne se moque pas d’eux. D’autant que cette augmentation était prévue pour 2019 dans le protocole, signé en 2016, sur les « parcours professionnels, carrières et rémunérations » (PPCR), et reportée à 2020 par le gouvernement.

Il faut savoir que les professeurs français sont parmi les moins payés des pays de l’OCDE, que la valeur du point d’indice est gelée depuis plusieurs années, que les cotisations sociales continuent de croître, que la retenue pour pension civile, actuellement de 10,83 %, doit passer à 11,10 % en 2020. Dans ces conditions, une augmentation mensuelle de 25 euros en moyenne est loin de compenser la perte du pouvoir d’achat. Comment s’étonner qu’on manque de professeurs qualifiés dans certaines disciplines ? Si vous êtes scientifique, par exemple, vous n’avez aucun intérêt à choisir le métier d’enseignant : des carrières d’ingénieur sont bien mieux considérées et rémunérées !

est trop intelligent pour croire qu’il apaisera le malaise des professeurs en leur faisant l’aumône. Il a, d’ailleurs, reconnu, dans un entretien à Marianne, qu’« il y a eu précédemment des accords que nous sommes en train de budgéter. On a tout de même une part de mérite quand on réussit à financer cela. » Tout au plus satisfera-t-il les Français qui estiment que les enseignants sont assez, voire trop payés pour ce qu’ils font et qui confondent la majorité des professeurs avec les trublions et les gourous qui lui donnent une image détestable. Ils sont toujours en vacances, ils travaillent 15 ou 18 heures par semaine et, en plus, ils osent se plaindre ! Mais cette méconnaissance de la condition enseignante n’empêchera pas, bien au contraire, la des vocations ni l’augmentation des démissions.

Dans la perspective de la réforme des retraites, le ministre a annoncé l’ouverture d’un dialogue sur le salaire des professeurs. Il est évident, en effet, que l’instauration d’un système par points et la prise en compte de toute la carrière (au lieu des six derniers mois) aboutiront à une baisse sensible des pensions. Le ministre en est conscient, mais les contraintes budgétaires sont telles qu’il y a peu à espérer de telles négociations. D’autant que la majorité des syndicats trouvent souvent un terrain d’entente avec le ministère et Bercy pour augmenter les plus bas salaires et limiter les augmentations pour les professeurs les plus qualifiés, dont l’enseignement a besoin.

Jean-Michel Blanquer sait qu’on ne peut réformer l’enseignement sans la confiance des professeurs. Mais cette confiance est mise à rude épreuve. Comment susciter l’adhésion quand, en paroles, on prétend défendre leur mission essentielle, qui est de transmettre les savoirs, restaurer leur autorité, reconnaître leurs mérites, et que les actes ne suivent pas ? Si, à son arrivée, le ministre a eu le courage de dénoncer les dérives pédagogistes – ce qu’aucun ministre de n’eut le courage de faire –, il n’a pas voulu ou su s’attaquer aux responsables de ces dérives, qui constituent un véritable lobby au sein de l’Éducation nationale, et même au niveau européen.

Jean-Michel Blanquer s’est laissé prendre dans les mailles de la présidentielle. Seuls les zélateurs de continueront de le soutenir. Mais il risque fort d’apparaître, dans l’opinion, comme le ministre des illusions perdues.

31 août 2019

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