La décision d’Erdoğan de transformer la basilique en mosquée a été fraîchement accueillie dans le monde orthodoxe, mais par une relative indifférence dans les médias français. Ce choix du président Turc s’inscrit pourtant dans la droite ligne de sa politique depuis plusieurs années, sa volonté de restaurer l’âge d’or de l’Empire ottoman envers et contre tout.

Certes, la basilique Sainte-Sophie, chef-d’œuvre byzantin érigé au VIe siècle, n’est plus à proprement parler un lieu de culte chrétien : transformée en mosquée à la chute de Constantinople en 1453, elle avait été convertie en musée par Kemal en 1934. Ce n’est donc pas un lieu de culte chrétien qu’Erdoğan conquiert à l’islam. Mais la symbolique qui consiste à faire d’un lieu portant le nom d’une sainte chrétienne une mosquée tient lieu de provocation.

Provocation qui a suscité de vives réactions de Moscou et Athènes, et même un message d’inquiétude de Paris. Également une réprobation de l’UNESCO, qui a classé ce monument au patrimoine mondial et s’inquiète de sa préservation, de l’ouverture future du site aux visiteurs de toutes confessions.

Erdoğan a beau se vouloir rassurant vis-à-vis de la communauté internationale, il suffit de suivre attentivement ses discours et décisions pour comprendre que ce nouveau coup d’éclat confirme ce qu’on pressent depuis des mois. Erdoğan ne cache plus les ambitions qu’il nourrit pour son pays, à savoir restaurer l’Empire ottoman. Et il le fait en s’appuyant sur la référence constante à l’islam.

Un islam qu’il veut plus hégémonique en même, pays où vivent de nombreux chrétiens de plus en plus inquiets de l’inflexion islamiste. Erdoğan finance aussi des mosquées en Europe, des écoles coraniques comme Millî Görüş. Il avait demandé solennellement aux Turcs résidant en Europe de prendre la nationalité de leur pays d’accueil pour voter et peser sur les décisions, mais de ne surtout pas s’assimiler… Il avait évoqué, concernant la Bosnie, le Kosovo ou la Libye, anciennes provinces de l’ex-Empire, un magistère moral tiré de l’Histoire…

Et il met en application sa volonté impérialiste : après avoir attaqué au nord de la Syrie, il a envoyé 7.000 combattants sauver le gouvernement de Sarraj à Tripoli, menacé d’être renversé par le général Haftar soutenu par la et l’Égypte. Un régime proche des djihadistes, des trafiquants d’armes, de drogue, d’esclaves, de migrants. Si l’opération d’Erdoğan réussit, il pourra ainsi contrôler les deux principales voies d’accès des migrants en Europe, par la Grèce via les camps de réfugiés présents sur son territoire, que Merkel et l’ lui ont confiés bien naïvement, et par l’Italie via la Libye. Quel meilleur levier pour islamiser l’Europe, volonté exprimée clairement, là encore, par Erdoğan dans plusieurs discours ?

En France, de nombreux jeunes des quartiers populaire ne s’y trompent pas ; selon le sociologue Said Bouamama, Erdoğan est en passe de devenir leur nouvelle idole, celui qui fait trembler l’Occident. Pourtant, la menace ne semble pas affoler l’Union européenne, encore moins l’OTAN dont la Turquie est membre : Erdoğan n’est pas leur priorité, Poutine mobilise trop leurs esprits et leurs énergies…

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