Mardi 20 juillet, à Saint-Chamond, dans la Loire. Un jour comme les autres, sauf qu’il s’agit de l’aïd, fin du ramadam. Là, l’imam Mmadi Ahamada, d’origine comorienne et formé à l’Institut Mohammed-VI de Rabat, au Maroc, conclut son prêche en citant la sourate 33 du Coran : « Femmes musulmanes, tâchez d’obéir aux droits d’Allah et à ceux de vos époux, restez dans vos foyers et ne vous exhibez pas de la manière des femmes d’avant l’islam. »

 

Le tout est diffusé en direct sur Facebook, ce qui permet à Isabelle Surply, conseillère municipale locale du Rassemblement national, de mettre cet extrait en ligne sur Twitter. Deux jours plus tard, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, s’engouffre dans la brèche, enjoignant Catherine Séguin, préfet du département, de veiller au « non-renouvellement du titre de séjour » de l’imam en question et d’exiger de la mosquée incriminée qu’elle s’en « sépare ». Ce, au nom des valeurs de la République, on imagine.

Pourtant, ces dernières étaient jusqu’alors assez peu sur ces sujets conjugaux : « Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari », nous dit l’article 213 du Code civil de 1804, abrogé en 1938. Néanmoins, lorsque l’auteur de ces lignes s’est marié, en 1988, dans une paroisse qui n’avait pourtant rien de traditionaliste, le curé prononçait encore la phrase magique. Plus de trente plus tard, la vérité oblige à admettre que mon épouse eut droit à la protection ; quant à l’obéissance, j’ai fait tintin, comme aurait dit Milou. Comme quoi, qu’ils soient laïcs ou sacrés, les textes demeurent impuissants face au bon vouloir des filles. Ce que femme veut, Dieu le veut, ne disait-on pas jadis ?

 

Dans la foulée, Isabelle Surply jubile : « Victoire ! Suite à mon alerte, la préfecture a été saisie par Darmanin pour demander la destitution de l’imam. » Lequel, évidemment, ne l’a pas été. En effet, ce prêche n’appelle pas à la haine de l’autre ou au terrorisme, se contentant de rappeler une certaine vision traditionnelle de la vie conjugale, mais qui n’est pas l’apanage des seuls musulmans, sachant que le concept voulant que la femme règne dans la sphère privée tout en laissant l’homme roi dans le domaine public ne remonte pas à hier et fut toujours globalement commun aux trois religions révélées. Bref, c’est la complémentarité qui était mise à l’honneur plus que l’égalité, notion bien floue par ailleurs. Juger cela au prisme de l’actuel relève de l’anachronisme, le pire ennemi des historiens et des gens de bon sens.

L’ serait donc aujourd’hui tenu pour « sexiste ». Mais on ne saurait non plus prétendre que les deux autres religions abrahamiques, catholicisme et judaïsme, sont des modèles de « féminisme ». Les textes sacrés auraient-ils donc vocation à être réécrits au gré de l’air du temps et des caprices de telle ou telle minorité énervée ? Certes, on réécrit bien Molière et Georges Bizet ; mais de là à corriger Évangiles, Torah et Coran… Car ce sera quoi, la prochaine étape ? Amender les Dix Commandements ? Au motif qu’il n’y est pas fait référence obligation de génuflexion devant les droits des LGBTQI+ ?

 

D’ailleurs, le politique, à trop vouloir se mêler de religion, ne serait-il pas en train de mettre à bas la sacro-sainte laïcité, fondée sur la séparation de ces pouvoirs ? On notera, encore, que ce débat est biaisé par avance. En effet, ce n’est pas l’ en tant que qui pose question, mais simplement le fait que plusieurs millions de musulmans venus de l’étranger, certains assimilés et d’autres moins voire pas du tout, sont en train de bouleverser le peu d’équilibre qui demeurait dans la française.

30 juillet 2021

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