La volonté de l’Élysée de choisir les journalistes accompagnant pour son premier voyage a provoqué une levée de boucliers. Selon Claude Chollet, ce qui est nouveau n’est pas tant de choisir les médias que les journalistes eux-mêmes à l’intérieur de ces médias.

Il y a quelques jours, l’Élysée a annoncé qu’il souhaitait choisir les journalistes qui accompagneraient les voyages d’Emmanuel Macron. Il y a eu une levée de boucliers dans plusieurs groupes de presse.
Quel est votre regard sur cette demande de l’Élysée qui apparaît comme nouvelle ?

Elle n’est pas si nouvelle que cela.
Vous vous souvenez peut-être que, avant le premier tour de l’élection présidentielle, et pendant la campagne, il y avait déjà eu une polémique. Ce n’était pas immédiatement autour de Macron, mais autour de Marine Le Pen et de son équipe. Ils refusaient d’accueillir un certain nombre de journalistes dont ils considéraient qu’ils étaient là uniquement en tant qu’ennemi du Front National et non pas en tant que journalistes. Je pense en particulier à Mediapart et au quotidien de Yann Barthès. Cela avait déclenché un certain nombre de grincements de dents.
Il faut se souvenir qu’au même moment, Macron refusait dans ses meetings d’accréditer certains organes de presse. Je pense en particulier à Russia Today ou a Spoutnik, qui est, il est vrai, une radio financée par la Russie.
Donc, je dirais que Macron et son équipe n’en sont pas à leur premier essai.
Ce qui est intéressant cette fois-ci, c’est que non seulement ce n’est pas qu’il refuse certains journalistes puisque de toute façon, il y a aura un tout petit nombre de journalistes qui seront invités, mais qu’ils veulent aussi choisir à l’intérieur des médias les journalistes qui auront le privilège d’accueillir le nouveau président de la République.
J’ai quand même l’impression que cela est une première. Et il est bien certain que les quelques dix, vingt, trente, quarante, je ne sais pas, journalistes qui auront la chance de participer au premier voyage du nouveau président, ceux-là sans doute, en garderont une petite reconnaissance.

Il est dit notamment qu’il ne veut plus que le politique suive le médiatique et que le politique doit reprendre sa place. Il dit qu’en choisissant les journalistes, il veut surtout choisir des spécialistes des thématiques de ses voyages.
N’est-ce finalement pas une bonne chose ?

La réalité est souvent paradoxale.
Vouloir remettre le régalien, le politique, et là en l’espèce la défense, puisqu’il s’agit d’un voyage à caractère militaire, à sa place est sans doute une bonne chose.
Maintenant, ce qu’on peut craindre, c’est une dérive. Il ne faudrait pas considérer que les journalistes « spécialisés » sur tel ou tel domaine soient uniquement des journalistes à caractère technocratique, mais peut-être à caractère technocratique plutôt favorable au nouveau président, au nouveau gouvernement, et à la nouvelle politique.
Je crois que l’affaire en soi est plutôt anecdotique. Par contre, il sera intéressant d’en suivre les développements dans les semaines et dans les mois à venir. Il faudra savoir si c’est simplement une orientation consistant à souhaiter avoir des journalistes plutôt spécialisés sur tel ou tel domaine, ou si, au fond, on choisit plutôt les copains. Et alors là, on rejoindra un grand classique de la politique politicienne.

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