La fascination de l’extrême gauche pour Robespierre est fascinante. Ainsi, l’ rendu cette semaine à Arras par des députés LFI à celui qu’on se plaisait à surnommer l’Incorruptible. Ugo Bernalicis, député du Nord et natif d’Arras comme son idole, écrit sur sa page Facebook : « 228e anniversaire de l’assassinat de Maximilien Robespierre. » Juridiquement, cela se tient car Robespierre fut exécuté le 28 juillet 1794 sans procès après avoir simplement été déclaré hors la loi par un décret de la Convention.

immanente, ironie du sort ou tout simplement aboutissement logique et implacable de la mécanique terroriste ? N’est-ce pas Robespierre qui, en effet, avait déclaré, lors du procès de Louis XVI : « Il n’y a point de procès à faire. Louis n’est point un accusé, vous n’êtes point des juges ; vous êtes, vous ne pouvez être que des hommes d’État et les représentants de la nation. Vous n’avez point une sentence à rendre pour ou contre un homme, mais une mesure de salut public à prendre, un acte de Providence nationale à exercer. » Et cette absence de procès n’est sans doute pas plus terrible que les simulacres de procès qui s’enchaînèrent frénétiquement durant ces longs mois de terreur, érigée en mode de gouvernement.

Robespierre, « figure emblématique de la Révolution française et de la défense du peuple », « au-delà des partis, notre commun, en ce que son leg (sic) nous rassemble en République », comme l’écrit Bernalicis dans son post, est celui qui, le 5 février 1794, déclarait à la tribune de la Convention : « Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement en révolution est à la fois la vertu et la terreur : la vertu sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur sans laquelle la vertu est impuissante. » S’il est difficile d’évaluer la vertu, en revanche, il est aisé de quantifier la terreur. Ainsi, à Paris, entre le 14 juin et le 27 juillet 1794, période qu’on a appelée « la Grande Terreur », pas moins de 1.306 personnes, âgées de 14 à 90 ans, « prévenues de crime contre-révolutionnaire », furent condamnées après un procès expéditif, sans possibilité d’appel, puis guillotinées, place du Trône renversé (aujourd’hui, place de la Nation) et jetées dans la fosse commune du jardin de Picpus. 1.109 hommes, 197 femmes, une majorité de non-nobles.

Avec ou sans vertu, la terreur est bien funeste. Ainsi, durant ce terrible printemps 1794, des émules de Robespierre agirent avec zèle et application en province à l'instar de ce qui se faisait à Paris. Par exemple, ce fut le cas à Bédoin, village niché au pied du mont Ventoux, dans le Vaucluse. Le 2 mai 1794, un « arbre de la Liberté » est arraché dans la nuit. Sacrilège ! Le lendemain, le député de la Convention Maignet ordonne qu’une enquête soit ouverte par l'agent national, c'est-à-dire le représentant du gouvernement dans le département. Le 5 mai, ce dernier débarque à Bédoin avec 200 soldats. La population est réunie dans l’église et est sommée de dénoncer le coupable. En vain. Le 10 mai, suivi de la guillotine, le tribunal révolutionnaire d’Orange, chargé de juger l’affaire, se transporte à Bédoin. Commence alors l’instruction du procès qui se termine le 28 mai. 130 personnes seront accusées, 63 condamnées à mort, « convaincues d’avoir attenté à la liberté du peuple français » et exécutées le jour même, guillotinées ou fusillées, la guillotine n'arrivant pas à suivre le rythme. Des nobles, des bourgeois, des artisans, des ecclésiastiques. Puis, les 3 et 4 juin, le village est incendié. On répand du sel sur les terres agricoles pour les stériliser. Les habitants sont déportés et assignés à résidence dans les communes voisines.

Tout cela est effectivement notre legs commun et nous « rassemble en République », comme le dit si joliment l’Insoumis Bernalicis. Je connais personnellement l'un des descendants de ces 63 suppliciés pour l’unité de la République. Il conserve précieusement ce patrimoine familial…

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30 juillet 2022

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