Editoriaux - Justice - Politique - 18 janvier 2020

Retour des djihadistes : la France, ce pays où l’on marche sur la tête

Lorsque les Français ont porté à l’Élysée pour tout changer, ils auraient dû penser qu’ils appliquaient inconsciemment la célèbre sentence du Guépard : « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change. » Rien n’a donc changé, sauf que cette formule n’indique nullement une situation immobile, mais la continuation d’une descente, la poursuite d’une décadence française qui paraît irréversible, la prolongation qui semble sans fin d’un « voyage en Absurdie ».

Il ne se passe pas de jour sans que l’on n’ait les signes de cette dérive zigzagante, de ces pitoyables tête-à-queue. Ainsi apprend-on que l’assassin de sa compagne, condamné à 30 ans de prison par la cour d’assises des Pyrénées Orientales en 2017, a été libéré en raison du retard mis par la cour d’assises de Montpellier pour le juger à nouveau après son appel. Les lois favorables aux justiciables, davantage penchées sur le sort des malheureux condamnés que sur celui des victimes, qui ont le tort d’être mortes, font que l’appel est devenu possible après un jugement en cour d’assises, et que la prison, désormais considérée comme une épouvantable torture, voire comme une école du crime, doit être évitée au maximum et suspendue dès que possible. Au moment même où le gouvernement fait de la lutte contre les violences conjugales – bien sûr, uniquement celles venant des « mâles blancs » -, voilà que l’un d’eux est remis en liberté ! Pourquoi ? Mais parce que la Justice manque de moyens et que cette pauvreté en arrive à mettre en panne la plus haute juridiction pénale, celle qui donne la parole au peuple (encore), la cour d’assises ! Pendant ce temps, au pays de Voltaire, et des « droits de l’homme », au premier rang desquels figure la liberté d’expression, la noria des dénonciations brandies par les inquisitions lobbyistes mobilise les magistrats et les avocats pour juger indéfiniment Éric Zemmour et Renaud Camus… qui ne font qu’exprimer ce que beaucoup de Français pensent.

Peut-être les juges auront-ils aussi à longuement s’intéresser au sort des djihadistes prétendument français, que la loi actuelle pouvait parfaitement priver de leur nationalité pour trahison, et laisser entre les mains de la Justice du pays dans lequel ils ont accompli leurs méfaits ? Mais non : il faut qu’ils reviennent en France, comme il a fallu que le djihadiste Flavien Moreau, puis Mohamed Achamlane, chef de Forsane Alizza, soient libérés après quelques années d’incarcération ou, cerise sur le gâteau, que le terroriste Oualid Boudissa quitte la prison par erreur… Pour le sémillant garde des Sceaux, tout cela n’est que normal : il y a 1.100 radicalisés et 500 terroristes en prison. Il faudra bien qu’ils sortent… Gestion hôtelière oblige, dans un pays qu’un mélange hypocrite de mauvaise gestion et d’idéologie amène à ne pas construire le nombre de cellules nécessaires pour ensuite faire de la surpopulation carcérale le marronnier préféré des journalistes aux heures creuses de l’été.

Peut-être les juges devront-ils se pencher sur les plaintes qui seront déposées à l’encontre de ce « chanteur » qui, sur « la radio du service public », a cru devoir fredonner que Jésus-Christ était pédé… On remarquera en passant que nos héroïques gratteurs de guitare ou humoristes sont plus respectueux à l’égard du prophète. N’allez pas croire que c’est l’effet de la « jurisprudence » Charlie et du risque mortel encouru par celui qui oserait. Non, c’est par respect de l’Autre, vous savez, celui qui est victime du racisme… D’ailleurs, Belattar a montré son indépendance d’esprit en s’en prenant à Zineb El Rhazoui, une survivante de Charlie. Dans ce sens-là, c’est moins dangereux, et l’humour ou le rap permettent d’être raciste, sexiste, de clamer que l’on « baise la France jusqu’à l’agonie » ou qu’on va pendre les Blancs… Sursis, classement sans suite : la France a pris l’habitude de marcher sur la tête !

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