Editoriaux - Santé - 26 octobre 2019

Réponse au docteur Véran, député LREM, promoteur du cannabis dit « thérapeutique »

Monsieur le Député,

S’agissant du cannabis, vous participez activement à la confusion, entretenue à dessein, entre drogue et médicament, visant à la légalisation de cette drogue.

Tous les États qui ont légalisé le cannabis l’ont préalablement fait adouber comme « médicament ».

Pour habiller en médicament toute substance, ou ensemble de substances présentes dans une plante, a-t-on jamais mis en œuvre une telle procédure exceptionnelle, avec la création d’un « comité scientifique spécialisé temporaire » (CSST) ? Avec à sa tête un président utilisant d’emblée l’expression « cannabis thérapeutique », alors que ce comité devait en décider.

A-t-on déjà vu un tel battage médiatique épauler l’expérimentation d’un médicament potentiel et l’Assemblée nationale s’en saisir ?

A-t-on jamais fixé, avant d’en connaître les résultats, la durée d’une expérimentation ?

A-t-on convié, dans les auditions pratiquées devant cette commission, les experts notoires ayant des avis dissonants ?

A-t-on donné à l’expert toxicologue entendu (le Pr Jean-Claude Alvarez), qui s’inscrivait en faux contre cette vraie mauvaise idée, le temps de s’en expliquer ?

À toutes ces questions les réponses sont négatives ; ce qui « plombe » a priori les conclusions subodorées dès le début de ce simulacre de jugement public ; rompant avec la discrétion et le sérieux qui présidaient autrefois aux travaux de l’Agence française de sécurité du médicament (ANSM) – avant, du moins, que le précédent ministre de la Santé (Madame Touraine) ait recomposé la commission ad hoc, substituant à ses experts « capés » des membres ayant une notoriété scientifique modeste, faciles à influencer et prompts à recommander d’accorder l’autorisation de mise sur le marché au Sativex® (association de THC au CBD).

Ce Sativex® a obtenu, il y a cinq ans, son autorisation de mise sur le marché (AMM), appuyée par une campagne médiatique le présentant comme « irremplaçable » ; or, il n’est toujours pas disponible en pharmacie en raison du prix demandé par le laboratoire (350 €) et du faible niveau de remboursement proposé par la Sécurité sociale (15 %), eu égard à un « service médical rendu » jugé « insignifiant ».

Ce THC est disponible dans les hôpitaux français, avec le statut d’autorisation temporaire d’utilisation (ATU). Ses prescriptions, dûment argumentées, n’ont jamais dépassé annuellement la centaine ; c’est bien peu pour justifier l’extension de sa prescription.

L’importance et la gravité de certains effets secondaires de ces cannabinoïdes fait frémir à l’idée qu’en connaissance de cause, on veuille obstinément en faire des médicaments, quand sont mis en accusation des médicaments qui, lors de leur mise sur le marché semblaient irréprochables, et qui à l’usage se sont révélés délétères.

Vous répondez à un ancien président de l’Académie nationale de pharmacie : « La thérapeutique ne vise évidemment pas à créer des addictions, il y aura bien évidemment des surveillances. » Que la thérapeutique ne vise pas à cela, c’est heureux, mais qu’en l’occurrence, elle en crée, c’est assuré. Quant aux « surveillances », si leur efficacité s’apparente à celles qui, depuis vingt ans, concernent le Subutex® (produit de substitution à l’héroïne), on dupliquera ce scandale sanitaire, qui n’émeut toujours pas la représentation nationale ; nous voilà très inquiets.

À l’ouverture, en Californie, des dispensaires délivrant du cannabis sur ordonnance médicale, nombre de médecins l’ont prescrit à la polycopieuse. Le monde médical français n’est pas exempt d’idéologues ni de démagogues ; aussi est-on exposé aux dérapages, qui renvoient à ceux du Subutex® ; d’autant que les praticiens qui se sont saisis des « manettes » de l’addictologie prônent ouvertement la légalisation du cannabis ainsi que de toutes les drogues.

Ce n’est pas impunément, Monsieur le Député, que l’on outrepasse, pour des raisons idéologiques et démagogiques, les bonnes pratiques accumulées pour élever des molécules à la dignité de médicaments.

Si vous voulez laisser de votre passage à l’Assemblée nationale le souvenir de votre dévouement au service de l’intoxication de nos concitoyens, libre à vous, mais ne comptez pas sur nous (Centre national de prévention, d’études et de recherches sur les toxicomanies – CNPERT) pour vous faire bénéficier du statut de « responsable mais pas coupable ». Vous disposez, comme nous, d’assez d’éléments pour être convaincu que le rapport des bénéfices (modestes) escomptés pour les patients sont minimes relativement aux risques auxquels son usage les exposerait. Si, en médecine, le principe de précaution a une pertinence, c’est en souscrivant à l’un de ses principes fondamentaux : « primum non nocere » (« d’abord ne pas nuire »).

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