Il aura suffi que Marine Le Pen refuse à des journalistes de Quotidien leur accréditation pour que la presse s’enflamme. Lors de son déplacement à Vernon, dans l’Eure, interrogée sur l’absence de l’équipe de Yann Barthès (photo) à son QG, dimanche soir, après le premier tour de l’élection présidentielle, la candidate du Rassemblement national a réagi, estimant qu’il n’y avait « pas de journalistes chez Quotidien ». Elle poursuit son explication: « Quotidien, ce n’est pas une émission d’information ou de journalistes. Quotidien, c’est un amuseur. Parfois très drôle, d’ailleurs, je ne dis pas ! » Et d’ajouter « qu’il y a tellement de gens à accréditer que nous préférons accréditer les journalistes plutôt que les émissions de divertissement ».

Le candidat Emmanuel Macron n’a pas manqué d'en rajouter : « Quand la même personne, le même jour, dit “Vous êtes journaliste, mais monsieur ne l’est pas car il dit des choses qui ne me plaisent pas”, on a le début d’une dérive autoritaire », a-t-il affirmé, ce mercredi 13 avril, dans la matinale de France 2, non sans étriller une concurrente qui s’en prendrait « aux libertés fondamentales » ou à « la liberté de la presse ».

On tombe des nues et on hésite entre l’effarement et l’ironie. Emmanuel Macron n’avait-il pas provoqué l’ire de la presse régionale au point que certains médias comme La Voix du Nord avaient décidé de le boycotter parce qu'il souhaitait choisir les journalistes chargés de suivre sa campagne ? N’est-ce pas La République en marche qui partage avec les Insoumis l'exploit démocratique de n’avoir jamais accrédité les journalistes de Boulevard Voltaire à leurs différents événements, les empêchant ainsi de faire leur travail ? N’est-ce pas la majorité d’Emmanuel Macron qui a entériné le secret des affaires, empêchant ainsi des lanceurs d’alerte de faire leur travail ? N’est-ce pas le gouvernement d’Emmanuel Macron qui a tenté de censurer les preneurs d’images avec sa loi de sécurité globale qui n’aura, de surcroît, en rien enrayé l’insécurité galopante ?

On peine à ne pas voir, devant cette réaction épidermique médiatico-politique, une sorte de réflexe pavlovien à deux vitesses selon le média visé ou le candidat attaqué. Oui, le RN a eu tort de refuser d’accréditer tel ou tel journaliste, mais cette pratique est devenue tellement courante qu’on peine à voir dans cette mobilisation autre chose qu’une tentative de feu le « front Républicain » de porter des coups à Marine Le Pen.

La liberté de la presse est non négociable, elle aurait dû obliger le RN à accepter Quotidien. Tout comme LFI ou LREM devraient laisser nos journalistes couvrir leurs événements. Bonne nouvelle pour la candidate du RN, il semblerait que ce vrai-faux scandale ne prenne pas. L’historique de la Macronie plaide contre son candidat et non contre Marine Le Pen. Le front, ou plutôt le linceul républicain, se déchire.

13 avril 2022

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