Il est des héritages familiaux plus ou moins lourds à porter. Rendons grâce à certains « grands hommes » d’avoir su épargner à leur hypothétique progéniture les affres d’une existence en repentance : merci pour elle à Lénine, Hitler et, toute proportion gardée, au maréchal Pétain d’avoir su réfréner leur instinct procréateur. Cela dit, dans la sphère extra-occidentale, où la culpabilité judéo-chrétienne n’est pas un fardeau civilisationnel, certains « fils et fille de » capitalisent le souvenir : Sar Patchata, fille de Pol Pot, s’est réfugiée dans l’amnésie du crime et son mariage, en 2014, a permis à de vieux potes génocidaires de se remémorer le bon vieux temps. Et Kong Dongmei, la petite-fille de Mao, qui se consacre à maintenir la flamme « culturelle » du Grand Timonier, est aujourd’hui multimillionnaire.

Mais revenons à nos « territoires » droit-de-l’hommistes. Dans la d’Emmanuel , il y a les bons et les mauvais ancêtres. Il est aujourd’hui de bon ton, pour les bobos métropolitains progressistes, d’avoir un ancêtre immigré, éventuellement martyr communiste dans les années 30, ou dont les sentiments antinationaux peuvent être exhibés comme un gage d’ouverture à la fraternité mondialiste.

L’héritier Montebourg veut être de ceux-là. Dès 2011, un article de insistait sur le fait que, pour asseoir son image arrangée d’homme du peuple, il surlignait à gros traits ses origines « arabo-morvandelles ». Il intervenait alors sur Beur FM pour raconter que, pendant la guerre d’Algérie, son grand-père, Khermiche Ould Cadi, « était du côté du FLN » et qu’il s’était « battu pour la décolonisation ». Mais c’est en 2016, lors de la primaire socialiste pour les présidentielles de 2017, qu’il ne manquera pas de faire sa promotion autour de ce fameux grand-père résistant FLN, ainsi que l’ont rapporté à l’époque El Watan ou Match. Voilà qu’il y revient – élections à l’horizon obligent -, ce 25 janvier, dans les colonnes de L’Obs, relayé sur , sous une autre forme : « L’histoire familiale raconte l’arrivée des parachutistes dans la ferme de mon grand-père, où des armes avaient été cachées par le FLN […] Ma famille s’est engagée dans les combats de la décolonisation. »

Devant les souvenirs « légendés » assez imprécis, à dessein, de notre apiculteur, on pourra se poser quelques questions sur le réel engagement FLN de son grand-père, issu d’une famille plutôt francophile. Sans doute, comme beaucoup à l’époque, lui qui avait épousé une française de Normandie, n’a-t-il fait qu’essayer de vivre, entre deux choix déchirants. C’est ce qui semble ressortir d’une étude de Frédéric Charpier qui écrit que l’ancien soldat français Khermiche « n’a jamais été partisan de l’indépendance » et que les Ould Cadi, dont il est issu, étaient parfois traités de « collabos » ! Il quittera l’Algérie en avril 1962 pour n’y jamais revenir.

Et puis, par-delà le portrait mythifié du grand-père, il y a aussi chez Montebourg l’autre ancêtre qui « secondait par son intelligence, par ses conseils et par sa vaillance, les projets de nos généraux […] un des indigènes qui ont rendu le plus de services à la cause française en Algérie. » (Cf. Le Livre d’or de l’Algérie, par Narcisse Faucon, A. Challamel, Paris, 1889, pp. 499-505) : Ahmed Ould Cadi, qui participa aux combats de la pacification entre 1835 et 1881 et fut fait grand-officier de la Légion d’honneur en 1867. Pas honteux,celui-là ; mais pas politiquement correct. Si l’on comprend mieux, alors, que Montebourg ne souhaite « ni repentance, ni glorification », sa lecture de son histoire familiale récente pose quand même question.

Vers 1844-1845, les généraux Cavaignac et Bugeaud pratiquèrent les « enfumades » pour extirper des grottes où ils se réfugiaient les « gredins » réfractaires aux « bienfaits » de la conquête. L’histoire ne dit pas si l’ancêtre de Montebourg prêta la main à ce type de pacification. Une chose paraît sûre : même si son lointain rejeton s’évertue à jouer, depuis des mois, son numéro d’enfumage mémoriel en rappelant que son papi à lui fit de la résistance antifrançaise, il est peu probable que cet argument suffise à lui rallier les voix communautaires des Algéro-Français pour faire, à gauche, la course en tête pour l’Élysée, en 2022. Sous son apicole bobo, n’est certainement pas, pour eux, le bon caïd.

1 mars 2021

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