Dans les années soixante du siècle dernier courait une plaisanterie. Aux premiers pionniers montés voir à quoi ressemblait la Terre vue du dessus, on avait posé la question : « Là-haut, avez-vous rencontré Dieu ? » Gagarine répondit non, mais on racontait qu’Alan Shepard aurait lancé, en rigolant : « I Met God, She’s Black » (« J’ai rencontré Dieu, Elle est noire »).

Un petit malin a, depuis, récupéré l’ pour la faire figurer sur des T-shirts à 30 dollars l’unité. Avec le mouvement #BlackLivesMatter, ça se vend mieux que des petits pains et Dylan Chenfeld, 21 ans, qui se revendique juif et athée, est en route pour la fortune… Il se pourrait, toutefois, qu’il lui faille rallonger le slogan sous peine d’être accusé de discrimination : Dieu est noire ET .

Aux États-Unis, d’où nous arrivent toutes ces brillantes avancées sociétales, les fabriques de héros sont en pleine effervescence : il y a là un bon filon à exploiter. Depuis quelques années, on revisite les classiques… avec plus ou moins de bonheur. Culture, le 30 août 2017, avait déjà intitulé son émission consacrée au sujet : « Vague de féminisation à Hollywood. Pour le meilleur et pour le pire. » « Hollywood s’est ainsi mis en tête de féminiser tous ses blockbusters, et on a parfois le sentiment qu’il s’agit surtout de vendre deux fois le même produit en changeant la couleur des stéréotypes », déplorait l’intervenant. La conclusion était que « sur le marché du cinéma, la femme est l’avenir de la saga. Et si Rambo 4 sortait aujourd’hui, Sylvester Stallone changerait de . »

Des efforts louables, donc, mais néanmoins insuffisants car « le filon de la féminisation consiste trop souvent à changer les héros hommes en héros femmes sans réel apport supplémentaire sur les personnages et leur perception ». Ainsi Hélène Breda, chercheuse à l’université  13, écrivait sur le site Terrafemina, le 19 avril 2017 : « Aujourd’hui, on ne peut plus juste placer une femme, un noir ou un queer et penser que c’est suffisant. Il faut proposer quelque chose de satisfaisant en termes d’action, de narration et des oppressions vécues. » Et difficile d’y remédier car « les industries culturelles sont gouvernées par des hommes blancs et [que] les auteurs embauchés sont aussi généralement des hommes blancs ». Résultat : « On se retrouve dans des représentations qui ne sont pas en adéquation avec ce que les minorités attendent. »

Damned! Peuvent mieux faire, donc, et force est d’admettre que tous ces gens d’Hollywood font de sérieux efforts pour être « en adéquation avec ce que les minorités attendent». Problème : il y a de plus en plus de minorités dans les minorités et il va devenir extrêmement compliqué de toutes les satisfaire.

Malgré tout, on salue, ce matin, une bonne nouvelle sur le front de la diversité : un nouveau Superman est en projet avec un acteur noir dans le rôle titre. « Le site américain Deadline dévoile que Warner Bros et DC Comics développent un nouveau film Superman, a priori un reboot, avec J.J. Abrams à la production et surtout Ta-Nehisi Coates au scénario », nous apprend 20minutes.fr. Ce dernier est un « journaliste spécialiste des questions politiques, sociales et culturelles concernant les Afro-Américains ». Faut-il le préciser ? Ta-Nehisi Coates est noir. On peut donc supputer une version conforme aux attentes de sa communauté.

Bref, avant que Blanche-Neige ne vire, elle aussi, au jaune ou au noir, ou que Jamie Bond enfile ses cuissardes de camionneuse transgenre victime de grossophobie, on peut se demander pourquoi, au lieu de transformer des héros pour les faire coller aux lubies du jour dans une démarche qui est la quintessence même du , on n’essaie pas tout simplement d’en inventer !

1 mars 2021

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