Editoriaux - Société - 6 avril 2019

Quand l’homme dépasse les limites

« Contrôle » : le mot est lâché. C’est, en substance, l’explication donnée par le couple d’hommes américains qui, grâce aux avancées médicales et sociétales, se retrouvent parents d’une petite fille dont la mère porteuse n’est autre que la mère biologique de l’un d’eux. Vous me suivez ? Histoire de compliquer l’affaire ou, au choix, de la rendre plus extraordinaire, la mère porteuse était ménopausée depuis dix ans et a donc donné la vie à… 61 ans !

Ces parents se félicitent en évoquant la raison de leur choix par rapport à l’adoption : « Pour nous, le fait de pouvoir contrôler ce qu’il se passait était important. On a pu vivre cette grossesse à notre manière. » Et de terminer : « Tout s’est passé sans encombres. » On peut se demander si l’on doit s’en réjouir ou s’en affliger car, dans ce cas, pour l’instant rarissime mais qui tendra à se généraliser, nous allons de performance en performance. Et, bien sûr, toute performance est appelée à être dépassée chez les adeptes du progressisme.

Cette femme accepte, pour son fils, de porter l’enfant. Cette maman est très certainement poussée par des sentiments altruistes et maternels. La fécondation in vitro s’est alors faite avec les gamètes de son fils et ceux de la sœur de son ami. Elle est, en plus, courageuse d’assumer cette grossesse à soixante ans, quand on connaît les risques de complications lors de grossesses chez les femmes de plus de quarante ans. Un avantage à son âge, et non des moindres : elle ne connaîtra pas cet événement naturel qu’on appelle le retour de couche, puisqu’elle est ménopausée. Clairement, dans cette histoire, il n’y a rien de naturel de toute façon.

Dernière précision : cette opération aura coûté au deux hommes plus de 37.000 euros. Pas offert à tout le monde.

Plus largement, le contrôle, la maîtrise puis les corrections à apporter à l’ordre naturel parfois défaillant dont il convient à tout prix de l’améliorer est le mot d’ordre de l’idéologie contre-nature nommée le transhumanisme. La nature est imparfaite ; peu importe, la science et les nanotechnologies vont y remédier car l’homme sait le faire, et le maîtrisera de mieux en mieux. Nous serions, alors, bien bêtes de ne pas en profiter car le progrès ne se refuse pas ! Et puis, tous les rêves seront permis avec l’homme augmenté. Il s’agira de décupler certaines de nos capacités grâce à des implants bourrés d’intelligence artificielle pour pouvoir donner le change à nos ordinateurs, qui seront de plus en plus puissants, eux-même nourris d’intelligence artificielle. Attention aux conséquences si l’homme continue à vouloir dominer la nature sans s’interroger sur l’éthique et la légitimité de ses actions. Comment peut-on être certain que des cas comme celui-ci ne seront pas la voie royale pour entrebâiller la boîte de Pandore ?

Pour revenir au cas qui nous préoccupe présentement, toute cette histoire n’a été possible que parce que l’homme a choisi de contourner les lois naturelles, cet ensemble de règles qui ordonnent la vie humaine que l’homme n’a pourtant pas faites. Elles fixent donc le cadre, l’homme est par nature limité, en offrant toutefois des orientations de liberté à celui-ci. Les lois naturelles sont à dépasser pour les transhumanistes qui mettent en avant l’argument qu’elles sont un obstacle aux désirs humains rarement raisonnables ou aux besoins subjectifs des uns et des autres dans un désir de toute-puissance. Comme si seule la volonté individuelle pouvait l’emporter sur le bien commun. Le « droit à » prédomine alors sur la loi naturelle. La question à laquelle il faut sans cesse revenir : considère-t-on la vie humaine comme sacrée ? Prométhée-moi d’y réfléchir !

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