Vincent You est adjoint au maire d’Angoulême et vice-président de GrandAngoulême. Celui qui s’est fait connaître comme l’initiateur de la clause Molière est interrogé au micro de Boulevard Voltaire sur la visite d’ au Salon de l’agriculture.

Les déclarations du Président se veulent rassurantes, mais le monde agricole français qui se sent menacé par les accords de libre échange (TAFTA, CETA et Mercosur) commence à se manifester de manière forte.

Vincent You estime que le système du “en même temps” libre-échange et made in France ne pourra perdurer. Il plaide pour privilégier des circuits de productions alimentaires courts à l’instar de ce qu’il a lui-même mis en place à Angoulême.

Vincent You, depuis quelques semaines, les paysans du Sud-Ouest bloquent régulièrement les routes pour manifester leur mécontentement et le Président Macron a été accueilli de façon très mitigée au Salon de l’agriculture. La crainte du monde paysan face à l’avenir est-elle justifiée ?

Elle est totalement justifiée. On sait bien que le profil d’Emmanuel Macron est d’être plutôt l’ami des financiers que des paysans. Même s’il a eu des discours extrêmement forts auprès des jeunes agriculteurs, ils attendent la suite.
On ne peut pas dire aux agriculteurs que les terres agricoles sont notre souveraineté, qu’on va mettre des verrous réglementaires et qu’il n’y aura pas de bœuf aux hormones en provenance d’autres pays du monde en France. Et, en même temps, être celui qui est construit intellectuellement sur le libre-échange mondial et qui veut faire avancer le Mercosur, le CETA et le TAFTA. Un moment donné, le « en même temps » ne sera plus possible.
C’est pour cela que les agriculteurs commencent à se manifester de manière forte et visible. Ils savent bien qu’il y a des enjeux majeurs et que rien n’est gagné à l’Élysée actuellement.

Le made in France coûte plus cher que le produit étranger. On pense, par exemple, au porc breton face au porc chinois. Comment un élu local peut-il faire pour favoriser la production locale au détriment de la production mondiale ?

Nous avons mis en place, à Angoulême, une méthode qui fonctionne et qui a beaucoup de sens. Elle a, d’ailleurs, été largement reprise. Les cantines scolaires arrêtent d’acheter uniquement de l’alimentation ; elles achètent, à la place, de l’alimentation et de la pédagogie. Nous demandons aux producteurs d’accueillir les écoles sur le lieu de leur production ou dans leur ferme. On fait, ainsi, d’une pierre deux coups. Le producteur qui est éloigné n’est pas retenu, car sa ferme étant loin, il est plus coûteux d’y aller. C’est une façon de faire du local sans le dire.
Ensuite, c’est de la belle écologie, car les jeunes enfants découvrent en direct des lieux de production. J’ai accompagné des enfants à sept kilomètres d’Angoulême pour voir des porcelets. Aucun enfant n’avait vu de porcelets courir en liberté. Je pense qu’ainsi, on fait découvrir aux enfants la nature, ses règles et sa beauté. On est sur la plus belle dimension écologique qui soit.
À la fois on reterritorialise l’économie et, en même temps, on transmet à nos enfants le goût de l’alimentation de qualité et la compréhension des règles de la nature.

Vous avez pointé le danger du “repli sur soi”. Comment favoriser ces méthodes sans devenir le village gaulois qui résiste seul face à l’envahisseur mondialiste ?

Il faudra, à un moment, remettre en cause les règles de l’OMC. C’est un peu l’angle mort de toutes nos élites parisiennes qui interdisent de remettre en cause le libre-échange et ses sous-bassements idéologiques. Cette étape finira par arriver. Aujourd’hui, il y a une prise de conscience avec le CETA et le TAFTA, et j’espère qu’on ira le plus loin possible pour s’opposer à ces démantèlements complémentaires.
C’est la responsabilité des élus locaux de trouver comment faire en sorte de reconstruire des circuits de proximité pour que la consommation soit à proximité de la production.
À Angoulême, droite et gauche, nous nous sommes mis d’accord sur un objectif d’autosuffisance alimentaire.
Nous le ferons dans le temps, ce ne sont pas des recettes miracles. Nous jouons sur le foncier pour faire en sorte qu’il y ait plus d’agriculteurs sur le Grand Angoulême. Nous jouons sur les circuits économiques pour faire en sorte qu’ils aient des revenus décents et qu’on sorte de la logique du low cost. Et nous jouons sur la commande publique.
Mais attention, notre discours est très clair. L’objectif est de faire de l’agriculture de qualité. Ce n’est pas parce que c’est local que cela nous satisfait. Il faut que la production soit de qualité. Nous voulons retrouver le sens de l’alimentation : “que l’aliment soit ton médicament”. Il y a aussi des enjeux de santé. Aujourd’hui, la malbouffe nous réunit très largement pour s’y opposer.
Nous retrouvons donc tous les leviers d’action pour faire en sorte qu’il y ait un peu de bon sens localement, qu’on avance et qu’on retrouve de l’agriculture de proximité.

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