Des humoristes qui se lancent en politique ? Rien de bien neuf sous le soleil de France ou d’Europe, et , à la recherche de ses 500 fichues signatures, n’a rien inventé. Beppe Grillo, du mouvement populiste 5 étoiles en , et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, récemment devenu président – fort de 73,2 % des suffrages, résultat digne d’un maréchal soviétique, ou d’un « roi nègre », tel qu’il était naguère licite de dire -, sont déjà passés par là.

C’est d’autant plus vrai qu’avant Bigard, il y eut Ferdinand Lop (1891-1974), éternel candidat à la magistrature suprême, prônant l’extinction du paupérisme à partir de dix heures du soir, l’extension du boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer (dans les deux sens), le raccourcissement de la grossesse des femmes de neuf à sept mois, l’installation de  à la campagne pour que les habitants profitent de l’air pur, sans oublier la suppression du wagon de queue du métro, dans un légitime souci égalitaire.

Parmi ses augustes successeurs, André Dupont (1911-1999), plus connu sous le nom d’Aguigui Mouna, qui jugeait en ces termes notre société contemporaine : « On devient gaga, complètement gaga, fini, usé, terminé… gaga, agaga, agogo, gogo, agag, aguigui… aguigui. » Ce délicieux inventaire serait néanmoins incomplet s’il n’était évoqué, en ces colonnes, une autre personnalité foutraque, Pierre Dac (1893-1975), connu pour avoir été gaulliste historique et fondateur du MOU (Mouvement ondulatoire unifié), dont le slogan, à l’approche de l’élection présidentielle de 1965, n’était autre que : « Les temps sont durs, votez MOU ! »

On rappellera qu’après la très appuyée demande du Général, Pierre Dac retira finalement sa candidature. En son temps et à l’approche du 10 mai 1981, François Mitterrand, ayant bien compris que celle d’un Coluche pouvait lui causer un tort majeur, lui demanda à son tour de renoncer, alors que si Valéry Giscard d’Estaing avait eu plus de sens politique – ce qui se serait su depuis belle lurette –, il l’aurait au contraire appuyée.

Mais ce panorama ne serait pas complet s’il n’y était évoqué la candidature d’un autre comique, Dieudonné, lui aussi égaré en politique : élections législatives sur fond d’antilepénisme pour son parti fraîchement créé, celui des « Utopistes », en 1997, avec les soutiens de Guy Bedos et Daniel Cohn-Bendit. Puis, à la présidentielle en 2002, toujours fort des mêmes sponsors, avant de renoncer au millésime 2007, faute de relais, financiers comme médiatiques.

Mais revenons-en à Jean-Marie Bigard qui, en privé (l’auteur de ces lignes le confirme), vaut mieux que la figure publique qu’il renvoie à son auditoire. À l’origine, son slogan élyséen reposait sur un concept fort, quoiqu’un peu court : « Allez tous vous faire enculer ! » Aujourd’hui, il en revient à un plus consensuel « Bigard Président », même si, sur la charte graphique de sa campagne, un slip kangourou vient s’intercaler entre ces deux vocables si forts de sens. On ne se refait pas.

Pour le reste, le seul comique tricolore à avoir empli le Stade de France – ce qui n’est pas rien, on en convient – souffle le chaud et le froid. En mai 2019, il assure, chez BFM TV, « représenter le peuple en dehors des partis politiques », avant de rétropédaler à l’occasion d’un entretien accordé au mensuel Society : « Je laisse chauffer la cocotte-minute à feu doux pour savoir combien de gens seraient derrière moi si ça arrivait, mais pour l’instant, ce n’est pas au goût du jour. » Bref, il avance et recule ; mais comment voulez-vous qu’on le suive ou qu’on l’en…, pour reprendre son propre bréviaire dialectique ?

Sachant que, d’un point de vue sémiologique, sa rhétorique se résume à ce viatique consistant à « être là pour foutre le bordel », selon Paris Match, on se dira que, toutes choses bien pesées, d’autres comiques du genre involontaire ont autant de chances que lui de tenter une seconde chance en politique, d’Alexandre Benalla à Christophe Castaner, d’Aurore Bergé à Roselyne Bachelot – estampillée Grosse Tête de chez Laurent Ruquier –, pour ne citer que ces jeunes espoirs en matière de spectacle vivant.

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