Le carmel de Compiègne meurt pour la seconde fois

Après des siècles d’histoire, la fermeture du monastère symbolise la crise durable des vocations religieuses en France.
Capture d'écran YT
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C’est un coup de tonnerre qui vient de toucher la ville de Compiègne. En effet, après une présence multiséculaire, malgré la canonisation de plusieurs de leurs anciennes sœurs martyrisées en 1794, on vient d'annoncer la fermeture de la communauté des sœurs carmélites de Compiègne, installée depuis 1992 à Jonquières. Cette nouvelle dépasse alors de loin le cadre d’un simple départ religieux et rappelle avec force la crise profonde des vocations qui transforme aujourd’hui le paysage chrétien de la France.

Les raisons d’une fermeture annoncée

La disparition de la communauté de Jonquières s’inscrit dans une réalité devenue commune à de nombreux ordres contemplatifs. Les religieuses sont moins nombreuses, plus âgées, et les vocations nouvelles se font trop rares pour assurer la relève. Dans son communiqué annonçant la fermeture du carmel de Jonquières, l’évêque de Noyon, de Beauvais et Senlis évoque une décision prise avec gravité en raison de « renforts extérieurs impossibles à trouver ». Mgr Jacques Benoit-Gonnin déclare que « c'est une perte et une peine pour le diocèse. Et une peine pour les fidèles chrétiens catholiques du diocèse. » Ainsi, les six dernières carmélites de Compiègne organiseront dans les mois à venir leur départ définitif.

On aurait pu croire leur présence définitive après que leur communauté eut survécu à la Révolution, aux expulsions et aux guerres. Malgré cela, leur nom s’ajoute désormais à la longue liste des couvents, abbayes et maisons religieuses qui ferment peu à peu, partout en France. Avec eux, c’est un peu de l’âme et de l’histoire locale qui disparaît à jamais.

Une histoire commencée en 1641

Le carmel de Compiègne fut fondé en 1641. Huit religieuses vinrent alors s’installer dans la ville, faisant de cette maison le cinquante-troisième carmel réformé fondé en France. Protégée par plusieurs reines de France, d’Anne d’Autriche à Marie-Antoinette, la communauté s’enracina durablement dans le paysage compiégnois.

Cependant, la Révolution française brisa cette quiétude. En effet, en 1790, l'Assemblée nationale vote la suspension des vœux religieux et le couvent, comme tant d’autres maisons religieuses, finit par être vendu comme bien national. Il fallut alors attendre le XIXᵉ siècle pour voir renaître la communauté. Une tentative eut d’abord lieu en 1835, mais elle échoua à cause de la révolution de 1848. La véritable restauration n’arriva enfin qu’en 1867, lorsque des religieuses venues de Troyes rétablirent un carmel à Compiègne. Cependant, en 1992, la communauté quitta la ville pour Jonquières, à quelques kilomètres seulement de Compiègne, dans un nouveau monastère devenu désormais le dernier chapitre de cette longue histoire.

Les martyres de 1794

La renommée du carmel de Compiègne tient surtout au destin des seize carmélites guillotinées à Paris le 17 juillet 1794, place du Trône-Renversé - actuelle place de la Nation. Arrêtées sous la Terreur, accusées de fanatisme et de sédition, elles furent condamnées à mort par le Tribunal révolutionnaire puis exécutées le soir même. Les témoignages rapportent qu’elles montèrent à l’échafaud en chantant le Veni Creator en ayant « l’air d’aller à la noce ». Béatifiées en 1906 puis canonisées en 2024 par décision du pape François, elles sont devenues un symbole de piété, de fidélité à leurs vœux mais également de courage face aux violences et aux injustices politiques. Leur histoire inspira Gertrud von Le Fort pour son livre La Dernière à l'échafaud, qui inspira à son tour Georges Bernanos et ses Dialogues des Carmélites, œuvre ensuite adaptée à plusieurs reprises au cinéma et à l’opéra, donnant aux carmélites de Compiègne un rayonnement international.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 28/04/2026 à 12:59.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

14 commentaires

  1. Le pape a abandonné l’Europe et surtout la France. Depuis jean-paul II les papes sont devenus des outils de la gauche et leur désintérêt pour l’Europe est plus que flagrant. Es politique, stratégique, ou une haine de l’occident? Ce qui est sûr c’est que les papes ne parlent plus aux peuples d’Europe, que nos églises de détériorent et que des bénévoles non prêtres font même les offices mortuaire faute de prêtre…même l’église est le reflet de cette Europe qui meurt.

  2. Triste. L’Eglise devrait s’interroger pour mieux correspondre aux mentalités du 21° siècle.
    Ce qui ne veut pas du tout dire qu’il faudrait qu’elle vende son âme (c’est juste une expression) mais qu’elle tienne compte des réalités de notre société.

    • La réalité de notre société, c’est que la religion est en perte de vitesse, et c’est une évolution
      irrémédiable, qu’on le veuille ou non ! La société évolue, et elle a toujours évolué, vous n’y
      pourrez rien et personne n’y pourra rien !

  3. Comme on fait son lit on se couche. Le catholicisme va simplement disparaître.
    D’abord parce que les maires LR chéris de BV subventionnent tous La Libre Pensée et les assoces immigrationnistes. Ensuite par incapacité à adapter le produit. Plus personne ne veut être moine ou moniale, personne ne veut devenir prêtre pour finir à mille boules par mois et mourir vierge. Alors oui il y a des catéchumènes. Qui sont un peu comme des électeurs, pas vraiment intégrés à la machine.

  4. La cause première de la fermeture du Carmel est le fait que les catholiques n’évangélisent pas ou de facon faible. Peu se rendent compte qu’on est passé en 150 ans d’un pays à énorme majorité catholique à 2% de pratiquants. Ce n’est pas en insinuant à mots voilés dans un sous entendu qu’on est croyant, que l’on évangélise efficacement (ou en mettant un macaron sur sa bagnole ou en chantant des beaux cantiques, même grégoriens). L’évangélisation à la façon de Jésus et ses disciples (et St Martin, Vincent Ferrier entre autres) avait bien plus d’impact et de sens: annoncer le Royaume ETaccomplir des SIGNES. Qui le pratique encore? Un carmel ne peut exister sans une certaine quantité de croyants sur un territoire. Si on veut un carmel, il faut d’abord évangéliser de façon conforme au modèle . Sinon il ne restera que des musées et traditions.
    Au boulot…

  5. Crise des vocations? Mais l’église n’a t’elle pas fait tout pour que cela arrive? En niant, limitant les interdits et obligations, en atténuant la gravité des manquements, ceci couplé avec l’affirmation affiché par l’église que la religion n’apporte que des vérités partielles, mais aussi une soumission remarquable à une  » modernité ». Paul VI en 1972, disait « On croyait que, après le Concile, il y aurait une journée ensoleillée dans l’histoire de l’Église. Il est venu à la place une journée de nuages, de tempête, de ténèbres, de recherche et d’incertitude. Qu’ont ils fais pour modifier le cap? Rien. Seuls les traditionnalistes voient un retour des pratiquants, petit lueur d’espoir, mais le nouveau pape qui semblait s’éloigner de la vision de François, semble désormais rentrer dans le rang, à ce demander qui dirige vraiment l’église…

      • Si l’Eglise suit son maître, elle tient son rôle. Ce n’est pas facile. Le Maître a lutté contre la bêtise et les interdits religieux de son temps et le combat continue.

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