Hubert Védrine est un esprit libre. La preuve en est qu’il vient d’accorder un long entretien à nos confrères d’Éléments. L’ancien ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin n’est d’ailleurs pas le seul « esprit libre » à avoir été invité à donner son point de vue dans « le magazine des idées », puisque précédé par des personnalités telles qu’Alain Finkielkraut, Jacques Julliard, Marcel Gauchet ou Onfray.

Dans le cas de ce dernier, , alors ministre de l’Intérieur, était monté sur ses petits chevaux ; là, c’est l’ensemble de la gauche pensante qui s’y colle. Il est vrai que l’homme qui vient de sortir un remarquable Dictionnaire amoureux de la géopolitique n’y va pas par quatre chemins, et surtout pas celui de Damas, dès lors qu’il s’agit d’évoquer l’affaire rwandaise : « Le Rwanda est devenu le prétexte pour tous les gauchistes de la place de Paris de régler leurs comptes avec François Mitterrand, la Cinquième , la comme puissance. » Envoyez, c’est pesé !

Des « gauchistes » qu’il ne semble d’ailleurs pas tenir en haute estime : « Je ne me reconnais pas du tout dans cette gauche qui a dégénéré, composée de gauchistes devenus fous qui veulent réduire au silence ou à la sociale ceux qui ne pensent pas “correctement”. »

Déjà lourde, l’ambiance devient carrément plombée quand Marion Maréchal tweete : « Je vous invite à lire le point de vue d’Hubert Védrine, ancien conseiller diplomatique de Mitterrand et ex-ministre des Affaires étrangères, sur l’affaire du génocide rwandais. Une analyse de bon sens après l’énième acte de d’Emmanuel Macron au Rwanda. »

Ce qui, par ailleurs, n’est pas tout à fait exact, Hubert Védrine ayant précisé : « Emmanuel Macron a été courageux à Kigali de ne pas reprendre les accusations les plus délirantes contre la France et son discours a été à cet égard assez mesuré, assez pondéré. Je ne dis pas que je suis d’accord avec chaque ligne, mais c’est plutôt bien de sa part de ne pas reprendre la surenchère des attaques. »

En revanche, il en est qui ne s’embarrassent guère de ces subtilités : Sofia Aram, humoriste officielle de France Inter, par exemple, qui affirme : « Ça pue le révisionnisme et le complotisme à plein nez. » Belle puissance d’analyse, dira-t-on. Mais également un certain Luc Broussy, président du Conseil national du PS – si, si, ça existe encore –, qui tweete dans la foulée : « Entre un homme qui signe dans un magazine d’ et reçoit les félicitations de Marion Maréchal et Sophia Aram une humoriste qui dénonce ce discours rance et manifeste de l’empathie pour les Rwandais, devinez quelle est ma gauche préférée ? » On devine, Luc, on devine.

À peine plus sérieusement, il y a Raphaël Glucksmann, fondateur de Place publique, groupuscule très réputé place des Vosges et dans ses proches environs, par ailleurs auteur d’un documentaire sur le drame rwandais dont le moins qu’on puisse prétendre est qu’il n’est pas tendre avec la France. Paradoxalement, lui se félicite de la polémique : « C’est un immense progrès qu’un tel entretien soit abrité par Éléments. […] Le mensonge officiel se déplace vers les marges complotistes et d’extrême droite. C’est une victoire pour la France et pour ceux qui ont combattu pour la vérité. » Lui, en l’occurrence.

Pourtant, ce qu’affirme Hubert Védrine sur le sujet n’est jamais que frappé du bon sens le plus élémentaire, si l’on peut dire en la circonstance. Pour commencer, seule la France a tenté d’intervenir lors de ces massacres. Qu’on fait les Chinois, les Luxembourgeois, les Camerounais, les Russes, les Américains ? Rien. Et notre homme d’enfoncer le clou : « Accuser la France pour son rôle au Rwanda, c’est un peu comme si on accusait les pompiers qui ont tenté d’arrêter l’incendie de Notre-Dame en leur disant qu’il fallait arriver la veille. » Il est un fait que…

5 juin 2021

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