Politique étrangère de Donald Trump : l’art du grignotage

Trump prépare sa prise effective de pouvoir avec le soutien des réseaux Bannon et Kushner, qui constituent son énergie fantôme. Ainsi, face au coup d’État rampant, il plie mais ne rompt pas, se heurtant depuis son élection à un tsunami d’oppositions, godillant entre les écueils, changeant constamment de sujet.

Il a incontestablement réussi son approche du monde des affaires, financières et industrielles, sans oublier les syndicats : de nombreuses entreprises américaines ont interrompu leurs processus de délocalisation et de grands groupes nationaux et internationaux se sont engagés à massivement investir et recruter sur le territoire américain. Les derniers sondages notent ainsi un sursaut de confiance des entreprises, grandes et petites, et le 1er trimestre boursier a connu des records. Premier grignotage, invisible…

Trump a ensuite cassé l’arrogance des élus républicains en les faisant « tomber » sur le remplacement d’« Obamacare », ce qui les rend maintenant beaucoup plus dociles sur les deux sujets qu’ils voulaient saboter : les réductions d’impôts, son plan d’infrastructure. Sachant qu’il vient de reprendre personnellement en main un nouveau dossier : « Trumpcare ». Deuxième grignotage, mise au pas des législateurs…

En revanche, le président n’a pas eu encore « la permission » de l’État profond (« deep state ») d’agir à sa guise en politique internationale, ce qui faisait récemment dire (16 mars, Creators.com) au paléo-conservateur Pat Buchanan : “McCain [le sénateur néocon qui veut le départ de Trump et de Poutine, ndlr] a-t-il confisqué la politique étrangère de Trump ?»

Le « parti unique américain » estime en effet que la Chine représente la principale menace pour les États-Unis : économiquement, territorialement, cybernétiquement, militairement et démographiquement. Pour détruire la Chine avant qu’elle ne mange l’, il y donc une urgence : prendre le contrôle d’une « Eurasie » qui va de l’Angleterre à Vladivostok. Il est donc hors de question de laisser des hurluberlus d’un autre siècle, comme Poutine et Trump, se mettre en travers. D’où ces enquêtes parlementaires qui ont essentiellement pour objectif de documenter des « actes de guerre » électoraux commis par les Russes contre des pays de l’OTAN afin de ruiner (méga-sanctions) Poutine et consorts.

Michael Pillsbury, auteur du livre The Hundred-Year Marathon: China’s Secret Strategy to Replace America as the Global Superpower, a conseillé Trump pendant sa campagne. Sa thèse : le plan stratégique « à 100 ans » de la Chine destiné à en faire l’hégémon du futur monde.

Lors de son interview du 24 mars, réalisée par l’intelligente Sophie Shevardnadze sur « la chaîne de propagande RT America », Pillsbury a expliqué que la Chine attend avec impatience le prochain conclave floridien tenu chez Trump, à Mar-a-Lago, dans une atmosphère privée, sous le signe du « gagnant-gagnant » préconisé par le secrétaire d’État Tillerson, qui a jusqu’ici manœuvré à profondeur périscopique, pendant que Trump tirait des bords en surface.

Le choix est simple : ou bien les États-Unis privent la Chine de la Russie par la déposition de Poutine lors d’un coup d’État électoral organisé pour les élections présidentielles russes de 2018 (et plongent dans l’inconnu) ; ou bien les États-Unis, la Chine et la Russie font cause commune contre le terrorisme djihadiste et planifient ensemble une nouvelle croissance économique mondiale. Dernier grignotage…

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