[POINT DE VUE] Mort d’Alain Orsoni : comme dans un vieux polar

Une seule balle, probablement tirée par un sniper embusqué dans le maquis, a eu raison de ce militant nationaliste.
Alain_Orsoni_2025
Auteur inconnuUnknown author, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons

« Mort en plein deuil » : c’était le titre de Corse-Matin, en ce 13 janvier, pour commenter l’assassinat d’Alain Orsoni, à la sortie du cimetière où il venait d’enterrer sa mère. Comme le disait Olivier de Lagarde dans son excellente revue de presse sur Europe 1, on entendrait presque l’accent. Une seule balle, probablement tirée par un sniper embusqué dans le maquis, a eu raison de ce militant nationaliste, reconverti dans les affaires et jamais loin du grand banditisme. À 71 ans, revenu au pays parce que chef de famille, il est mort comme dans un vieux polar.

Mort comme dans un vieux polar

On pense en particulier (mais pas seulement) au méconnu Big Guns, bêtement traduit par Les Grands Fusils (1973), une histoire de vengeance italienne, avec Alain Delon en tueur à gages qui voulait se ranger, dévoré par la colère froide d’avoir vu sa femme et son fils mourir, à sa place, dans une voiture piégée. Un de ces polars de connaisseurs que notre ami Nicolas Gauthier décrit si bien et connaît sur le bout des doigts. Alerte spoiler : à la fin du film, une messe a lieu en Sicile, sur fond de réconciliation, dans un lieu sacré où il ne peut, selon les lois de l’honneur, rien arriver. Sur les marches du parvis, en plein soleil, Delon serre la main du parrain qui a fomenté l’assassinat. Il la garde dans sa main une seconde de trop… le temps pour un assassin de lui régler son compte.

Alain Orsoni, qu’on est naturellement tenté de prononcé « Orsône », à la corse, aura eu toutes les vies de l’un de ces personnages de roman ou de film. Fils d’un parachutiste héros de la France Libre, étudiant à Assas où il milite au GUD, Alain Orsoni rejoint très vite les milieux nationalistes corses. Il fera un peu plus d’un an de prison pour le mitraillage de l’ambassade d’Iran à Paris, avec des camarades du FLNC – un attentat qui visait les autorités françaises. Mitterrand le libère en 1981 (comme c’est généreux, la gauche) : il reprend immédiatement le maquis. En 1983, son frère, Guy Orsoni, est assassiné par des petites frappes. Apparemment, ils visaient Alain lui-même et le faisaient pour complaire, de leur propre initiative, au pouvoir politique. Alors, le 7 juin 1984, après avoir assassiné tous les responsables de ce meurtre, un commando du FLNC fait irruption dans la prison d’Ajaccio et liquide les deux derniers mis en cause présumés. Orsoni, lui, a le meilleur des alibis : il est à la maternité, pour la naissance de son fils… à qui il donnera le prénom de Guy, son défunt frère.

Un destin cinématographique

Homme politique indépendantiste dans les années 90, il fonde le MPA (Mouvement pour l’autodétermination), qui sera la façade légale du « FLNC canal habituel », moins connu que le « canal historique ». Élu à l’Assemblée territoriale, puis homme d’affaires louche, il préfère s’expatrier en Amérique du Sud, au Nicaragua plus précisément, pour y faire tourner des casinos. La suite pourrait figurer dans L’Enquête corse : en 2008, il revient sur l’île de Beauté, est victime d’une tentative d’assassinat, puis prend la présidence de l’AC Ajaccio, qu’il gardera pendant sept ans. Pendant ce temps, les commanditaires de sa tentative de meurtre sont identifiés, il est lui-même mis en examen pour une série d’assassinats mafieux, notamment celui d’un ancien associé, mais pour celui-là, il a encore un alibi en or : il était en tribune pour un match de l’AC Ajaccio, tout le monde l’a vu.

Le voici donc qui, après un destin cinématographique, meurt comme au cinéma : "fair enough", me direz-vous. Cela pose tout de même deux questions : peut-on parler de code d’honneur mafieux chez des gens qui assassinent un homme en profitant de sa piété filiale ? Et pourra-t-on parler, un jour, sereinement de l’exception corse, ce petit pays où il y a, à la fois, beaucoup moins de délits et beaucoup plus de meurtres que sur le continent ? Question de pinsute, peut-être. En attendant, Riposa in pace, Alain Orsoni.

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

37 commentaires

  1. Dans un cimetière et dans le village où il est né et pendant l’enterrement de sa mère !!Décidément l’honneur Corse en prend un coup !!Tout fiche le camp ma pauvre dame !!

  2. Mon grand-père était président de la cour d’assise de Bastia, je ne me rappelle pas qu’il ait été ébloui par le sens de l’honneur et de la civilisation des nombreux criminels qu’il a eu à juger…

  3. Tué lors de l’immunisation de sa mère
    Honte à cette France ou Corse qui ne respecte pas la mort ni la Vie.
    Le titre de cette tribune est inapproprié

    • Pendant une Inhumation
      Excusez moi pour cette coquille, post envoyé depuis un tel que j’ai du mal à maîtriser

  4. Bon les corses sont réputés pour se faire respecter mais pas que !! la mafia corse très discrète par rapport aux trafiquants magrhébins, mais !! Je trouve drôle qu’aucun journaliste ne parle de cette vallée suisse où vient de se dérouler cet affreux drame !! En coulisse mais non vérifié , la mafia corse y règnerait ? Bien du silence de la part de la presse !! en principe il n’y a jamais de fumée sans feu mais beaucoup se taisent !!

  5. Une forme de justice réelle contre quelqu’un qui a utilisé cette même forme de justice et navigué en eau si trouble qu’on n’y votait aucune vertu ni honnêteté. Pourquoi en parler?

  6. L’honneur corse, mouaisI
    Ne pas oublier également le Préfet abattu en corse d’une balle par derrière,dans la nuque, alors qu’il se rendait à un spectacle en compagnie de son épouse.

    • Pour ce qui est du préfet, nous ne connaîtrons la réalité que dans bien des années, lorsque le dossier aura été déclassé. Pour l’affaire qui nous occupe là, il s’agit plus que probablement d’un contrat, exécuté par un mafieux envers un mafieux.

      • Nous connaissons cette vérité depuis déjà un moment, et l’assassin du préfet est mort par où il avait pêché, et c’est très bien ainsi !

  7. je ne defend nullement orsoni mais j’ai bien peur que les corses ne laissent pas passer cet assassinat et que nous allons assister à une epidemie de morts violentes….comme partout les eglises et les cimetieres , surtout en periode de deuil sont terres sacrees et in violables.cette action est immonde et irresponsable quant aux suites qui ne vont pas tarder à arriver ( voir les precedents decrits dans l’article ci-dessus)

    • Il est fort probable que cela n’ait pas d’incidence, car il s’agit d’un règlement de compte entre gens interlopes. Si la « victime » a été contrainte à l’exil au Nicaragua, c’est qu’il savait avoir un contrat sur sa tête. Les commanditaires ont attendu le moment le plus opportun, lorsque sa vigilance était amoindrie, pour passer à l’acte. Et le tireur doit faire partie, lui aussi, de ce milieu si « particulier » où la moindre erreur n’est jamais pardonnée.

  8. Assassiner une personne pendant les obsèques d’un proche parent est un manque d’honneur. Certes les règlements de compte n’ont pas de règles mais pour autant tuer un adversaire dans ces circonstances est pitoyable. Où est l’honneur des soit disant bandits Corse? Une telle affaire va entraîner sûrement une réaction en chaîne.

    • Moi qui, de par ma profession en ai connu quelques-uns, la parole et le code d’honneur du milieu ne m’a paru qu’une légende, sans doute étaient-ils les plus mauvais.

    • Ce n’est pas nouveau d’assassiner des gens dans une église ou dans un cimetière. Cf les protestants qui ont massacré 3 catholiques et fait une soixantaine de blessés lors d’obsèques de trois volontaires en 1988

    • Un lien ?Je trouve drôle qu’aucun journaliste ne parle de cette vallée suisse où vient de se dérouler cet affreux drame !! En coulisse mais non vérifié , la mafia corse y règnerait ? Bien du silence de la part de la presse !!

    • Dans le milieu mafieux, il n’y a aucun honneur. Le « contrat » était sur la tête de la victime, avec ordre d’intervenir au moment le plus opportun. Il ne s’agit absolument pas de « bandits Corses », mais d’un règlement de compte entre « confrères de travail »…

  9. « Tuer un homme dans ces circonstances, ce ne sont pas les valeurs de la Corse » ai-je lu. J’en déduis donc qu’on peut tuer un homme mais pas à l’enterrement de sa mère, ça ce sont les valeurs de la Corse. La nuance est subtile. A l’évidence, trop pour un pinsout !

  10. Normalement, en Corse les cérémonies religieuses comme les lieux de cultes sont sacrés.
    L’assassin vient de briser une valeur, pas sûr que les Corses approuvent le geste, même si le lieu était le seul endroit où il pouvait avoir sa cible?

  11. Ceux qui ont vécu par le flingue depuis tant d’années du FNLC et autres mouvements indépendantistes ou autonomistes, seraient-ils capables de remiser définitivement leurs armes une fois leurs revendications satisfaites ? Non, la tentation de régler les différents politiques à la mitraillette sera trop tentante. Ce qui implique que l’on ne peut faire confiance aux Corses pour une Corse parfaitement autonome. Quand à l’indépendance, ce sera tout simplement la guerre civile. La loi des colts.

    • Non, pas d’accord, si demain la Corse obtenait son autominie financière, ce serait au contraire une façon de la rendre responsable, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Les Corses subissent des prix sur tout l’alimentaire qui vient de France à des pris exorbitants. Et cela ils en ont ras le bol.. Les règlements de compte n’ont rien à voir avec l’autonomie. MmmH.

      • L’autonomie telle que vous la voulez requiert des politiciens locaux responsables. Vous raisonnez bien, les prix pénalisent les Corses dans les deux sens : ainsi de leurs vins qui subissent transport + TVA 20% dès qu’il arrivent sur le continent, avec donc distorsion de concurrence. C’est un exemple, et il y en a beaucoup d’autres à régler. Alors, regardez les politiciens actuels, et vos « responsables », franchement, où sont-ils ? Considérant la grosse différence d’appréciation actuelle entre les Corses et leurs politiciens je puis vous dire qu’il y a loin de la coupe aux lèvres.

      • En résumé, il n’y a pas de magie : les bons politiciens sont aussi rares en Corse que partout ailleurs en France.

  12. Assassiné pendant les obsèques de sa mère. J’espère que les pompes funèbres sauront faire un geste commercial aux survivants, si tant est que ceux-ci ne soient pas eux-mêmes frappés pendant les obsèques d’Or…

Commentaires fermés.

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