Ce mardi 20 septembre, Marine Le Pen était l’invitée de la matinale de France Inter. Interrogée sur les funérailles de la reine défunte, elle a ces mots : « On ne peut qu’être admirative de la capacité d’organisation d’une cérémonie qui fait remonter toute la tradition de ce pays qu’est la Grande-Bretagne et, accessoirement aussi, une partie de l’Histoire de l’Europe. C’est une forme de révérence à l’égard du temps long dans un monde qui zappe où les stars d’aujourd’hui ne seront plus celles de demain matin. »

Et la France républicaine, dans tout ça ? Léa Salamé embraye illico sur les déclarations du candidat qui, en 2017, assurait au 1, la revue d’Éric Fottorino, ancien du Monde, « dans la politique française, l’absence de la figure du roi n’avait jamais été véritablement remplacée » ; sachant surtout que les Français « n’avaient jamais vraiment voulu sa mort ».

Et Marine Le Pen de surenchérir : « Ce qui est sûr, c’est que notre peuple a tué son roi et qu’il se le reproche de temps en temps. Nous sommes dans un pays qui s’est aussi construit avec la royauté. Et ce n’est pas quelque chose que l’on peut oublier du jour au lendemain. C’est sûrement dans l’inconscient collectif français, quelque chose que l’on ne peut pas oublier. Car cet attachement persiste dans une partie de l’Histoire de France qui nous a construits tels que nous sommes, même si nous sommes évidemment aujourd’hui tous attaché à la République. Il y a encore des monarchistes, ils sont quand même très peu. »

 

Voilà des propos méritant qu’on s’y arrête, surtout en cette période où ces mêmes « valeurs républicaines », infiniment brandies, mais jamais clairement définies, envahissent à n’en plus pouvoir le champ lexical du microcosme politicien.

Car la République n’est pas une fin en soi. Sous le règne de Louis XIV, elle était tenue pour désuète, au même titre que la athénienne. Bref, pour paraphraser Jean Cocteau, « la mode, c’est ce qui se démode ». D’ailleurs, on ne saurait dire que cette République ait été gage de stabilité, puisque régime à éclipses, cinq Républiques ayant été entrecoupées par le retour de trois rois et l’irruption de deux empereurs.

En revanche, le parallèle anglais n’est pas anodin. Eux vivent sous une républicaine : la reine, et bientôt le roi, règnent mais ne gouvernent pas. Alors qu’ici, Constitution de la Cinquième République faisant encore force de loi, persiste cette République monarchique voulue par son fondateur, le très royaliste Charles de Gaulle, dans laquelle le Président élu est censé régner et gouverner à la fois.

Taillé dans les habits de l’homme du 18 juin, ce vistemboire a longtemps fonctionné, avant d’être peu à peu rabaissé par son successeur, Georges Pompidou. La loi Pleven, votée le 1er juillet 1972, premier arsenal juridique consistant à non point lutter contre un racisme imaginaire mais assigner les Français au silence et les clouer au pilori médiatique, c’est lui. Puis Valéry Giscard d’Estaing, avec ses éboueurs maliens invités à l’Élysée, François Mitterrand et sa cohabitation, et son quinquennat n’ont ensuite eu de cesse de rabaisser cette fonction dans laquelle l’onction du vote démocratique était censée remplacer celle du saint chrême, dont le crâne des rois de jadis étaient traditionnellement oint.

Ces temps-là ne sont plus. Car si l’on résume, Valéry Giscard d’Estaing aura trahi les institutions de la Cinquième par vanité, François Mitterrand par calcul politicien et par inadvertance.

Il est donc plus que rassurant que désormais, après et ses ambitions jupitériennes d’origine, avortées les unes après les autres, Marine Le Pen puisse reprendre à son compte l’héritage de ces quarante rois sans lesquels la France ne serait pas la nation millénaire qu’elle est. Ce qui ne l’empêche évidemment pas d’être une républicaine fervente. Personne n’est parfait et l’Histoire a de ces ironies…

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20 septembre 2022

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21 commentaires

  1. « Ce qui est sûr, c’est que notre peuple a tué son roi et qu’il se le reproche de temps en temps….Il ne faut jamais oublier que c’est la bourgeoisie qui à décapité Louis XVI et non le peuple, ce qui n’empêche nullement que ce dernier puisse regretter de ne pas avoir pu dévier le cours des choses et recommence de nouveau les mêmes erreurs .

  2. Ce sont les medias qui ont fait tout un plat de l’enterrement de feu la reine d’Angleterre histoire de faire de l’audience. Depuis la mort de Leon Zitrone qui excellait dans l’accompagnement de ce genre d’évènement funéraire on n’avait pas vu un tel déploiement de micros et caméras. MLP devrait se soucier plus sérieusement de l’insecurité le tsunami migratoire majoritairement musulman la lutte contre la desertification rurale à cause du manque d’emplois alors qu’avec le télétravail on a une solution pour que les jeunes – et moins jeunes – ruraux restent travailler au pays mais aussi des fermetures d’ecoles et services hospitaliers ect…Bien assez pour pouvoir l’occuper elle et ses 88 députés à plancher sur des propositions de lois à leur propre initiative au Parlement. Sinon à quoi sert d’avoir autant de députés?! Faire des propositions en matière d’aménagement du territoire longtemps délaissé d’où la désertification. Elle a du pain sur la planche au lieu de cela autosatisfaite du bon score de son parti elle se contente de jouer le jeu de Salamé l’une des pires « dame de salon » du paf.

    1. « Ce qui est sûr, c’est que notre peuple a tué son roi et qu’il se le reproche de temps en temps….Il ne faut jamais oublier que c’est la bourgeoisie qui à décapité Louis XVI et non le peuple, ce qui n’empêche nullement que ce dernier puisse regretter de ne pas avoir pu dévier le cours des choses et recommence de nouveau les mêmes erreurs .

  3. A mon humble avis, il n’y a pas de contradiction entre le fait de souscrire pleinement et inconditionnellement aux valeurs républicaines : Liberté, Egalté, Fraternité? ET à ressentir une nostalgie certaine à ‘égard des symboles d’union nationale et de perennité nationale incarnés par la personne d’un Monarque…dont la présence rassure la plèbe face aux fréquentes contradictions des leaders politiques du pays …

  4. Inspirée du Premier Empire, la Vème République gaullienne n’est rien d’autre qu’une monarchie républicaine retrouvant le berceau même de la monarchie, lorsque le peuple élevait sur le pavois le chef qu’il s’était choisi.

  5. Mon cher Nicolas, vous faites un oxymore lorsque vous parlez d’une Monarchie républicaine. Le droit constitutionnel ne connait que la Monarchie absolue ou la monarchie constitutionnelle qui limite les pouvoirs du Roi et devient Monarchie parlementaire lorsque les pouvoirs de ce dernier sont très limités. Dans la plupart des pays occidentaux, la Monarchie est parlementaire et la séparation des pouvoir (quasiment réduit à néant pour le roi) est régi par une constitution.
    Pour finir, et en forme de clin d’œil, je me demande si la fibre de Marine Le Pen, depuis son selfie avec une femme voilée, ne balance entre la République française et la République Islamique plutôt qu’entre la Monarchie et la République Française ?

  6. Les Rois et Reines sur notre sol ont créé la France française. La République, au moins depuis « un certain temps », semble attachée à la dissoudre, la détruire. Et les Français dans tout ça ? Sûr qu’avec ceux d’aujourd’hui et leur nouveau mantra « le suis tolérant, je suis tolérant, je suis tolérant », jamais la France française n’aurait existé. A propos de tolérance, voir ce qu’en disait saint Augustin en son temps: (en substance) « Tout tolérer, tout accepter c’est se renier ». Je crois qu’on y est !…

  7. Complément: la Monarchie constitutionnelle (avec plus ou mois de pouvoir pour le Roi) est aujourd’hui, dans la plupart des pays occidentaux, une Monarchie parlementaire avec une séparation des pouvoirs régit par une constitution.

  8. Pourquoi célèbre t-elle Jeanne d’Arc ? sinon par nostalgie royaliste. Je pense qu’une grande majorité de Français sont aussi de cet avis. Nos révolutionnaires au pouvoir même sans perruque ni haut de chausse ne font pas mieux que Louis XVI et Marie Antoinette. Ils en profitent autant qu’en ce temps là, et tout le monde courbe l’échine. Non pas tout le monde attendons, car
    On peut tromper tout le monde la moitié du temps
    On peut tromper la moitié du monde tout le temps
    Mais
    On ne peut pas tromper tout le monde tout le temps

  9. Chacun sent bien au fond de soi que l’absence de sacré nous a conduit dans la situation actuelle. Il n’y a que voir comment Napoléon remis de la grandeur dans la France révolutionnaire pour restaurer la paix sur le territoire et faire bloc autour de lui. La suite malheureuse de son aventure est moins due à son personnage qu’aux attaques dont la France a fait part. Si la République n’a jamais hésité à faire tirer sur son peuple, regardons Charles X qui préfère s’exiler que de mâter la révolte. L’époque de la Restauration et sa suite, notamment la 2 ° République sont riches d’enseignements sur la situation actuelle.

  10. Il n’y a donc plus qu’à devenir une vraie monarchie parlementaire à l’anglaise, à l’espagnole, à la danoise, à la suédoise,….à condition que le Roi de France soit un Bourbon qui, lui, n’a jamais trahi les siens.

  11. Etrange phrase que « l’absence de la figure du Roi jamais remplacée » . Pas commode toujours d’être compris quand on parle un français ambigu . Ce qui est pattant c’est que depuis un certain 21 janvier mon pays a été envahi 5 fois . La République ne procure donc pas la sécurité qu’annonce ses élans guerriers .

  12. Difficile de ne pas admirer la Grande Bretagne enterrant sa reine, difficile de ne pas regretter cette démonstration symbolique d’une continuité fidèle aux racines et à ses valeurs.
    Nous avons aussi une Histoire , de grands rois et même des saints , nous avons été un peuple uni sous un même roi une même religion une même loi et certains se souviennent d’en avoir appris l’essentiel à l’école.
    Non la France n’est pas née avec la république et le fait que MLP soit républicaine n’empêche pas de le savoir . Cela n’empêche pas non plus une certaine admiration teintée d’envie et de regrets. L’être humain a besoin de représentation de continuité de symboles et de transcendance que notre époque sans Dieu ne peut lui donner.
    Nous sommes dans le vide actuellement et nous avons perdu notre boussole.

      1. Mais si Monsieur vous vous transcendez par rapport à qui au but ou à l’outil et que prenez vous comme outil une pelle ou un fusil, votre but est de faire la paix ou la guerre. Dieu est la paix Lucifer est la guerre

  13. Il faut être lucide, nous sommes à la cinquième république et elles nous ont toutes mené au désastre. Vive le Roi.

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