[Point de vue] Festival d’Avignon 2023 : faut-il vraiment faire le bilan ?

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Le Festival - ex-Py devenu Tiago Rodrigues - d’Avignon 2023 s’est achevé ce week-end et Le Monde Libéré par Télérama ou France Inter et Info réunis dans un enthousiasme fusionnel parlent d’un bon cru, cependant que Jacques Nerson écrit, dans L'Obs, qu'« à part le directeur, rien n’a changé », que « la programmation est aussi élitiste que celle de son prédécesseur» avec « beaucoup de spectacles prétentieux, snobs, voire creux ». Et il est vrai que le spectateur maso-culturel, qu’il soit pédagogue ou issu du milieu théâtral, a été encore régalé cette année, et j’admire ces « chercheurs de pépites » qui vont tous les étés en exploration dans cette pampa.

Ces derniers jours ont même été marqués par une succulente tarte à la crème d’Avignon, du nom de Carte noire nommée désir. On en a beaucoup parlé : dans ce spectacle afro-féministe d’une metteuse en scène/auteure/philosophe et tout ce qu’on voudra, émule de Rodrigo Garcia - celui des comédiens se roulant dans la boue devant un Christ en croix -, on peut admirer une grosse femme noire qui a tout l’air d’être intersectionnelle, car victime plurielle de grossophobie, de racisme, de sexisme, de colonialisme et de privation de parité, une victime idéale mais revancharde quand même puisqu’elle tient sur une longue tige, chevauchée à la manière des anciennes sorcières, une brochette de bébés blancs symbolisés par des poupons roses. Dans la même programmation 2023, on trouve aussi un florilège de spectacles aux petits noms charmants, tels que l’Ignace de la chanson de Fernandel : G.R.O.O.V.E, Welfare, Neandertal, A Noiva e o Boa, Noite, Cidarela, An Oak Tree, Baldwin and Buckley at Cambridge ou encore Kono atari no dokora

Et l’on se demande comment peut perdurer depuis tant d’années un tel feu d’artifice de pensums mineurs et d’imbécillités majeures. Où, sinon en France, peut-on voir un tel déballage de conformisme culturel et d’art ministériel perfusé ? Et des artistes officiels qui veulent être des anges tellement intelligents que, comme disait Pascal, ils en deviennent des bêtes de somme, poursuivant un art de mules à écrire.

Il y a longtemps que je ne vais plus dans ce festival, sauf lorsqu’une de mes pièces s’y joue, dans le off bien sûr, le in m’étant interdit pour cause de populisme populacier, et je me demande à quoi bon écrire sur le sujet, tellement toute cette stupidité finit par lasser. Mais je ne peux m’en empêcher, tant ce rendez-vous estival de bobos et gogos suscite en moi un irrésistible besoin de raillerie, et tant pis si le bien-pensant le qualifie d’aigreur ou de je ne sais quoi.

Pourtant, c’est une erreur, je l’avoue, celle que font depuis des années, hélas, les gens de bonne volonté, je veux dire ceux qui ne sont pas issus de la gauche bobo, caviar ou culturelle : réagir à ces pseudo-provocations vides de sens mais pleines de formatage d’esprit.

Plutôt que d’en parler et, ce faisant, leur faire de la publicité - car on leur sert de réac ou de facho et autres noms de la conformité -, ne serait-il pas plus utile d’évoquer des artistes ou des créateurs qui maintiennent un art authentique, c’est-à-dire un art de l’intelligence et de l’esprit, aider à sa vitalité ? En mettant sans cesse en avant, au lieu de les ignorer, ces mises en scène ministérielles issues de la même pâtisserie culturelle, ne se tire-t-on pas une balle dans le pied ? Car ces imposteurs prospèrent sur cette idée fausse qu’ils seraient des avant-gardistes et les tenant majeurs d’un art contemporain supposé. Le temps n’est-il pas venu d’inverser enfin la tendance et de parler uniquement de ce qui est beau, juste et vrai ?

Jean-Pierre Pélaez
Jean-Pierre Pélaez
Auteur dramatique

Vos commentaires

19 commentaires

  1. Merci M. Pelaez, de Béziers comme moi et quelques autres, pour cet article de bon sens. Ce festival est un foutoir de n’importe quoi qui montre à quel point la prétendue – et prétentieuse – élite culturelle de ce pays est devenue une honte pour la France et une illustration de sa décadence. Qu’en resterait-il si tous ces « artistes » n’étaient pas subventionnés et devraient vivre que des recettes de leurs spectacles affligeants.

  2. Le beau le bien le bon c’est tellement ringard. Il n’ont plus d’imaginations pour choquer le public pour inventer du nouveau pour sortir des sentiers balisés. Cela devient glauque mais le public applaudi . Cela me fait penser aux Césars ou les acteurs y vont pour chanter leurs petites chansonnettes politique du moment pour pouvoir exister . Dommage qu’il n’y ait pas un Obélix qui s’avance sur le devant de la scène pour d’éclamer : lis sont devenus fous ces romains !!!!

  3. Doit-on faire le bilan d’une catastrophe kulturelle ?
    Tout ce qui se fait de mieux en gauchie, en est le bilan catastrophique.
    Ce festival n’est plus depuis longtemps qu’un rendez-vous estival de bobo-gaucho-parigots, et provinciaux.
    Ils ont réussi à tuer ce qui était un évènement international.

  4. Qui se souvient des premières années du Festival d’Avignon , des participants , souvent des acteurs de la Comédie Française, Festival dont le créateur et l’animateur, JEAN VILAR voulait en faire un lieu d’enseignement et d’enrichissement intellectuel pour toute une grande partie de la population qui n’avait pas accès à cette culture souvent réservée à une élite. Shakespeare, Claudel ,entre autres y furent joués, interprétés par de grands acteurs: Michel Bouquet, Jeanne Moreau, Gérard Philipe … Et aujourd’hui ? des borborygmes et de la gesticulation

  5. Oui, j’ai vu l’article d’Arnaud FLORAC ce 2 juillet; et je n’ai pu ne pas m’imaginer assis dans le public, spectateur désarmé devant un tel « chef d’oeuvre », et pris en otage car toute tentative de fuite ne peut être qu’interprétée, en pareil cas!

  6. Avignon, le festival du spectacle ennuyeux qu’il convient néanmoins de reconnaître comme le fin du fin. Si vous n’adhèrez pas à cette idée, c’est que vous êtes un plouc inculte.

  7. ce festival est devenu parfaitement nul, et si c’était des  » artistes  » blancs qui avaient embroché des bébés noirs, les cités auraient de nouveau tout cassé et tout flambé !!

  8. Tout à fait d’accord, mais si nous ne parlons que de ce qui est beau, juste et vrai, ce sera vite fait. Hélas!

  9. La ministre de l’inculture ne s’est pas prononcée sur ce spectacle immonde me semble-t-il !
    Décidément nous ne sommes pas du même monde que la macronie…

  10. Nous n’avons pas entendu la ministre de l’inculture sur l’embrochement des bébés blancs par une femme noire…cet appel à la haine ne devrait pas rester sans réponse de sa part …à moins que qui ne dit mot consent ! !

  11. Excellent article , surtout la conclusion : en effet en parler c’est leur faire honneur , or ces spectacles , sans subventions , n’existeraient plus depuis longtemps . Que nos impôts servent à financer ce genre de spectacles est intolérable .

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