Mardi, Macron et Merkel ont proposé un plan de relance de l’économie européenne. Un plan évalué à 500 milliards, et qui se présente sur un format inédit. Il ne s’agit pas du Mécanisme européen de stabilité, ni des fameux eurobonds, encore moins d’une extension du quantitative easing de la BCE, récusé il y a peu par la Cour constitutionnelle de Karlsruhe. La formule choisie est, en fait, un prêt global contracté par l’Union européenne elle-même, destiné à être réparti entre les pays, suivant le niveau de difficultés que chacun rencontre, et qui ne sera pas remboursé directement par les États à due proportion des fonds alloués mais par l’Union européenne. En clair, il s’agit donc d’une dette mutualisée, et qui se payera très probablement par un impôt européen supplémentaire.

Pourquoi une telle formule ? D’abord, le soutien aux pays les plus touchés doit se faire sans s’annoncer ainsi, vu l’opposition des pays du Nord, Pays-Bas, Danemark, Finlande, mais aussi de l’opinion publique allemande. Sans l’avouer clairement, le plan prévoit donc une répartition des aides proportionnelle aux besoins de chacun, mais qui se soldera de façon égalitaire par un impôt spécifique portant sur tous, donc relèverait d’une mutualisation déguisée. C’est, du moins, ce que l’on peut déduire de l’exposé de mardi, souvent peu explicite. Car toute la difficulté, pour les dirigeants, est de faire avaler la pilule à tous ceux qui refusent les principes de solidarité communautaire et de mutualisation des dettes, de slalomer entre les oppositions qui s’élèvent depuis le début contre toute charge supplémentaire destinée à soutenir les « partenaires » en difficulté. L’Europe démontre donc, s’il en était encore besoin, que face à des crises majeures, c’est le réflexe nationaliste qui reprend le dessus. Et l’arrêt récent de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe contre la poursuite du quantitative easing en fut la démonstration la plus éclatante.

Or, l’Union européenne ne survivrait pas à un nouveau cafouillage sur le volet de la relance économique. Déjà discréditée par son inertie face à la pandémie, Bruxelles se trouverait totalement hors jeu si elle ne parvenait pas à soutenir une économie européenne à l’agonie. Déjà, l’Italie tout entière envisage sérieusement une sortie de l’euro, voire un Italexit à brève échéance : la péninsule entière a manifesté avec éclat sa défiance envers Bruxelles, sur les réseaux sociaux.

Entre le nord et le sud de l’Europe, parmi lequel la France, surendettée et en grave récession, est désormais classée à part entière, l’écart, déjà énorme, s’est creusé encore plus, durant ces deux derniers mois. Coïncidence ou conséquence logique de la situation, ce sont les pays les plus faibles qui se sont trouvés les plus atteints par la pandémie. Comment l’euro pourrait-il survivre à ce fossé grandissant ? Comment maintenir, dans une même monnaie unique, des économies qui n’ont plus rien en commun, sinon que l’effondrement des unes entraînerait les autres dans leur chute ?

Mardi, Macron et Merkel ont surtout mené une opération de communication destinée à sauver l’Union en danger de mort. Mais c’est maintenant que la partie la plus dure commence, à savoir convaincre les pays hostiles, et jusqu’à l’opinion et les plus hautes instances juridiques allemandes.

L’Union européenne est désormais un radeau de La Méduse, prêt à couler si les naufragés continuent à s’écharper. Mais aussi, et surtout, si l’euro continue de favoriser outrageusement les pays du Nord, Allemagne en tête. Sans une reconfiguration radicale de l’édifice européen, ce ne sont pas les 500 milliards annoncés hier, qui représentent moins de 3 % du PIB, quand la récession prévue atteindra au moins le double, qui sauvera Bruxelles du naufrage.

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