Guillaume Bernard revient sur la création de la revue Front populaire, de , qui accueille aussi des personnalités de droite. Il analyse son positionnement de « briseur de tabous » et les circonstances politiques qui permettent ce décloisonnement.

 

Michel Onfray sort une revue Front populaire. La référence historique saute aux yeux de tout le monde. Dans cette revue, on trouve certes des gens de gauche, mais pas que… On peut trouver des interventions de Philippe de Villiers, de la Nouvelle droite et de personnalités qui sortent du giron intellectuel de la gauche. Que traduit cette volonté du philosophe ?

Il est assez ouvert d’esprit et cherche essentiellement à animer le débat et à favoriser le décloisement. Il refuse les étiquettes pour lui-même. Il l’applique donc aux autres. De ce point de vue, sa démarche est extrêmement honorable et loyalement intellectuelle.
D’autre part, il a une œuvre personnelle et collective par l’université populaire de Caen qui n’existe malheureusement plus, mais qu’il a animé pendant des années. Par conséquent, il a un positionnement qui lui permet de briser les tabous et les frontières. C’est sans aucun doute une œuvre intéressante.

Vous l’avez rappelé, l’université populaire de Caen a été montée par Michel Onfray lui-même pour contrer les idées du Front national. C’était un grand adversaire de Jean-Marie Le Pen.
Aujourd’hui, son initiative est saluée par Marine Le Pen. Est-ce qu’il a changé ou est-ce tout simplement la vie politique ?

Je crois que les circonstances ont changé. Il ne me semble pas qu’il ait beaucoup changé. Dans son œuvre, il est toujours sur un positionnement très hostile à la religion et en particulier à la religion catholique. S’il est souverainiste, cela peut le rendre sympathique aux yeux des catholiques.
Depuis l’effondrement du mur de Berlin, depuis le 11 septembre et depuis la mondialisation financière, les questions philosophiques sous-jacentes des questions politiques font ressortir de vieux débats que nous avions cru enterrés, la question de la sociabilité notamment, ou encore celle du lien social. Est-ce par le biais d’un contrat ou d’une entité sociale qui existe en tant que tel que les relations du travail doivent être ou non perçues ?
Finalement, le socialisme avait été dominé et phagocyté par le socialisme scientifique, par le marxisme et par le collectivisme. À partir du moment où l’Union soviétique s’est effondrée, où le régime communiste a démontré toute son horreur, le socialisme français non marxiste peut revenir au goût du jour. Par conséquent, il reprend de l’espace politique. Or, on sait bien que ce socialisme proudhonien a des liens avec la pensée classique aristotelo-thomiste. Par conséquent, les circonstances permettent de faire revivre des enjeux idéologiques qui avaient été étouffés pendant très longtemps. Désormais, il y a des repositionnements et des dialogues possibles.

Cette initiative déplaît à la gauche libérale devenue orléaniste au sens politique du terme. Le Monde a sorti une enquête qui dépeint une espèce de radicalisation droitière fantasmée de Michel Onfray. En donnant la parole à ce qu’on appelle les infréquentables, Michel Onfray a rejoint les rangs de la fachosphère et a quitté le monde civilisé. La réaction du Monde par la plume d’Abel Mestre est assez prévisible…

C’est le vieux monde, je reprends leurs propres expressions. C’est le vieux monde qui ne veut pas mourir, mais qui va quand même mourir. Si les débats, les rencontres d’idées et les décloisements les ennuient, tant pis pour eux. Les personnes qui participeront à la revue de Michel Onfray sont suffisamment adultes et libres pour défendre leur propre position.
Si jamais cette revue devenait quelque chose d’idéologique, avec des dogmes et avec la nécessité d’adhérer à un certain nombre de principes, cela deviendrait moins intéressant. Si c’est tout simplement un lieu de rencontre, il n’y a aucune raison de considérer que ce n’est pas quelque chose de positif.

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