Editoriaux - Education - Politique - Société - 10 janvier 2019

Plan contre les violences scolaires : la suspension des allocations de nouveau sur la table ?

Après le braquage d’une enseignante par un lycéen de Créteil, Jean-Michel Blanquer va annoncer un plan contre les violences scolaires. Selon Le Parisien, l’une des mesures projetées pourrait s’inspirer de la loi Ciotti de 2010, abrogée en 2013 par la majorité socialiste, visant à lutter contre l’absentéisme scolaire par la suspension des allocations familiales. Souhaitons que le ministre vise à l’efficacité et ne cède pas à la tentation de la politicaillerie !

On peut donc s’attendre à un nouveau débat entre les partisans d’une suspension des allocations familiales et ses détracteurs. Pour les premiers, se situant généralement à droite, la simple menace de suspension serait efficace et inciterait les familles concernées à s’impliquer davantage dans l’éducation de leurs enfants. Il n’est pas question, bien sûr, de frapper à l’aveugle. En décembre 2018, le ministre déclarait sur Europe 1 : « Ce n’est pas la même chose si vous avez une mère de famille seule avec quatre enfants et qui n’arrive pas à s’y prendre […]. C’est autre chose si vous avez un clan familial qui encourage l’élève à faire n’importe quoi et qui prend la défense de l’élève contre les professeurs. »

Pour ses détracteurs, le plus souvent idéologiquement à gauche, une telle mesure toucherait d’abord les familles socialement le plus en difficulté : leur supprimer des allocations n’améliorerait pas la situation, loin de là. En outre, elle épargnerait les familles ayant un seul enfant à charge, qui ne perçoivent pas d’allocations familiales. Ce qui n’est pas faux, non plus, même si la gauche tombe facilement dans l’angélisme.
Jean-Michel Blanquer pourrait s’inspirer de certaines dispositions de cette proposition venue de la droite. Par bon sens, sans doute. Peut-être, aussi, avec des arrière-pensées politiques : la majorité n’a plus guère de soutien dans l’opinion et il ne déplairait pas aux « stratèges » de La République en marche de rallier, sur ce point, une partie de la droite (comme ils le font actuellement en cherchant à créer un « parti de l’ordre » contre les violences d’une minorité de gilets jaunes). Reste à savoir si cette mesure serait à la hauteur de la violence qui se développe, depuis des décennies, dans nombre d’établissements scolaires.

Il faut attendre l’annonce complète du plan pour s’en faire une idée. Quand on constate que toutes les mesures prises précédemment n’ont pas empêché ce mal de se répandre, quand on sait que la culture de l’excuse a longtemps dominé dans l’Éducation nationale – et est encore bien implantée –, on peut avoir de sérieux doutes sur les résultats. Il faut espérer que Jean-Michel Blanquer ne regardera pas ce problème par le petit bout de la lorgnette et ne cédera pas aux tentations politiciennes.

Il faut espérer, aussi, qu’il ne voudra pas mettre en œuvre des idées aussi contestables que celle qu’il expérimenta, dans quelques classes de lycées professionnels, en 2009, quand il était recteur de l’académie de Créteil. Pour enrayer l’absentéisme scolaire, il imagina une cagnotte collective destinée à récompenser les élèves qui respecteraient des objectifs d’assiduité et de réussite fixés en début d’année. Cette cagnotte pouvait financer, par exemple, un voyage ou le permis de conduire. Rémunérer des élèves pour qu’ils se comportent en élèves, c’est quelque peu paradoxal. Mieux vaudrait rétablir une distribution de prix.

Il faut prendre des mesures efficaces pour lutter contre l’absentéisme et la violence scolaire, sans occulter les causes qui ne seraient pas politiquement correctes. La violence, les incivilités, l’absentéisme ne sont pas propres aux quartiers difficiles, mais ce serait une faute de ne pas prendre en compte ces données.

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