Editoriaux - International - Sport - 9 août 2019

Pédophilie au Chelsea Football Club : toute la vérité, rien que la vérité

Même pour une personne que le football indiffère au-delà de toute mesure, le Chelsea Football Club est connu comme l’un des clubs emblématiques de Londres, avec une enviable notoriété. Il défraie la chronique en ce moment, mais ni pour les montants hors normes des transferts de joueurs ni pour leurs performances sportives. Une vilaine et vieille affaire de pédophilie bien nauséabonde remonte à la surface. Un recruteur du club abusait des jeunes de 10 à 17 ans dans les années 70, et c’était connu des salariés du club, qui n’ont rien fait pendant une dizaine d’années pour mettre fin à ces prédations. 23 victimes avérées sont dénombrées. La fédération anglaise et d’autres clubs sont aussi sur la sellette pour des dissimulations qui pourraient concerner jusqu’à 350 jeunes ! Le club de Chelsea a tenté, par le passé, de monnayer au prix fort la discrétion des victimes en achetant leur silence. L’aura du club fait que des médias se sentent obligés d’en parler. Un peu.

L’hypocrisie est un défaut que l’on impute assez facilement ici à nos « meilleurs ennemis » d’outre-Manche. Les récents scandales des viols en série de Rotherham, Telford et Rochdale, dont les multiples récidives ont été rendues possibles par la passivité silencieuse et complice des polices locales, tétanisées à l’idée que l’on puisse les considérer comme racistes, confortent malheureusement ce soupçon.

N’allons pas croire que cette hypocrisie soit cantonnée au Royaume-Uni (ou présenté comme tel). Pendant des années, en France, l’Éducation nationale, en l’absence de suites judiciaires et de scandales publics, a muté d’office les pédophiles identifiés parmi ses personnels très loin, en cachant soigneusement les réelles raisons de ces mutations à l’académie destinataire. Cette solution était une mise en danger de nouveaux élèves exposés sciemment à des prédateurs. Le problème était plus camouflé que traité. C’était d’ailleurs une bonne planque : on en parle si peu !

L’omerta existe sans doute encore au sein du sport français. Le rapport de février 2008 du ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports n’en fait pas mystère. Est-ce que les mesures de prévention annoncées alors ont réussi à faire reculer les actes pédophiles ou à éloigner des enfants leurs auteurs ? Actons qu’il serait très difficile d’en juger…

Toute la vérité ? C’est très compliqué de s’en approcher, d’abord parce que les prédateurs sont en général des manipulateurs intelligents, habiles à dissimuler, et aussi parce que les enfants ne sont pas toujours des témoins fiables – que ce soit à cause d’une maîtrise insuffisante du langage ou que la culpabilité suggérée par leurs pervers et le traumatisme vécu leur fassent élaborer des stratégies d’évitement et d’occultation qui empêchent cette manifestation de la vérité.

Rien que la vérité ? Il s’est lu et entendu, ces dernières années, tant de mensonges au sujet de la pédophilie et des institutions qui protégeraient leurs ouailles, avec des médias si prompts à relancer la machine à lyncher à la moindre occasion. Là encore, l’hypocrisie présidait : les plus zélés des journaux étaient ceux qui militaient ouvertement pour la pédophilie naguère. Ce genre de sujet est si brûlant que la présomption d’innocence vole en éclats face à la pression de l’opinion publique, ou ce qui en tient lieu. Même l’intime conviction de juges peut être manipulée par des tribunaux médiatiques.

Il est assez peu probable que cette déplorable affaire anglaise induise une hystérie contre la religion du « football » qui sévit en Europe. Les prédateurs sont partout où se trouvent les enfants, et des personnes au sein d’associations et d’institutions pourront encore, demain, penser que le mensonge et la dissimulation sont préférables à la vérité. Faire connaître cette dernière sera toujours un travail fastidieux et de longue haleine. Cette triste vérité est pourtant indispensable pour soigner ceux qui sont les victimes.

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