Editoriaux - Santé - 15 août 2019

Pas de solution miracle pour les services d’urgences

Au début du mois d’août, Mme Agnès Buzyn, ministre de la Santé, s’exprimant au sujet des problèmes que rencontrent les services d’urgences, a déclaré : « Il y a nécessité de repenser l’organisation des systèmes de santé pour que les services d’urgences ne soit pas saturés en permanence. »

On ne peut qu’approuver ces propos, pour les avoir maintes fois exprimés ici même.
Il faut diminuer le flux qui draine tous ces malades aux urgences en créant, en amont, des structures capable de les recevoir. Malheureusement, les ARS (agences régionales de santé) ne semblent pas avoir entendu Mme Buzyn et préfèrent privilégier les maisons médicales de garde à proximité des services d’urgence que favoriser la création de véritables structures-relais extra-hospitalières, seules capables de prendre en charge ces soins non programmés et ces petites urgences qui ne nécessitent pas, a priori, une hospitalisation. Les maisons médicales de garde, créées à grand renfort de subventions, de l’aveu même des responsables des services hospitaliers, sont sans effet sur l’encombrement des services d’urgence.

La grève touche désormais 217 services et l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) estime que la situation est devenue catastrophique car de nombreux médecins urgentistes démissionnent pour échapper à un rythme de travail extrêmement pénible pour une rémunération modeste ; ils préfèrent partir dans le privé ou dans d’autres services.

La situation n’est donc pas près de s’améliorer, même si le gouvernement décide de débloquer des moyens financiers importants.

Un médecin urgentiste interviewé récemment par BFM TV estimait qu’il faut éduquer la population « qui veut tout tout de suite » et qu’il faudra « un changement profond des mentalités pour que les choses évoluent favorablement ». Réflexion logique mais parfaitement utopique. À moins de dérembourser les actes effectués par les services d’urgence ou d’en limiter l’accès pour ceux qui en abusent parce que bénéficiant d’un tiers payant (ce qui n’est, bien sûr, pas envisageable), rien ne freinera l’afflux des patients vers ces services. Sans doute serait-il plus utile de demander aux médecins libéraux, ou hospitaliers, de ne pas se décharger trop facilement sur les services d’urgence. Les médecins libéraux répondent souvent à leurs patients que, lorsqu’ils sont absents, ils n’ont qu’à aller aux urgences, et les médecins hospitaliers préfèrent généralement que le malade passe d’abord par les urgences, où il sera examiné, avant d’être admis dans leur service, ce qui leur facilite le travail mais qui est totalement illogique !

Les causes de l’encombrement des services d’urgences sont donc multifactorielles et ne vont pas se résoudre facilement, car comme l’a reconnu Mme Buzyn, « il n’y a pas de solution miracle ».

Cette crise risque donc de durer longtemps, et pour y mettre fin, les autorités devront faire preuve d’innovation et ne pas se reposer encore une fois sur des schémas opérationnels élaborés par des responsables totalement coupés des réalités de terrain et dont la vision de ces problèmes a vingt ans de retard.

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