De tradition familiale catholique, je suis consterné par la persévérance dans l’erreur du pape François. De très nombreux chrétiens français se sont sentis trahis quand, au cours de l’office nocturne de Noël, François a comparé le périple de Marie et Joseph vers Bethléem avec celui de ceux “contraints de quitter leur terre” vers une autre “qui ne les attendait pas, où il n’y avait pas de place pour eux”.

C’est une approximation par rapport à la lettre évangélique : si Jésus est né à Bethléem (Mathieu, 2.1), ce n’est pas parce qu’il était “migrant” mais en raison du fait que Joseph et Marie y étaient venus pour le recensement (Luc, 2). N’ayant pas trouvé à se loger, Jésus naquit dans une grotte. Ce n’est que plus tard que la sainte Famille partit se réfugier en Égypte (Matthieu, 2.13), fuyant le “massacre des Innocents” programmé par Hérode Archélaos (ethnarque, issu d’une famille grecque convertie au judaïsme) ; puis – et c’est essentiel de le rappeler -, une fois le danger fini à la mort d’Hérode, la famille rentra à Nazareth car elle était galiléenne. Comparer le périple de Marie et Joseph vers Bethléem avec celui de ceux qui sont “contraints de quitter leur terre” était donc un étonnant abus de métaphore. “Nous voyons les traces de millions de personnes qui ne choisissent pas de s’en aller mais qui sont obligées de se séparer de leurs proches, sont expulsées de leur terre.” Le propos, vague, vise-t-il les migrants “économiques” en évoquant “des cas, chargés d’espérance et d’avenir” ? Certes, il a aussi indiqué que, “dans beaucoup d’autres cas, ils ont pour motif principal la survie”. Mais, selon François, les “villes d’Occident gonflées de consumérisme […] sembleraient vouloir se construire en tournant le dos aux autres” : un lieu commun, faux de surcroît, dans un pays (la France) qui comporte des millions de miséreux, d’exclus, de travailleurs pauvres, chômeurs. François ne voit qu’une attitude de refus de nos sociétés qui le scandalise et le pousse à exhorter “à une nouvelle créativité sociale […] faire l’expérience de nouvelles formes de relation dans lesquelles personne ne doit sentir qu’il n’a pas de place sur cette terre”.

Pourquoi pas ? Mais alors cette créativité ne pourrait-elle pas consister, avec infiniment plus de bon sens, à aider les migrants à ne pas migrer ? À vivre dignement et en paix dans leurs pays ? De puissantes interventions diplomatiques, militaires, humanitaires ? Comment se fait-il que l’Arabie (qui provoque l’émigration hors du Yémen) n’accueille pas ses voisins réfugiés d’Irak ? Et que dire du Soudan, de l’Érythrée, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée ?

Plus grave encore : le clergé français, par la voix du président de la Conférence des évêques de France, tente de culpabiliser les Français à la veille de Noël : “La France peut et doit faire plus pour l’accueil des migrants […] Dire qu’on ne peut accueillir tout le monde est exagéré, car ce n’est pas la réalité et c’est inhumain.” Carrément. François, dans la même veine, demande à “l’enfant de Bethléem de nous réveiller de notre indifférence” (sic), “ouvrir nos yeux devant celui qui souffre : que ta tendresse […] fasse que nous nous sentions invités à te reconnaître dans tous ceux qui arrivent dans nos villes […] Que ta tendresse révolutionnaire” (sic) “nous amène à nous sentir invités à prendre en charge l’espérance et la tendresse des nôtres”. Mais pourquoi le clergé ne parle-t-il pas, aussi, de l’accaparement des richesses et de la spéculation financière internationale (la force aveugle du marché, selon le regretté Jean-Paul II) ?

Enfin, je porte à sa connaissance le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le droit des peuples autochtones, le droit de préserver leur culture. Et lui rappelle que Jésus et sa famille sont finalement revenus chez eux. À une époque qui comptait 100 millions de Terriens. Pas 7 milliards et demi.

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