Chez le président Erdoğan, l’aventurisme politique ne saurait exclure l’opportunisme électoral sous cache-sexe religieux, quitte à s’asseoir sur les vertus et principes musulmans dont il se fait aujourd’hui le très bruyant héraut. Dans l’, voilà qui s’appelle être un « hypocrite », et ça n’est que modérément conseillé.

Première hypocrisie : faire comme si, en France, les musulmans étaient une minorité persécutée, alors que le moins qu’on puisse prétendre est qu’ils n’y sont pas malheureux. Ou alors, comment expliquer que des dizaines de milliers de musulmans puissent risquer leur vie afin de venir ici endurer mille tourments ? Et que dire des autres qui, en bonne logique, auraient dû fuir l’enfer français depuis belle lurette ?

Seconde hypocrisie : ne rien dire sur une autre minorité musulmane, authentiquement persécutée celle-là : les chinois. Pourtant, soyons honnêtes, il fut un temps où Recep Tayyip Erdoğan, en 2009, dénonçait le « génocide » de ce peuple dont le sort, il est vrai, n’a que peu à voir avec celui qu’endurent ses coreligionnaires en nos contrées.

Car là-bas, c’est par centaines que les mosquées sont rasées, tandis que plusieurs centaines de milliers de Ouïghours se retrouvent parqués dans des camps de rééducation, les femmes étant de plus assujetties à un contrôle des naissances coercitif, se soldant souvent par des avortements forcés. Il est un fait que cette minorité a quelques velléités de « séparatisme » – le vrai, pas celui dénoncé par – puisque voulant faire sécession de l’empire du Milieu ; défi évidemment inacceptable par Pékin.

Mais, depuis 2009, le président turc est aux abonnés absents. Il y avait pourtant matière à s’indigner : un régime athée parti en guerre contre des populations musulmanes, comme naguère l’URSS en Afghanistan, on a déclenché des guerres saintes pour moins que ça. Alors, pourquoi cet étrange silence ?

Tout simplement parce que l’argent est le motif de sa troisième hypocrisie. En effet, de 2016 à 2019, la a investi trois milliards d’euros en et signé dix accords bilatéraux concernant chemins de fer, centrales thermiques, rachat d’un port stambouliote, du pont sur le Bosphore et l’arrivé en masse des opérateurs Huawei et ZTE sur le marché de la téléphonie mobile.

Bref, la Turquie est une étape incontournable de la route de la soie que Pékin remet à l’honneur, à l’instar du Pakistan, pays dans lequel il a également investi vingt-cinq milliards de dollars ; ce qui explique pourquoi le Premier ministre Imran Khan, si prolixe dès lors qu’il s’agit d’attaquer la France dans l’affaire des caricatures de Charlie Hebdo, observe une discrétion de violette sur le dossier ouïghour. Quant aux États du Golfe, tout aussi muets sur la question, ce sont cinquante milliards de dollars qui ont encore été injectés dans l’économie locale par les Chinois. L’honneur de la religion est une chose, la bonne marche des affaires en est une autre. C’est ce que l’on doit appeler le Coran alternatif.

Mieux : un autre accord, relatif à la coopération antiterroriste celui-là, vient d’être signé entre Pékin et Ankara. Du coup, les services d’Erdoğan arrêtent et renvoient en Chine ces Ouïghours réfugiés en Turquie qui comptaient peut-être imprudemment sur la solidarité entre musulmans, la fameuse oumma des croyants.

Cité par Le Point du 28 octobre dernier, le sinologue Thierry Kellner ajoute : « Avoir de bonnes relations avec la Chine, c’est un peu comme une assurance-vie entre États autoritaires. En cas de contestation extérieure ou intérieure, cela permettra de s’appuyer sur Pékin. […] Ce grand silence des pays musulmans est très hypocrite. Imaginez une seule seconde qu’un pays occidental ait développé une politique semblable à la Chine ! »

28 octobre 2020

À lire aussi

Charte de l’islam en France… La Septième Compagnie au croissant de Lune !

Trois fédérations du Conseil français du culte musulman viennent, au dernier moment, de pr…