Mgr Aupetit, archevêque de , a annoncé, dans un communiqué, « l’ouverture d’une procédure canonique à l’encontre du curé de la paroisse Saint-Eugène-Sainte-Cécile » parce qu’« il n’aurait pas fait respecter, au sein de son église, les mesures sanitaires en vigueur pour lutter contre la pandémie Covid-19 » lors des célébrations de Pâques. De plus, le jeudi 8 avril, le curé et le vicaire de la paroisse ont été placés en garde à vue dans le cadre de cette même affaire.

Explications d’Odon de Cacqueray sur les raisons et les enjeux de ces procédures.

 

Le curé de Saint-Eugène est en garde à vue au motif de ne pas avoir fait respecter les règles sanitaires pendant la de Pâques suite au témoignage d’une personne présente. Selon vous, cette garde à vue se justifie-t-elle ?

 

Je suis très surpris par cette garde à vue. En effet, l’Abbé Guelfucci et son vicaire avaient été reçus en audition libre. Le procureur a demandé une requalification de cette audition libre en garde à vue. Ce terme est très procédural. Cela permet aux officiers de judiciaire de garder les personnes à disposition pour leur poser des questions. On sait bien que dans la presse et dans l’opinion publique, la garde à vue est déjà un premier signe de culpabilité. Je suis surpris que la et le procureur n’aient pas souhaité garder cette audition libre en tant que telle puisqu’elle permettait d’avoir toutes les réponses. L’Abbé Guelfucci et son vicaire se sont rendus disponibles à la justice dès qu’il le fallait.

Il y a un zèle un peu suspect. Je pense qu’il y a une volonté de marquer le coup et peut-être de lancer un avertissement à tous les autres prêtres et mettre en place une forme de peur pour les autres prêtres.

 

 

L’archevêque de Paris, Monseigneur Aupetit a annoncé qu’une procédure canonique était en cours visant le prêtre et son vicaire. Certains ont trouvé cela surprenant dans la mesure où l’archevêque a été très prompt à réagir avant même avoir prévenu le principal intéressé.

 

Plusieurs éléments ont été portés à notre connaissance. Les premières réactions du diocèse ne venaient pas de l’archevêque lui-même, mais de sa responsable de . Il est probable que l’archevêque ait été mis au courant de cette affaire après la première réaction médiatique.

J’ai un doute sur le fait que la procédure canonique déclenchée contre l’Abbé Guelfucci soit également déclenchée contre son vicaire.

 

 

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est une procédure canonique ?

 

L’Église a une justice interne. Lorsque des faits graves sont portés à la connaissance de l’Église et ne sont pas forcément attaquables au niveau de la justice civile, mais relèvent du droit canon, il y a possibilité pour l’Église de convoquer une personne devant ses tribunaux. Il est aussi possible d’avoir un procès équitable qui permette à la personne, si elle est innocente de prouver son innocence et si elle était coupable, comme dans un tribunal civil, de subir une sanction.

La pire sanction pour un prêtre peut aller jusqu’à l’interdiction de donner les sacrements et peut-être parfois accompagnée d’une réduction à l’état laïc.

Le plus surprenant dans cette affaire, c’est que l’on a une réaction extrêmement rapide. Le fait d’aller aussi vite n’est pas forcément le plus adapté. Une procédure canonique pour les faits mis en cause, me paraît complètement disproportionnée quand on voit l’ensemble des prêtres qui professent des hérésies à longueur de journée. Certains, dans le diocèse de Paris, ne sont jamais poursuivis par l’archevêque. Cette démesure dans la réponse semble être une volonté de donner des gages pour que la polémique se calme le plus vite possible. C’est à mon avis, malvenu et va peut-être produire l’effet inverse puisque la presse s’est déjà emparée de cette procédure canonique pour dire «  vous voyez bien que le prêtre a fait quelque chose de mal puisque son évêque le poursuit devant les tribunaux canoniques ».

 

 

 

 

 

Monseigneur Aupetit a lui-même fait l’objet d’un article dans 20 minutes démontrant que lui-même à certaines célébrations n’était pas forcément respectueux des gestes barrières. D’autres paroisses parisiennes ont également été mises en cause.

Est-ce un retour de boomerang pour l’archevêché ?

 

Je pense qu’il y a en partie un retour de boomerang. Ils ont encore réagi trop vite et ils ont donné le bâton pour se faire battre. Il y a une mauvaise communication de sur cette affaire-là. Cela concerne bien sûr le diocèse de Paris, mais pas seulement le diocèse de Paris puisque Monseigneur de Moulins-Beaufort a dû faire face aux mêmes difficultés. Des messes ont été dénoncées par certains fidèles comme ne respectant pas les gestes barrières.

J’ai oublié de dire également qu’une communauté religieuse dans le sud avait eu les mêmes difficultés avec des fidèles verbalisés à la sortie de la Vigile pascale. Selon les différents échos qui me parviennent, les prêtres tremblent un peu pour le dimanche à venir, de voir arriver des personnes un peu zélées qui viendraient prendre des photos ou trouver un moyen d’embêter les prêtres sur  l’application de leurs consignes sanitaires. Oui, cela se retourne un peu contre l’archevêché de Paris, mais cela se retourne aussi contre tous les prêtres qui sont en grande majorité, de bonne volonté. Ils ne souhaitent pas mettre en danger leurs fidèles et appliquent dans la mesure du possible, des mesures prophylactiques pour empêcher l’épidémie de se développer.

 

 

Les prêtres sont les affectataires de l’Église. Ont-ils l’obligation juridique de faire respecter les gestes barrières dans la mesure où ils ne sont ni policiers ni propriétaires du lieu de culte ?

 

Le prêtre en charge d’un lieu de culte détient les pouvoirs de police dans son église. Il a donc obligation de résultat dans la mise en application des consignes des autorités civiles. Il a donc l’obligation de faire respecter l’ensemble des gestes barrières et autres mesures sanitaires dans son église. Sur ce point, je crois qu’il est important de ne pas s’arrêter à la simple définition juridique, mais de faire un petit retour en arrière. Cette obligation incombe au curé parce que la lui a volé son Église. Il faut bien avoir en tête qu’en 1905, l’État a mis la main sur les édifices religieux qui étaient des édifices privés appartenant à l’Église et en a fait des édifices publics appartenant à la République. De ce changement de statut des édifices religieux découle l’obligation au curé de faire respecter l’ensemble des mesures gouvernementales qui ont été décidées ces derniers mois.

Il est important d’insister sur le fait que si le curé a l’obligation de faire respecter les mesures sanitaires, cette obligation ne découle que du fait que l’État a volé l’Église et lui a confisqué l’ensemble de ses biens.

8 avril 2021

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