L’Italie, premier pays européen à avoir imposé, en mars 2020, le confinement total de sa population, est aujourd’hui le premier pays européen à imposer l’obligation vaccinale aux personnes de plus de 50 ans. Cela concernera environ 3 millions de personnes qui n’ont pas encore reçu une seule dose.

En trois semaines, c’est le quatrième décret-loi que Mario Draghi promulgue pour tenter de contenir l’épidémie de qui, aujourd’hui, repart à la hausse, le variant Omicron touchant indifféremment les personnes vaccinées ou non. Ainsi, donc, face à une stratégie qui, objectivement, a montré ses failles, le gouvernement de l’ex-patron de la BCE persévère dans la même direction.

De quoi s’agit-il ? Le 5 janvier, après deux heures de réunion, mais surtout après de nombreuses tractations, le Conseil des ministres, composé de membres de la Ligue, du Mouvement 5 étoiles et du Parti démocrate (gauche), a approuvé à l’unanimité l’obligation vaccinale pour les 50 ans et plus. « Nous voulons freiner l’augmentation des cas et pousser les Italiens qui ne se sont pas encore vaccinés à le faire. Nous intervenons sur les classes d’âge qui sont le plus à risque d’hospitalisation pour réduire la pression sur les hôpitaux et sauver des vies », explique Mario Draghi (ANSA). « Éléments de langage » et stratégie utilisés de part et d’autre des Alpes sont rigoureusement les mêmes.

Au départ, le Parti démocrate Forza Italia et Italia Viva, le parti de Matteo Renzi, militaient pour l’obligation vaccinale appliquée à tous les travailleurs (qui aujourd’hui doivent fournir a minima un test négatif), ainsi que le Super Green Pass (vaccin ou certificat de guérison de moins de six mois) pour accéder aux services publics, établissements bancaires et postaux ainsi qu’aux centre commerciaux et aux coiffeurs et esthéticiens.

Un petit assouplissement a été obtenu par la Ligue, sous peine d’abstention de ses ministres lors du vote : le passe sanitaire, et non vaccinal, sera nécessaire pour accéder à ces services. Il faudra donc un test négatif pour aller chez le coiffeur ou faire les soldes, mais aussi pour retirer son argent à la banque ou poster une lettre. Vu le chaos, là-bas comme ici, pour avoir accès aux tests en ce moment, cette absurdité bureaucratique risque d’être difficilement applicable.

Pour les cinquantenaires actifs, le passe vaccinal sera obligatoire dès le 15 février, sous peine de sanction allant de 600 à 1.500 euros en cas de non-vaccination. Le chef d’entreprise, qui sera dans l’obligation de tout contrôler, pourra alors suspendre le salarié, qui conservera son poste… mais pas son salaire. Ces mesures sont en vigueur jusqu’au 15 juin prochain, mais l’histoire très récente, en France comme en Italie, nous a appris que les mesures d’urgence ne le sont que pour ceux qui le croient, et deviennent généralement définitives. Qu’elles privent les Français ou les Italiens de leurs libertés fondamentales importe peu.

Cela suffira-t-il pour endiguer la progression fulgurante d’Omicron ? Il suffit de regarder ce qui s’est passé au et en du Sud pour voir que rien n’est moins sûr. Mais en se cantonnant pour l’instant aux plus de 50 ans, Mario Draghi se donne évidemment la possibilité d’élargir l’obligation à toutes les classes d’âge : le principe de la vaccination obligatoire contre le ayant été accepté une première fois par la population, il aurait tort de s’en priver.

À 15 jours de l’élection du président de la République par le Parlement et les grands électeurs, ce décret, et surtout les tractations qui l’ont précédé, sont éminemment politiques : une fois encore, il semble que la Ligue ait été obligée de se rallier aux positions du PD et de Forza Italia. Cette dernière, censée être l’alliée de la Ligue et de Fratelli d’Italia lors des élections, a pris plus souvent qu’à son tour le parti de la gauche depuis le début de cette drôle de coalition. De même, le choix de la Ligue de suivre plutôt Forza Italia dans le gouvernement Draghi que le parti de Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia, restée seule à l’opposition, a également affaibli la coalition de centre droit, dont les sondages répètent pourtant depuis deux ans qu’elle serait victorieuse en cas d’élections.

Aujourd’hui, la gauche italienne demande que le président de la République soit super partes, ce qui, statutairement, doit être le cas. Depuis la fin de la guerre, tous les présidents de la République sont venus de la gauche.

Qu’en sera-t-il dans quinze jours ?

6 janvier 2022

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