Culture - Editoriaux - Sport - 19 juin 2018

Pour mieux intégrer les jeunes de banlieue sur le marché du travail : plus de CV mais l’informatique

24,6 % des banlieusards sont sans travail, contre 9,9 % au niveau national. Pire : 45 % des jeunes de 15 à 24 ans vivant dans des quartiers difficiles n’ont pas d’emploi et ne poursuivent pas d’études, contre 24 % hors de ces zones.

Ce taux catastrophique s’explique par deux phénomènes qui se conjuguent. D’une part, trop de jeunes quittent l’école sans aucun diplôme. Il existe, en effet, dans les banlieues une culture « anti-école », un refus profond de la scolarisation : on chahute, on n’écoute pas les professeurs. Cependant, à diplômes égaux, les jeunes banlieusards ont moins de chances que les autres d’intégrer le monde du travail : selon des chiffres qu’il faudrait confirmer et qui seraient issus de testings (des sondeurs ont envoyé le même CV avec deux noms différents ou des adresses différentes), quelqu’un qui habite un quartier difficile aurait 2,5 moins de chances de décrocher un entretien qu’un compatriote vivant dans une zone plus aisée. Un nom à consonance étrangère ou qui indique une origine maghrébine (est-ce du racisme ?), une adresse dans un quartier mal desservi par les transports en commun (qui fait peur à l’entreprise, car son salarié pourrait avoir du mal le matin à se rendre à son travail ) refroidissent les DRH.

Un site, diversifiezvostalents.com , vient de se créer pour contourner ces difficultés, d’autant plus que les entreprises miseraient désormais sur la diversité, source de richesse et de dynamisme (cet argument me semble être de la pure propagande !). Il est gratuit pour les postulants et les recruteurs. Le CV créant, paraît-il, de la discrimination, les demandeurs d’emplois passent d’abord trois tests sur le raisonnement, la motivation et la personnalité. Un algorithme, laissant de côté le genre, l’âge, l’origine géographique et socioculturelle des postulants, s’empare de ces résultats et propose à chacun des postes adaptés à son profil. Le recruteur voit s’afficher des candidats en fonction des scores de compatibilité. Ceux-ci correspondent aux compétences et à l’expérience qu’il a indiquées par le poste. En cliquant sur les réponses qu’on lui a fournies, le DRH voit dans un premier temps les détails des tests, et c’est seulement dans un second temps qu’il prend connaissance des diplômes des postulants.

Que penser de cette initiative ? D’abord, pour faire reculer le chômage des jeunes de banlieue, tout est bon et, donc, ce site est le bienvenu. Mais il ne faut pas s’illusionner sur son efficacité. Si beaucoup de postulants l’utiliseront, les entreprises risquent d’être frileuses, car les avantages vantés par le site ne me paraissent pas décisifs et suffisamment attrayants. Enfin, on verra à l’usage ! Néanmoins, intégrer les jeunes banlieusards est un impératif absolu. La frustration engendrée par un avenir en pointillé est dangereuse et met en danger la cohésion nationale. Mais pour moi, l’école est la clé de la réussite. Il faut rejeter cette « culture de banlieue » qui envahit ces établissements et ne plus l’ériger en “modèle” : ce n’est pas normal que les jeunes de banlieue parlent fort, perturbent les cours, ne fassent pas le travail demandé. En fait, on doit être deux fois plus exigeant avec eux que dans les collèges de centre-ville !

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