Audio - Editoriaux - Entretiens - Le débat - Société - Table - 15 décembre 2017

“Non, organiser un colloque sur le transhumanisme ne remet pas en cause les valeurs de la république !”

Une polémique a éclaté sur la twittosphère au sujet de la troisième journée parlementaire pour la vie, organisée cette année le 17 janvier par la députée Marie-France Lorho. Est-il choquant de réfléchir sur le transhumanisme – sujet de l’édition 2018 – au sein de l’Assemblée nationale ? Pour Charles de Meyer, cette tempête dans un verre d’eau est une aberration : à quelques semaines du lancement, par le gouvernement, des états généraux de la bioéthique, on s’étonne donc qu’un député assume son travail ! La République en marche a une majorité écrasante à l’Assemblée. Si personne ne se lève, il le prédit, n’importe quoi va passer !

Parce qu’il y a urgence, il invite les lecteurs à s’inscrire à cette journée parlementaire pour la vie.

Charles de Meyer, une polémique a éclaté sur la twittosphère au sujet des journées parlementaires pour la vie organisées par la députée Marie-France Lorho. Il serait choquant de réfléchir au Transhumanisme au sein de l’Assemblée nationale.
Comment réagissez-vous ?

C’est très intéressant. J’en dirais deux choses.
Tout d’abord, cette polémique montre que les sujets de bioéthique font peur à la majorité. En effet, une polémique née alors qu’un député fait son travail d’idées, alors même que le gouvernement lance les états généraux de la bioéthique dans quelques semaines. Dans la majorité La République en marche !, la représentante de la défense du droit des femmes essaye de faire interdire une réunion, tout ce qui a de plus classique dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Cela montre que les débats risquent d’être peu apaisés. Alors que le parti unique En marche ! dirige d’une main de maître l’Assemblée nationale, il semble craindre pour les sujets bioéthiques.

Ensuite, cette affaire montre le manque de courage des journalistes. Si je salue le courage remarquable de Boulevard Voltaire à ce sujet, je suis inquiet devant la réaction de la majorité des journalistes français. Ils ne se sont pas levés contre cette attaque inacceptable à la liberté du travail parlementaire, à la liberté de travail des élus et à la liberté des invitations des parlementaires dans les colloques qu’ils organisent.
Alors qu’ils cessent de nous parler de pluralisme et de liberté d’expression, ils nous montrent là leur vrai visage, c’est-à-dire celui de la censure et du refus du débat.

Le président de l’Assemblée n’a pas interdit cette réunion. Il s’est contenté de rappeler que le logo de l’Assemblée était peut-être utilisé de manière un peu abusive. Cautionnez-vous son attitude ?

Oui, tout à fait.
Il a défendu le règlement de l’Assemblée nationale. Il pourrait probablement être amélioré, notamment sur la question de l’utilisation du logo. Mais, en tout cas, son attitude est tout à fait remarquable et doit être saluée. Il est néanmoins difficile qu’il faille saluer le seul fait pour un président de l’Assemblée nationale de faire respecter le droit des parlementaires.
Je le rappelle que ces droits sont en ce moment en discussion dans plusieurs groupes de travail voulus par La république en marche !. Quand on voit l’absence totale de courtoisie entre parlementaires et l’absence totale de liberté respectée pour chacun de ces parlementaires, on est en droit de s’inquiéter des résultats de ces travaux.
J’espère que le président de l’Assemblée saura remédier sans doute à une expérience des députés en ces matières. Je pense que c’est aussi à la société civile de rappeler aux élus qu’ils ne peuvent pas raconter n’importe quoi.
Non, organiser un colloque sur le transhumanisme, ce n’est pas remettre en cause les valeurs de la République !
Non, être professeur d’université et intervenir dans un colloque sur le transhumanisme, ce n’est pas faire honte aux institutions comme le Palais Bourbon !
Et non, il n’est pas acceptable en France que quelques personnes sur twitter puissent se sentir le pouvoir d’animer le droit acquis par la représentation nationale, par le suffrage et par le travail.
Je m’étonne vraiment que les journaux ne se soient pas indigner qu’on ait pu lancer une telle polémique.

N’y a-t-il pas lieu de s’inquiéter de la force donnée à simplement trois twittos ?

C’est la troisième année que ces journées sont organisées. Cette année en plus c’est un sujet qui est moins difficilement audible pour toutes les parties présentes puisqu’on parle du transhumanisme.
Je me demande comment des gens qui se réclament comme des défenseurs éperdus du progrès et de la pluralité peuvent passer leur temps à essayer d’imposer une censure totale. Cette censure rappelle des heures bien regrettables dans la maîtrise de la liberté d’expression.
La République en marche ! a une majorité écrasante à l’Assemblée nationale.
Si nous ne montrons pas qu’il s’agit d’un sujet qui nous tient à coeur et que nous ne laisserons pas passer n’importe quoi, n’importe quoi va passer. Je crois que la société civile doit jouer son rôle puisque certains corps intermédiaires qui devraient être là pour mener le combat ont décidé de ne pas le faire. C’est très regrettable !
Il faut comprendre qu’il y a urgence. Les états généraux de la bioéthique représentent un immense danger.
J’invite donc le plus grand monde à participer le 17 janvier prochain à la journée parlementaire pour la vie. Attention, les places sont limitées. Je les invite aussi à la marche pour la vie le 21 janvier et à tout ce qu’ils pourraient faire comme militant, citoyen et famille française pour faire parler de ce sujet. Il est question de montrer que le terrorisme intellectuel qui règne sur cette question plus que sur toute autre dans le débat public français n’est plus acceptable, qu’il ne fait pas honneur à notre nation et qu’il n’est plus toléré par toute une partie de l’opinion publique.

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