À la suite de critiques vis-à-vis de sa hiérarchie, le policier Noam Anouar a été suspendu, il ne touchera plus de salaire pendant six mois.

Il s’explique au micro de Boulevard Voltaire.

Cette semaine, vous êtes passé en conseil de discipline. La sentence a été lourde puisque qu’on vous a suspendu à 6 mois fermes sans paie et dix-huit mois de sursis.
Vous attendiez-vous à cette sentence ?

Je ne savais pas à quelle sauce j’allais être mangé, mais je me doutais bien qu’on n’allait pas me laisser tranquille. L’enquête avait été ouverte initialement et enrichie ensuite. Elle avait été ouverte en 2016 puisque j’étais parmi les premiers militants du mouvement des policiers en colère. À l’époque, nous avions battu le pavé pour revendiquer des conditions de travail dignes et des mesures de justice pour nos collègues de Viry-Châtillon. J’avais également eu des revendications concernant le traitement fait aux victimes de Charlie Hebdo et de l’hyper casher. J’avais notamment attiré l’attention sur les conditions qui avaient entouré les funérailles de notre défunt collègue, Ahmed Merabet. Cela avait déclenché les foudres des responsables de l’administration à mon encontre. Ils avaient par la suite ouvert une enquête avec l’intention vraisemblablement de nuire.

Vous a-t-on reproché l’écriture de ce livre « la France doit savoir » ?

Oui, en filigrane. On m’a reproché également mes prises de position récentes sur les violences policières. Depuis 2017, j’ai toujours réussi à faire repousser la date du conseil de la comparution. Non pas pour fuir mes responsabilités, mais pour que la commission puisse statuer dans un contexte de sérénité. Ce qui n’a pas été le cas ces dernières semaines. Le ministère a dit « avis médical ou non, il n’y aura aucun report et vous serez amené à comparaître ». Le conseil a donc eu lieu le 5 février.


Vous êtes policier, fils d’immigré algérien et musulman. Vous vous êtes élevé il y a peu pour dénoncer le racisme qui pourrait exister dans la police.

Cette expérience bien que malheureuse me grandit parce qu’elle m’apprend beaucoup de choses.
J’ai plusieurs messages à passer. Le premier est à l’égard de la communauté musulmane. Malgré les injustices, il faut comprendre que le peuple français a subi l’assaut du terrorisme islamiste et n’a pas obtenu justice. On se rend bien compte que les mesures de condamnation à l’égard des personnes mise en cause pour radicalisme sont relativement faibles. La plupart des terroristes ont été des récidivistes. Le peuple français est en colère et à peur.
J’appelle les musulmans de France, même si je ne suis pas leur porte-parole à avoir une certaine forme d’indulgence à l’égard du peuple français. C’est un peuple en souffrance et effrayé. On ne peut pas en vouloir aux Français d’avoir peur de l’extrémisme, puisque les enfants du peuple de France ont été tués et massacrés ces dernières années. Forcément, cela génère des réactions qui sont pour le moment des réactions mesurées.
Cela ne veut pas dire qu’il faut accepter le racisme et l’injustice, mais il faut essayer de le comprendre pour mieux lutter contre ce fléau. Cela passe par une responsabilisation des gens musulmans de France. Je ne suis pas du tout pour l’idée d’évoquer la communauté musulmane parce qu’elle n’existe pas. Mon cas montre précisément qu’aucun responsable de la communauté musulmane n’est venu à mon secours au moment où j’étais ennuyé pour avoir dénoncé les faits de racisme. Cela prouve bien que ces gens défendent uniquement leurs propres intérêts et non les intérêts qu’ils prétendent représenter. Les musulmans ont tout intérêt à se fédérer autour du drapeau français et non autour d’organismes fantoches qui prétendent les représenter.
Le deuxième message est à l’égard de mes collègues policiers. Certains se déchaînent sur les réseaux sociaux par rapport aux positions que nous avons prises ces dernières semaines. Notamment sur l’égalité de traitement de tous les citoyens. Je n’ai aucune rancœur et aucune haine contre les policiers qui expriment des positions véhémentes sur les réseaux sociaux. J’éprouve de façon très franche, une forme de pitié. Accepter de pouvoir être mis en avant pour ce qui a été effectué cette semaine, c’est faire semblant de l’approuver et en arriver à un niveau de servilité qui ne m’inspire que de la pitié. Comment peut-on défendre ce qui a été fait et faire semblant d’y adhérer ?
Je ne pense pas qu’au fond l’ensemble de la profession puisse approuver ce qui a été fait. Je pense qu’ils font semblant pour se donner bonne confiance. Ils savent très bien que nous avons raison.
Je les invite au silence, mais si se déchaîner sur les réseaux sociaux leur font du bien, même si c’est illégal, grand bien leur fasse. Ils ne m’intéressent pas.
Mon dernier message est pour mes collègues du syndicat de police. Ils se sont montrés admirables au moment de la commission paritaire. Aucun d’entre eux n’a souhaité tirer sur l’ambulance. Au contraire, ils sont plutôt venus à mon secours et se sont montrés compréhensifs. Naturellement, je me suis senti pleinement soutenu.

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