Editoriaux - Justice - Politique - Santé - 11 février 2018

Nicolas Hulot, forcément coupable ?

Depuis quelques jours, Nicolas Hulot est dans une tourmente politique et médiatique.

Une première affaire datée de juin 1997 et ayant suscité une plainte en juillet 2008, d’une femme de 31 ans, ne semble correspondre à rien de tangible, elle a été classée sans suite en novembre 2008 et la prescription, aujourd’hui, est acquise. Le ministre conteste formellement les accusations de harcèlement et de violences sexuelles le visant et qui l’ont mis dans une “rage folle”, la contradiction portant sur le consentement ou non à la relation sexuelle.

Une seconde affaire aurait été commise durant l’été 1997 et la jeune femme apprentie photographe a précisé que, pour elle, il s’agissait “d’une relation consentie” et que son but “n’était pas de le faire juger mais de le mettre devant sa conscience”. Nicolas Hulot est entendu par une brigade de gendarmerie bretonne et, le 3 novembre 2008, le dossier est classé par le parquet de Saint-Malo.

Le ministre est défendu par le Premier ministre et le président de la République.
Il a beaucoup de soutiens et la une de Ebdo est vivement critiquée. On reproche la légèreté et l’approximation des enquêtes et le caractère superficiel et dangereux de la mise en cause du ministre (Le Parisien). Reste que Ebdo se justifie.

Thierry Mandon, qui dirige Ebdo, est accusé de vouloir faire le buzz et de s’en prendre à une personnalité médiatique politique qui a trop de succès et qu’il convient donc de salir.

Je ne crois pas que ce soit le genre de Thierry Mandon.

Le ministre de la Santé s’en est pris à ce dernier mais c’est un peu facile de décréter que des ministres sont remarquables et que, par conséquent, ils seraient forcément irréprochables.

La libération de la parole qui, durant des semaines, a sévi et qui a représenté un progrès pour les femmes s’étant abstenues trop souvent de dénoncer d’intolérables harcèlements et offenses, parce que tournée vers un passé délétère et des hommes faillibles, a dorénavant pris une démesure telle qu’elle conduit à imaginer que chaque homme a ses failles et qu’il y aurait donc une présomption d’incorrection et d’attouchements virils sur les femmes dans les espaces où les sexes coexistent. Ainsi, on en arrive au point incroyable, n’imaginant pas d’autre relation entre l’homme et la femme, que celui-là est forcément considéré comme coupable de perversion, d’indélicatesse et vulgarités à venir.

À force d’avoir vanté la libération de la parole, comme si toute libération et toute parole étaient porteuses en elles-mêmes de sens et dignes d’intérêt alors que tout dépend de la substance qu’on y met et qu’on communique, on n’ose plus concevoir qu’une accusation puisse être fausse et une polémique absurde. Il y a une présomption de culpabilité à l’encontre de celui qui est visé, quel que soit le temps écoulé.

La libération de la parole profite à la Justice et à la vérité si elle s’assigne ces objectifs. Sinon, elle peut accabler qui est à mille lieues d’un tel procès.

Il me semble que Nicolas Hulot mérite d’être cru. Son aura équivoque et la focalisation hostile qu’il inspire à beaucoup ne le rendent pas coupable par principe.

Extrait de : Justice au Singulier

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