Nicolas Dupont-Aignan estime que l’État a décidé de ne pas envoyer les personnes âgées malades en réanimation. Il se dit choqué de la gestion « en dépit du bon sens » de la crise sanitaire dans les EHPAD en France et réclame une commission d’enquête.

La brève du Canard enchaîné « Les vieux ont-ils été privés de réa » vous a fait réagir. D’après eux, une circulaire du ministère de la Santé demandait aux professionnels de santé de ne pas intuber les personnes très âgées. Pourquoi cela vous a-t-il fait réagir ?

Depuis le début de la crise, un directeur d’EHPAD m’indiquait qu’on leur disait très clairement qu’il n’y aurait pas de place en réanimation et qu’ils devaient garder leurs personnes âgées, même malades, dans leur EHPAD. Je n’ai rien dit car je n’avais pas d’informations nationales. L’article du Canard enchaîné a confirmé les témoignages que j’avais sur le territoire national. D’ailleurs, je demande une enquête. Je ne dis pas que l’ordre était de ne pas soigner toutes les personnes âgées. Je dis simplement que l’article du Canard enchaîné est assez clair.
À partir du 20 mars, on a noté, dans les services hospitaliers, une baisse très nette des personnes de plus de 75 ans. On est passé de 9 % à 7 % pour les plus de 75 ans dans les hôpitaux de l’assistance publique de Paris. Et de 9 % à 2 % pour les plus de 80 ans.
Est-ce une note explicite, implicite, est-ce des directives orales ? Je demande une commission d’enquête. Je suis surtout indigné de ce qui s’est passé dans nos EHPAD. À cela s’ajoute le refus de tester. M. Véran a dit publiquement qu’on ne teste pas au-delà d’un cas. C’est complètement aberrant ! Il fallait tester les personnels et les pensionnaires de manière à les séparer géographiquement dans l’EHPAD. Enfin, il y a le refus d’administrer le traitement à la chloroquine dans nos EHPAD.
Premièrement, on dit qu’ils ne doivent pas aller dans nos EHPAD. Deuxièmement, on ne les teste pas. Et troisièmement, les directeurs d’EHPAD et les médecins coordonnateurs n’ont pas le droit de traiter à la chloroquine. Dans ce cas, laisse-t-on mourir nos anciens ?

La plupart des médecins s’accordent à dire que les personnes très âgées ont très peu de chance de survivre à une intubation aussi longue que celle demandée par une hospitalisation pour cas de Covid-19.

Sur ma page Facebook, je dis que je comprends qu’il y ait un refus de mettre en réanimation des personnes très âgées. Je ne suis pas idiot. Le problème n’est pas là. La moyenne d’âg, dans les EHPAD, est de 85 ans. Cela veut dire qu’il y a des gens plus jeunes. Ce qui est choquant, c’est que les personnes les plus jeunes n’ont pas été traitées au début de l’épidémie. Au début de l’épidémie, on acceptait les personnes de plus de 80 ans. D’ailleurs, un monsieur de 82 ans s’en est sorti. Je ne vais pas vous dire que le gouvernement est responsable si les plus de 95 ans ne sont pas obligatoirement mis en réanimation. Tout le monde sait que c’est une folie. En revanche, je conteste la systématisation pour soulager les lits de réanimation.

Que révèle cette affaire de la gestion de crise de la part du gouvernement ?

Cela révèle une panique à bord, un manque de moyens et un mépris pour la vie dans nos EHPAD. Ce qui s’est passé dans nos EHPAD est une indignité nationale. Tout n’est pas la faute du gouvernement. Il a fallu se battre pour qu’il y ait des masques dans les EHPAD. Dans ma ville, un EHPAD a pris des mesures en amont. Par conséquent, il y a beaucoup moins de décès que les autres. Cela veut bien dire que le gouvernement a géré cette crise en dépit du bon sens. Tous les gériatres diront que mettre totalement à l’isolement des personnes très âgées en faiblesse psychologique est un drame. Tout cela parce qu’on n’avait pas les masques, et parce qu’on n’a pas été capables de réagir rapidement pour les mettre. Une commission d’enquête sera nécessaire. Je peux vous dire que ce qui s’est passé dans les EHPAD est extrêmement grave.

Comment expliquer que l’État n’ait pas réussi à commander ces masques alors que, visiblement, les collectivités territoriales et les municipalités y arrivent très bien. La présidente de la région Occitanie a déclaré qu’elle avait réussi à commander plus de 24 millions de masques juste pour la région.

L’État a été incapable dans cette crise. Je pense que c’est une faute politique. On accuse l’État, mais l’État est composé de dirigeants politiques. Simplement, les dirigeants politiques n’ont pas tapé du poing sur la table dès le début. J’ai fait ma première vidéo sur cette crise le 27 janvier. Le 27 février, à la réunion à l’hôtel de Matignon avec le Premier ministre et des responsables politiques, j’ai demandé combien nous devions commander de masques. On apprend, ensuite, par Mediapart, que les commandes n’étaient toujours pas parties. Tout cela pour des questions bureaucratiques et financières. Il faut payer les masques à prix comptant et relancer la production nationale. Le gouvernement n’a toujours pas relancé la production de l’usine Spérian à Plaintel en Bretagne. Cela dure depuis deux mois. Il fallait mettre les capitaux nécessaires.
Dès fin février, j’ai demandé à mon responsable de Debout la France d’aller voir les directeurs d’usine textile et de leur demander ce qu’il fallait pour relancer la production de masques.
Il leur fallait simplement un peu d’argent sur la table, une dotation financière. Il fallait que l’État investisse de l’argent public. Il n’a toujours pas repris l’usine de bouteilles d’oxygène Luxfer. Il n’a toujours pas repris l’usine de chloroquine Famar. Il faut savoir si, en situation de guerre, l’État est capable de mettre des capitaux sur la table. J’apprends qu’en Île-de-France, une usine chinoise va s’installer pour produire des masques. Est-ce des capitaux chinois ou français ?

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