Nicolas Dupont-Aignan avait su surprendre et créer l’événement de l’entre-deux-tours en soutenant Marine Le Pen. Il montrait un courage réel, en transgressant les interdits visant le Front national. Mais surtout une vraie intelligence politique : son programme et ses électeurs étaient très proches de ceux de Marine Le Pen. Son ralliement avait une cohérence.

Mais, pour lui, les problèmes ne faisaient que commencer. Le problème financier, évidemment, avec le non-remboursement de la campagne puisque la marche des 5 % a été ratée de peu. Mais il y eut aussi les défections des cadres opposés à cette alliance logique, Dominique Jamet en tête. Et maintenant, c’est dans l’autre sens que la rébellion interne sévit : le Front national a siphonné plusieurs cadres importants du mouvement. En effet, c’est l’ex-directeur adjoint de cabinet de Nicolas Dupont-Aignan, Maxime Thiébaut, et le secrétaire général adjoint de Debout la France, Laurent Jacobelli, qui ont rejoint le Front national. Lequel leur a offert deux circonscriptions gagnables : la 4e circonscription de Saône-et-Loire pour le premier, où avait obtenu 43,65 %, et la circonscription de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, où elle avait atteint 47,3 %. Autant dire que ce parti a explosé.

Et ceux qui critiquent l’action de M. Philippot devraient au moins lui reconnaître sa capacité à organiser ces ralliements. Car, pour le Front national, l’opération ne présente que des avantages ; il montre son ouverture en proposant des places importantes à des hommes venus d’ailleurs et il s’enrichit de cadres compétents.

Certains voulaient voir en M. Dupont-Aignan le nouveau Bonaparte de la droite ; ce n’est, en fait, qu’un petit général qui ne connaissait même pas ses capitaines ni ses hommes. Et qui semble découvrir naïvement la dure réalité de l’alliance avec un géant qui pèse cinq fois plus que lui. Il ne lui reste plus que des dettes, un parti exsangue et une crédibilité abîmée, des deux côtés.

Il arrive à ce leader et à son parti croupion ce qui était arrivé naguère à Philippe de Villiers, lui aussi échouant à franchir les 5 % et laissant les meilleurs de ses cadres et de ses idées filer au Front national. Cela devrait vacciner nos apprentis Bonaparte de croire, à l’avenir, à l’émergence d’un troisième pôle à droite.

Désormais, le jeu à droite va se faire entre deux pôles pesant chacun autour de 20 % : une droite à l’électorat vieillissant, sans chef, sans ligne, grignotée et par et par Marine Le Pen, et la droite populaire du Front national, dont le socle, la cohérence et les perspectives sont bien plus solides que ne le laissent croire les péripéties Marion-Florian.

Sarkozy avait compris qu’il n’y avait de chance pour que la droite accède au pouvoir que dans le siphonnage de l’une par l’autre. Il semblerait désormais que le siphonnage se fasse à front renversé. M. Dupont-Aignan en est l’une des premières victimes.

20 mai 2017

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