Nagui et Charles Alloncle croisent le fer en commission d’enquête

« Omniprésence sur le service public », soupçons de « favoritisme » : le député ciottiste épingle l'animateur.
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Vives tensions, ce mercredi 1er avril, alors que Nagui Fam était reçu par la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public. « Je pense que Nagui est la personne qui s’est le plus enrichie sur les dix dernières années sur l’argent public en France. » Ce sont ces propos, tenus par le rapporteur Charles Alloncle en décembre, que l’animateur vedette de France Télévisions s’est empressé de rappeler, en préambule de son audition. Ambiance. Et ce pour expliquer qu'ils avaient entraîné « un dépôt de plainte contre X pour cyberharcèlement, il y a un mois et demi ». « Je soupçonne Nagui de dérives scandaleuses », « j’ai cette intuition » : l'animateur prend soin de citer le député Alloncle en sa présence. « Votre "intuition" a déclenché des injures et des menaces avec des messages racistes », insiste l’animateur aux racines égyptiennes qui dénonce des « fake news » qui « attisent la bêtise ».

Charles Alloncle a rétorqué à Nagui le message que l’animateur avait publié sur les réseaux, où il le menaçait d’un dépôt de plainte : « Vous m’avez jeté en pâture devant un demi-million d’abonnés en m’accusant de racisme », se défend le député de l’Hérault. Une audition lors de laquelle Nagui a pris soin d’éluder les données du rapporteur ou de les infirmer. « Vous confondez chiffre d’affaires et bénéfices », plaide Nagui, quand le rapporteur reprend pourtant les arguments d’une enquête de Mediapart datée de 2020 et intitulée « Nagui, l’homme qui valait 100 millions (d’argent public) ».

« Omniprésence sur le service public »

Charles Alloncle prendra soin de rappeler le scandale des animateurs producteurs des années 90 lors duquel la société de Nagui fut condamnée « pour comportement déloyal et favoritisme ». Celui-ci semble s’en étonner avec une mémoire visiblement courte, signalant que seule France 2 avait été sanctionnée. Affirmation qui sera contredite par le président de la commission lui-même, Jérémie Patrier-Leitus. Charles Alloncle rebondit alors en accusant l’animateur-producteur de « parjure ». Le souci de ce dernier tient notamment sur « l’omniprésence sur le service public » de Nagui avec ces soupçons de traitement de faveur. « Pourquoi les dirigeants ne répartissent pas un peu davantage ? », interroge le député ciottiste, d’autant que ce temps d’antenne est particulièrement important « depuis l’arrivée de Delphine Ernotte ». « C’est totalement faux », s’écrie l’homme de télévision, qui plaide ses « succès d’audience ». « Clauses exorbitantes », « contrats pluriannuels » renouvelés sans appels d’offres : Charles Alloncle creuse, gratte, cherche à savoir si « favoritisme » il y a eu. Nagui se défendra toujours d’une quelconque irrégularité tout en avouant négocier à son avantage un argent qu’il n’estime pas public, puisqu’il est « salarié de Banijay », la société de production dont il est coactionnaire. « J’en ai demandé beaucoup plus que ce que j’ai obtenu, on ne sait pas de quoi sera fait demain », explique-t-il.

« Tout sauf Le Pen »

Quand le rapporteur estime, selon un rapport d’audit commandé par France Télévisions, que les marges dégagées par Banijay pour la production de l’émission de divertissement N’oubliez pas les paroles ! étaient de « 25 % », Nagui les conteste, les plaçant entre « 5 et 10 % ». « Vous percevez 2.500 € par émission de N'oubliez pas les paroles ! », soit « 1,5 million » par an, notera Charles Alloncle - chiffres contestés par l’intéressé. Dans la même veine, l’animateur refusera, comme les autres personnes interrogées, de donner publiquement sa rémunération. Il confessera tout de même que ce que Charles Alloncle appellera un « écosystème », « une galaxie complexe de 23 sociétés », fait son chiffre d’affaires « aux deux tiers » grâce aux commandes du service public. Tout en notant que lorsque l’État dépense « cent » avec Banijay, il en touche « 200 » de retombées. « Tant que je rapporte de l’argent à l’État, je n’ai pas le sentiment, pour employer vos termes, de détourner, de m’enrichir », plaide l’animateur.

« Vous incarnez le service public, n’y a-t-il pas des obligations supplémentaires ? », interroge Charles Alloncle, sur le devoir de neutralité de Nagui, qui a toujours pris des positions très fermes pour « faire barrage au Rassemblement national ». Ce dernier assumera parfaitement prendre ces positions « hors antenne ». « J’aime tous les Français quels que soient leurs bulletins de vote », expliquera Nagui qui postait, en 2017 sur Twitter : « Tout sauf Le Pen. » Artiste engagé, que voulez-vous !

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

71 commentaires

  1. Ses allusions salaces m’ont par le passé suffisamment gêné pour que j’évite ses émissions. Je lui reconnais une insolente aisance médiatique mais ses prises de positions politico-écologistes (cf sa leçon de morale d’une candidate de N’oubliez pas les paroles humiliée pour envisager de s’acheter un van aménagé, jugé trop polluant) me l’ont définitivement classé dans le camp du Bien des donneurs de leçons appartenant à la upper class boboisée.

  2. Je n’avais pas grand chose contre Nagui. Mais au lieu de se faire discret et humble il veut jouer aux matamores. Et là il se fait du tort lui-même. Qu’il le veuille ou non, sa bonne fortune émane du contribuable et il ne devrait pas l’oublier.

  3. Un scandale ! Il se gave avec nos impots ! Suppression immédiate des 4 Milliards à l’audiovisuel du public !

  4. Marre de tous ces gens qui profitent du système pour vivre sur le dos de ceux qui les paient avec leurs impôts pendant que d autres dorment dans leur voiture car ils n ont pas les moyens de se payer un logement. Ils peuvent être de gauche et vous faire des leçons de morale.

  5. Cette commission dure trop longtemps. La montagne accouchera d’une souris. Comment peut-on croire à une conclusion réaliste, Nagui comme les autres, refusent de donner leurs salaires. Je crois encore moins à un service publique repentant, ramant contre nature, pour donner raison à une extrême droite à bannir. Tout au plus, et (peut-être) une comptabilité plus soucieuse ? Mais j’aurais découvert Ch. Alloncle, et le jeu en valait la chandelle ! Merci Monsieur !

  6. Je ne considère pas que Nagui prend uniquement position sur le plan politique « hors antenne ». Pour être tombée par hasard sur quelques Taratata, que je zappe bien vite car je trouve cette émisssion et son présentateur insupportables, Nagui s’arrange toujours pour amener ses invités, subrepticement et habilement, sur le terrain glissant de l’opinion et de la bien-pensance. Il les pousse à dire ce qu’il veut entendre. Et les artistes de s’exécuter, évidemment, par complaisance. Rares sont ceux qui osent le contrer… (un bon point cependant pour Axel Bauer dernièrement).

  7. Une « clique » a mis la main sur l’argent du service public ( MON argent); et en petit nombre ils se gavent, tout en exprimant des pudeurs de vierge quand on les confronte à la réalité. ET: pourquoi ne peut-on avoir le montant de leur « rémunération »; ils devraient – tous – être tenus de répondre.

  8. Tant que les Français regarderont ce type d’émission pour débiles, on ne pourra pas changer la France

  9. « Tant que je rapporte de l’argent à l’État… » avec nos deniers ni plus ni moins.
    Il devrait dire  »merci Nicolas ». On se réveille quand ???

  10. Charles Alloncle a interrogé Nagui sur le fait qu’il ne déposait pas ses comptes d’entreprise au greffe, ce qui est la loi. Nagui a répondu qu’il ne voulait pas qu’ils soient épluchés par la concurrence. Il ment. On peut parfaitement faire une démarche (que tous les comptables savent faire) consistant à déposer ses comptes en spécifiant qu’ils ne sont pas publiés et donc pas visibles par des tiers. Ainsi la concurrence ne les voit pas mais on est parfaitement en règle. C’est ce que je fais chaque année. Quel dommage que Charles Alloncle ne connaisse pas cette subtilité.

  11. Il semble que pour des gens qui vivent sur les prestations versées par le service publique qui n’existe que par l’argent des contribuables il existe deux sortes de citoyens, ceux qui travaillent comme des fourmis et qui ont peine a joindre les deux bouts, voir même pas toujours et l’autre sorte de citoyens qui vivent a l’aise sans avoir a compter dés la 15 de chaque mois.
    En France a présent il y a des gens d’en haut comme d’en bas comme disait Jean-Pierre Raffarin avec une séparation en verre infranchissable.

  12. Ils ne sortent pas vraiment grandis de cette confrontation ni l’un, ni l’autre, il semblerait quand même que l’excellent Charles Alloncle ait commis une erreur, ceux qui sont tenus au secret professionnel de par leur profession évitent de parler de leurs dossiers en nommant les gens et sont plus prudents. Nagui lui occupe l’espace ce qui lui évite de répondre aux questions, une technique bien connue et le président dans l’affaire laisse aller.

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