Editoriaux - 8 avril 2018

Münster : une camionnette fonce dans la foule : la barbarie au cœur de l’Europe

Münster est l’une des villes les plus attachantes d’Allemagne, avec son centre historique et sa douceur de vivre. C’est aussi le plus vieil évêché d’Allemagne du Nord, fondé par saint Ludger il y a 1.200 ans. Avec sa cathédrale Saint-Paul et son hôtel de ville, le Rathaus – l’un des plus beaux monuments d’architecture gothique civile –, où fut signée, en 1648, la paix de Münster qui proclamait l’indépendance des Provinces-Unies (les Pays-Bas), cette Großstadt est une ville typiquement européenne qui attire plus de 50.000 étudiants. On les comprend, car l’ancien palais baroque des princes-évêques abrite aujourd’hui l’université Universitätschloss. Je comprends aussi que ma fille ait choisi d’aller étudier là-bas plutôt qu’au Mirail à Toulouse…

Mais par ce doux samedi de printemps, un camion a donc foncé sur les clients d’un célèbre café de ce centre historique magnifique. Il y a quatre morts, au moment où j’écris ces lignes, et des dizaines de blessés dont six dans un état très grave. Le conducteur du véhicule se serait suicidé. On ne sait pas s’il s’agit d’un attentat. Et on ne sait encore rien sur l’auteur de « l’acte ».

La police allemande a aussi demandé de “ne pas spéculer sur les causes” de cet « acte ». En 2017 déjà, des véhicules avaient foncé dans la foule et la police allemande avait démenti tout lien avec l’islamisme. La police allemande est toujours très prudente. Nous ne spéculerons donc pas sur les causes.

En 2004, la ville avait reçu le prix LivCom de la ville du monde ayant la meilleure qualité de vie dans sa catégorie. Oui, c’était cela, Münster et l’Europe.

C’était cela, avant. Avant quoi, au fait ? Avant la série d’attaques qui l’ensanglantent depuis celles de Paris en 2015. Et que l’on ne nous dise pas qu’il ne s’agissait pas, alors, de voitures-béliers car, en décembre 2014, en France, déjà, de tels véhicules avaient foncé sur la foule de marchés de Noël, comme à Nice ou Berlin en 2016, et Londres et Barcelone en 2017.

Et même si celle-ci n’est pas un attentat, même si un islamiste n’en est pas l’auteur, on ne peut que constater qu’il y a eu un avant et un après cette barbarie-là, et que ce sont les islamistes qui l’ont inaugurée en Europe. Qu’ils aient fait des émules n’a rien de rassurant.

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