Le caporal-chef Maxime Blasco en était à son cinquième déploiement dans le cadre de l’opération Barkhane. Il était commando de montagne au 7e bataillon de chasseurs alpins. Il est mort le 24 septembre au cours d’une opération, grièvement blessé par un terroriste. Il laisse derrière lui une femme et un enfant.

Les témoignages de ceux qui l’ont connu commencent à être entendus depuis que sa mort a été annoncée par le ministère des Armées. Tous décrivent un héros, un soldat d’exception, un frère d’armes exemplaire. Décoré de la médaille militaire (la Légion d’honneur des soldats) à l’âge de 33 ans, titulaire de quatre citations (ce qui veut concrètement dire qu’il a participé à quatre actions de feu), il avait été décoré par le président de la République en personne après le sauvetage de l’équipage d’un hélicoptère Gazelle en 2019. Il avait trois vertèbres fracturées et avait traîné au sol le pilote, qui était bien plus lourd que lui, pour le mettre à l’abri. « Tout aurait fait pareil », avait-il alors sobrement commenté. Tous ceux qui restent savent bien que non.

On entend aussi le témoignage de sa compagne, qui raconte que « pour lui, tout était simple ». Sens absolu de la camaraderie, de la fraternité d’armes, du « on part ensemble, on rentre ensemble ». Idéal de justice qui le poussa autrefois, quand il était encore pâtissier dans le monde civil, à maîtriser un homme qui battait sa femme jusqu’à l’arrivée de la police. Témoignage à mettre en relation avec celui de la femme de Cédric de Pierrepont, nageur de combat, mort voici quelques années pour deux touristes inconscients égarés en Afrique : c’est la même admiration, la même compréhension, le même amour indéfectible, la même douleur discrète et irréparable.

Il n’y aurait rien de plus facile que d’instrumentaliser cette mort pour reparler de la pertinence de Barkhane, du comportement de tous les acteurs locaux ou même du courage des Maliens installés en France. Je ne m’y risquerai pas cette fois. Toute mort appelle à la dignité, mais plus encore celle de l’un des derniers chevaliers de notre monde si lâche. Maxime Blasco, tout comme Cédric de Pierrepont, Alain Bertoncello, Denis Allex et les frères d’armes qui sont morts en lui portant secours, avait fait un choix peu banal : celui de faire un pas en avant pour tout offrir à sa patrie. Un choix qui oblige à bien des renoncements, bien des sacrifices, un choix qui expose à l’incompréhension des siens, à l’ingratitude de son peuple, à la haine des ennemis de l’intérieur et de l’extérieur. Mais aussi un choix qui permet de ne trouver sa récompense que dans son propre regard dans la glace, dans la tendre admiration de ceux qui vous aiment ou dans la reconnaissance d’un pays auquel on a tant donné – jusqu’à la vie.

Honneur au caporal-chef Blasco, mort pour la France, et à tous ceux de sa trempe. Et puissent nos temps aventureux convoquer un nouveau ban de héros face aux lames de fond, lourdes de vase et de monstres, qui se préparent. Tout est dit dans cette citation anonyme : « Le Destin murmure à l’oreille du guerrier : « Tu ne peux résister à la tempête ». Et le guerrier lui répond : « Je suis la tempête ». »

25 septembre 2021

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