Monument du maréchal Juin saccagé : alors, on termine le travail des Black blocs ?

Alphonse Juin (1888-1967) fut le dernier maréchal de France à avoir joui, de son vivant, de cette dignité héritée de l’ancienne France. Les procureurs du roi sont devenus des procureurs de la République, les notaires royaux, après avoir été un temps impériaux, des notaires tout court, mais les maréchaux sont restés de France, tout simplement.

Ce fils de gendarme, pied-noir, camarade de promotion du général de Gaulle à Saint-Cyr, commanda le corps expéditionnaire français (plus de cent mille hommes !) qui débarqua en Italie, en novembre 1943, et mena d’âpres combats, notamment au mont Cassin et au Garigliano, jusqu’à l’entrée triomphale à Rome, le 4 juin 1944. Plus de 6.500 soldats tués, 2.000 disparus, 23.500 blessés, dont une majorité de soldats musulmans d’Afrique du Nord. La France retrouvait une place digne de son histoire militaire.

Tout cela fracassé à coups de barre de fer, samedi à Paris, place d’Italie, par des individus encagoulés (des Black Blocs ?). Comme on dit, « en marge de la manifestation des gilets jaunes ». La scène a été filmée et fait le tour des réseaux sociaux et des JT. Le monument à la gloire du maréchal Juin et aux soldats du CEF (corps expéditionnaire français en Italie) a été saccagé. La statue du maréchal, heureusement, n’a pas été détruite, mais seulement vandalisée avec de la peinture jaune. Mais, samedi, à 19 heures, au sujet de ces manifestations, la préfecture de police tweetait un bilan impressionnant : « 124 interpellations, 8.861 contrôles préventifs ». On n’ira pas jusqu’à en déduire que, grâce à ces interpellations et contrôles préventifs, on a évité à Paris le sac des Huns, mais tout de même, le citoyen lambda qui paye ses impôts à l’heure et ses contredanses sans barguigner a peut-être le droit de se poser quelques questions. Certes, la police ne peut pas être partout, comme on dit. Certes.

L’indignation est générale chez ceux qui ont encore un semblant de mémoire historique. Néanmoins, on notera la réaction du journaliste Claude Askolovitch : « Le maréchal Juin, dont le monument a été saccagé, ne fut pas seulement ce grand chef de guerre de la Libération. Mais juste avant, un général de Vichy qui fit tirer (un peu) sur les résistants et les Américains en Afrique du Nord en 42, avant de se rallier. » C’est vrai, factuel, mais un tweet est un peu court pour expliquer la complexité de la situation de l’époque et résumer ce qu’avait pu vivre cet officier de haut rang, partagé entre ses sentiments anti-allemand et son sens de la discipline. Face à l’indignation causée par ce saccage, Jean-Dominique Merchet, lui, tweete : « Il n’est pas inutile de se renseigner avant d’en parler », faisant référence à un ouvrage de Jean-Christophe Notin, paru en 2015, « une biographie sévère et passionnante du maréchal Juin », pour laquelle il avait consacré à l’époque un article sur son blog. Et d’ajouter : « Les gaullistes disaient de lui : “Juin, de quelle année ?” Pétain a failli le nommer ministre de la Guerre et il était allé rencontrer Goering. Plus tard, il fut très Algérie française. » Tout cela pris séparément est vrai, factuel, mais mis bout à bout dans un tweet, cela constitue un raccourci historique un peu facile qui a vite fait de faire passer le maréchal Juin pour un salaud. Un raccourci qui laisserait croire qu’il n’y a eu de résistance que gaulliste en France.

En ces temps troublés et de grande confusion, est-ce bien le moment de gloser en ramenant sa science et en cherchant systématiquement à mettre en avant les côtés sombres ou ambigus de notre Histoire ? Car il n’y a pas que les coups de barre de fer qui peuvent faire mal à notre récit national.

Du coup, on fait quoi, avec le monument de la place d’Italie : on termine le travail et on déboulonne la statue du maréchal Juin ?

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