Il y a cinquante ans, le 27 janvier 1967, mourait Alphonse Juin, « duc du Garigliano », dernier maréchal de à avoir joui de son vivant de cette dignité héritée de l’ancienne . Alphonse Juin, duc du Garigliano, c’est le titre d’une biographie que le général Chambe (1889-1983), qui servit auprès de Juin en , publia en 1968.

Pour expliquer le titre de son livre, Chambe raconte ce dîner d’adieux du 22 juillet 1944 alors que Juin allait quitter le commandement du corps expéditionnaire français en Italie (CEF) pour rejoindre Alger et se voir confier de nouvelles fonctions par . Un officier de la popote lance à la cantonade : « Sous l’Empire, les généraux victorieux ramenaient dans leurs bagages les noms de leurs victoires sous forme de lettres de noblesse. C’était l’usage. Pourquoi pas les nôtres, les vainqueurs du CEF ?» Masséna, duc de Rivoli, Ney, prince de la Moskowa, Davout, duc d’Auerstaedt… Après l’évocation des noms de batailles napoléoniennes, c’est au tour de celles de ce printemps 44 en Italie : Castelforte, San Appolinare, Monte Majo… pour finir sur le Garigliano. Et voici donc Juin, duc du Garigliano par acclamation !

Car en effet, deux mois auparavant, le CEF, fort de 125.000 hommes, après d’âpres combats, notamment à Cassino, débordait cette ligne Gustave que les Allemands avaient constituée dans la partie la plus resserrée de la péninsule italienne pour barrer la route aux armées alliées débarquées en septembre 1943, ligne qui longeait la rivière Garigliano. La route de Rome était ouverte aux Alliés. Rome où, le 4 juin, les troupes françaises et américaines défilaient devant Juin et le général américain Clark.

Dans son discours de réception à l’Académie française, le 25 juin 1953, le maréchal Juin résuma ce que fut pour la France le rôle du CEF. « Et s’il est vrai, comme on a bien voulu le reconnaître, que cette Campagne a marqué la résurrection de l’ française et sa réapparition dans le Corps de bataille de nos Alliés, avec un rôle nettement prépondérant au moment de l’offensive sur Rome, il faut savoir que le mérite en revient au magistral outil de guerre qu’était cette Armée française d’Italie. Elle provenait, en majeure partie, de la petite Armée d’ de transition que le général Weygand avait reformée et retrempée après l’Armistice, dans une intention qu’il n’avait dissimulée à personne… »

Alphonse Juin n’était pas né duc. Loin de là ! Fils, petit-fils de gendarme, pied-noir, il appartenait à ce petit peuple qui s’était consacré « à cette tâche de faire de l’ un prolongement de la France », comme l’écrivait Chambe. Et toute sa vie, il resta fidèle à ses origines. Âgé de 22 ans, il franchit les portes de Saint-Cyr en 1910 (promotion de Fès), en même temps que de Gaulle, de deux ans son cadet. Aussi, Juin fut l’un des rares privilégiés à tutoyer de Gaulle, jusqu’au bout. Sa première partie de carrière s’écoula principalement au sein de cette « petite Armée d’Afrique » qu’il conduisit sur les chemins de la gloire en Italie. Le 15 mars 1915, en Champagne, alors qu’il est lieutenant, une balle, tirée à bout portant, lui fracasse le bras droit dont il perd définitivement l’usage. Juin saluera alors de la main gauche. Maréchal de France, sa main portera le bâton étoilé.

Les dernières années d’Alphonse Juin furent un véritable crucifiement, partagé qu’il était entre sa loyauté de soldat et la fidélité à sa terre natale.

Les ultimes paroles du dernier maréchal de France, sur son lit du Val-de-Grâce, furent « Garigliano… Cassino… que c’est beau ! »

26 janvier 2017

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