Ainsi donc, dimanche soir, le compte Twitter de a été bloqué pour « violation des règles contre le harcèlement », à la suite « d’une publication anodine qui avait provoqué des commentaires haineux et auxquels la lycéenne avait répondu sur le même ton » (Le Figaro). Lundi matin, le compte était rétabli. Mais l’épisode est hautement symbolique.

Dois-je le préciser, je ne suis pas une aficionado de Mila, ne la prends pas, comme certains, pour Marianne, encore moins pour Jeanne d’Arc, ne goûtant pas la vulgarité ni la provocation. Mais là n’est pas le sujet. Elle reste une adolescente menacée de par une horde de fous furieux. Or, il apparaît que dans la vraie vie comme sur les réseaux sociaux, dans un pays affaibli doté d’un État pusillanime quasi failli où la loi de la meute domine, c’est toujours la stratégie de l’exfiltration en aval et de l’évitement en amont qui est choisie : la victime s’en va, sous les huées du bourreau qui a en sus, souvent, l’outrecuidance de l’accabler.

Faute de pouvoir neutraliser les coupables, c’est Mila, il y a quelques mois, qui a dû quitter son école – pour sa sécurité -, c’est elle, hier, qui a été exclue des réseaux sociaux. Ses haters, comme elle les appelle, eux, continuent de sévir au lycée et sur Internet.

Un sort identique est peu ou prou réservé aux boucs émissaires scolaires de tout poil : ceux que les caïds ont désigné comme tels seront retirés par leurs parents pour être mis à l’autre bout du département, tandis que d’autres familles, fortes de la leçon, inscriront prudemment à la rentrée suivante leurs propres rejetons dans un établissement privé, quitte à ce que cela leur coûte un bras. Exfiltration et évitement. Comment faire autrement ? Leurs « tortionnaires », eux, ne bougeront pas.

S’ils persécutent aussi leurs profs, ceux-ci demanderont leur mutation, loin de chez eux, bouleversant leur organisation familiale après avoir été, de surcroît, parfois réprimandés par leur direction – ils ont été maladroits, peu pédagogues, ont manqué de tact, d’autorité naturelle, ont provoqué… À défaut, ils démissionneront, se reconvertiront. Exfiltration. Leurs collègues sauront, à l’avenir, que ce lycée-là est à rajouter dans la blacklist informelle de l’académie, qui s’allonge d’année en année. Évitement.

Même scénario dans leur quartier. Combien de banlieues jadis tranquilles et joliettes ont vu les primo-habitants s’enfuir sur la pointe des pieds, déchirés de se déraciner, mais soulagés d’avoir réussi à vendre à temps un pavillon modeste mais propret, au jardinet soigné mais placé dans le « mauvais quartier ». Et ceux-là s’estiment encore chanceux d’avoir réussi à « s’exfiltrer ». Certains sont restés prisonniers d’un emprunt, indexé sur la valeur d’un bien immobilier acquis avant que l’environnement ne le fasse vertigineusement décoter. Désormais, les gens savent : il faut « éviter » ces coins-là.

Ce régime de terreur feutrée s’est instauré aussi, mutatis mutandis, dans les universités, lorsque des conférenciers défrisant les islamo-gauchistes-qui-n’existent-pas sont témérairement programmés : puisque des groupuscules ont décidé que tel ou tel ne parlerait pas, c’est tel ou tel que l’on fait sortir par une porté dérobée. On l’a exfiltré, pour le protéger, bien sûr, avant que ça ne dégénère. Et on fera en sorte de ne pas le réinviter. Pour éviter les problèmes.

À chaque fois, ce sont les victimes que l’on convainc directement ou indirectement de capituler. Quand elles ont rebroussé chemin et fait place nette, on a le sentiment d’une paix retrouvée. On respire. Comme si, somme toute, elles étaient les fauteurs de troubles. Jusqu’à la prochaine fois. Car l’offensive reprendra, là où on l’a laissée, c’est-à-dire un peu plus avant dans les lignes, le terrain perdu n’étant jamais rendu.

15 mars 2021

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