Audio - Editoriaux - Entretiens - 12 juillet 2019

Michel Thooris : « Systématiquement, vous avez de la racaille qui profite de ces événements sportifs pour casser, agresser, piller »

Un rapport parlementaire, dénonçant les conditions de travail dans la police nationale, vient de sortir. Rien qui n’était déjà connu, estime Michel Thooris, au micro de Boulevard Voltaire. Il revient sur les incidents qui ont eu lieu, jeudi soir, à Paris et en province, après le match en quart de finale Algérie-Côte d’Ivoire de la Coupe d’Afrique des nations.

Un rapport est sorti en dénonçant les conditions de travail des forces de l’ordre.
Ce n’est pas très surprenant quand on voit toutes les déclarations de tous les syndicats confondus.

Ce rapport parlementaire est dans la droite ligne des constatations que font les différents syndicats de police, à commencer par le nôtre France police, policiers en colère. Cette situation au sein des forces de l’ordre et plus particulièrement au sein de la police nationale est cataclysmique.
Que ce soit en moyens matériels, au niveau de l’ambiance ou des relations hiérarchiques. Tout ceci est déjà connu.
Ce rapport parlementaire ne fait que confirmer une situation qui ne fait que s’aggraver d’année en année. Il faut que ce rapport soit suivi d’actes. Malheureusement nos politiciens sont aux abonnés absents.

Ce rapport intervient alors qu’on sort de huit mois de crise des Gilets jaunes. C’est également la deuxième nuit de violences en lien avec les victoires de l‘équipe de football d’Algérie.
On est surpris de voir à quel point ils peuvent envahir assez facilement la place de l’Étoile.
La répression mise en œuvre n’est pas forcément la même que celle qu’on a observée avec les Gilets jaunes.
Qu’en pensez-vous?

Cette situation était tout à fait prévisible. On ne découvre pas aujourd’hui de phénomène de violence. C’est une constante depuis plus d’une décennie.
Systématiquement, la racaille profite de ces événements sportifs pour casser, agresser les forces de police et piller les magasins. La réponse politique n’est pas là.
Je tiens à rappeler que nous sommes dans le cadre d’un maintien de l’ordre. Nos collègues ne peuvent donc pas agir sur initiative et ne peuvent répondre qu’aux consignes données par l’autorité administrative représentée par le préfet et relayées par les commissaires. Les préfets reçoivent les consignes de base du ministère de l’Intérieur.
Y a-t-il un désordre acceptable lorsque des troubles graves commis par de la racaille de banlieue à l’encontre de l’ordre public ?
Quand on se trouve dans des manifestations relativement calmes et pacifistes de Gilets jaunes, des ordres de dispersion sont données aux collègues pour empêcher toutes expressions politiques contestataires du pouvoir politique en place. Cette situation nous inquiète.
Notre organisation syndicale France police, policiers en colère demande très clairement des interdictions systématiques de tous types de rassemblement en marge des manifestations sportives. Lorsque ces manifestations mettent en scène l’équipe nationale algérienne, il faut agir avant même qu’il puisse y avoir un attroupement. Une fois que les individus se sont regroupés à plusieurs milliers, la situation n’est plus gérable. Il faut agir en amont et les empêcher de se regrouper comme on le fait dans le cadre des manifestations de Gilets jaunes.
En effet, lors des manifestations des Gilets jaunes, on fait usage de moyens lacrymogènes et éventuellement du flash-ball pour disperser.

La demi-finale aura lieu le soir du 14 juillet. À quoi faut-il s’attendre?

Quelle que soit l’issue de cette rencontre, des troubles graves à l’ordre public auront forcément lieu. Que le résultat de la rencontre soit positif ou négatif pour l‘équipe nationale algérienne tout sera prétexte, pour une partie de racailles, à mettre la France à feu et à sang.
Les conséquences sont graves. Aujourd’hui, une famille a été décimée en marge de ces violences. L’État va-t-il réagir face à ces situations ou estimer que le désordre venant de la racaille de banlieue est acceptable ?
Nos collègues vont-ils ce soir-là servir de chair à canon et d’exutoire pour ces individus qu’on considère comme étant discriminatoires.

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