Editoriaux - Polémiques - Politique - 12 juillet 2019

Après Alexandre Benalla, au tour de François de Rugy ?

François de Rugy, ancien président de l’Assemblée nationale et aujourd’hui ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, n’est pas exactement au mieux de sa forme. De fait, il naviguerait plutôt au doigt mouillé dans une dégoulinante infernale.

D’où ce feuilleton à l’occasion duquel on se rend compte que le pire avocat de François de Rugy n’est finalement autre que de Rugy François en personne. Et là, l’infernale dégoulinante plus haut évoquée confine au suicide en direct, même si l’infortuné ministre n’entretient, ne serait-ce que du point de vue de la bonne tenue, que de lointains rapports avec Yukio Mishima, spécialiste incontesté de la discipline.

Pour commencer, ce qui a mis le feu aux poudres : les dîners princiers donnés à l’hôtel de Lassay, assez vaste garçonnière mise à disposition du président de l’Assemblée. Au menu ? Homards, caviar, grands crus et champagne millésimés mis à disposition de tous. De tous ? Pas forcément à ces invités officiels qu’on ne saurait nourrir que de mousseux et de jambon-coquillettes, mais principalement aux amis de sa seconde épouse, Séverine Servat, ancienne journaliste à Gala ; ce qui donne une assez juste idée du niveau culturel et politique. Et c’est là que François de Rugy se surpasse.

Interrogé par BFM TV, il affirme : « Le homard, je n’aime pas ça, j’ai une intolérance aux crustacés. […] Je n’aime pas les huîtres, je ne prends pas de champagne, ça me donne mal à la tête. Je déteste le caviar. […] Je ne suis ni connaisseur ni amateur de grands crus. » Cet homme est décidément une petite chose bien fragile doublé d’un de ces gosses de riches qui n’aiment rien.

Ensuite, il comprend que les photos de ces agapes, désormais immortalisées sur les réseaux sociaux, aient « pu choquer ». Cet homme est, à n’en pas douter, un fin psychologue.

Puis, son appartement nantais, occupé à « loyer social préférentiel » ? Il assure ne pas en « avoir eu connaissance ». Cet homme, fût-il ministre, ne semble pas être très bien renseigné.

Dans la foulée, le très sec limogeage de Nicole Klein, sa directrice de cabinet qui aurait profité d’un logement HLM de 2006 à 2018 sans l’avoir jamais occupé, fait un peu désordre. Aujourd’hui, elle affirme : « François de Rugy a voulu sauver sa tête en offrant la mienne ». Cet homme est du genre élégant avec les dames.

Tant qu’à faire, un bureau réaménagé à grand prix, hôtel de Lassay, pour accueillir ses enfants issus de deux mariages. Cet homme, au moins, a-t-il le sens de la famille, fût-elle recomposée.

Et, pour finir, un appareil à raclette d’une valeur de 200 euros, un vélo elliptique de près de 800 euros et un sèche-cheveux « doré à la feuille d’or » d’une valeur de 499 euros : ce n’est plus la République, mais un télé-achat présenté par le fantôme de Pierre Bellemare. Ça en deviendrait presque drôle, si cela n’était pas payé avec l’argent du contribuable.

En bonne logique, l’Élysée aurait dû donner congé à cet ex-futur espoir de la Macronie déclinante. Il préfère lui conserver « toute sa confiance ». Pourquoi pas, cette tactique a déjà fait des miracles avec l’affaire Alexandre Benalla, dira-t-on. En attendant, François de Rugy compte ses soutiens, ce qui ne devrait pas surcharger son emploi du temps.

En effet, François Ruffin, de LFI, ne s’est pas privé de lui lancer, fin juin et en plein Hémicycle : « Une énergie alternative, ce serait chaque fois que François de Rugy retourne sa veste. Ça créerait de l’énergie. C’est mieux que les éoliennes. » Il est un fait que son palmarès en la matière se situe quelque part entre Iznogoud et Nicolas Sarkozy. À croire que cet homme n’ait pas que des amis.

Ce ne sont pas les gilets jaunes, mis sur les ronds-points par le même ministre pour avoir augmenté le prix du diesel, qui viendront le contredire. Surtout sachant que, grain de caviar sur le homard, notre homme disposait d’un troisième chauffeur pour mener à la fois l’un des enfants à l’école et pour le conduire, lui, à Nantes, chaque fois que les valeurs républicaines l’exigeaient. Les riches roulent et les pauvres polluent, c’est bien connu.

Notre homme est donc de l’espèce des humanistes à l’indéniable fibre sociale.

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