Audio - Editoriaux - Entretiens - Justice - 5 juin 2019

Alexandre Langlois : “Renvois de CRS en correctionnelle : on se défausse sur les moins gradés !”

Après les manifestations des gilets jaunes, c’est en quelque sorte l’heure des comptes : 176 enquêtes de l’IGPN et 8 renvois en correctionnelle pour les membres des forces de l’ordre accusés de violences policières. Réaction d’Alexandre Langlois au micro de Boulevard Voltaire.

Des CRS ont été envoyés en correctionnelle pour des manifestations en lien avec les Gilets jaunes.
Pour la police, est-ce les conséquences de l’effet Gilets jaunes ?

Comme les manifestations des Gilets jaunes commencent à se tasser, le pouvoir n’a plus besoin de policiers 24h/24.
Le gouvernement français a été condamné par la Cour européenne des droits de l’homme sur des enquêtes opaques, notamment celle d’une affaire datant de 2000 et la lenteur de la justice. À l’époque, la personne ayant subi un tir de policier avait reçu 20 000 euros de dommages et intérêts de la part de l’État français.
Comme des casseroles vont commencer à tomber, il faut chercher un responsable pour ce qui s’est passé durant les manifestations des Gilets jaunes.


Les faits reprochés aux CRS sont-ils sérieux ?

Je n’ai pas le détail des enquêtes. 176 enquêtes ont été diligentées à l’IGPN. Huit devraient passer en correctionnelle. Je ne sais pas lesquelles ont été sélectionnées.
Pour calmer les tensions de chaque côté, il aurait été recommandé de faire les enquêtes tout de suite et de les présenter à la justice pour qu’elle puisse décider s’il y avait quelque chose de pénalement répréhensible. Cela n’a pas été fait. Curieusement, on a attendu la fin du mouvement des Gilets jaunes pour envoyer nos collègues en correctionnelle. Ce sont uniquement nos collègues qui passent en correctionnelle. Certains ont pu faire des abus à titre personnel. Tous les gens ayant donné les ordres ne sont pas passés en correctionnelle.
Le procureur de Paris, nommé personnellement par monsieur Macron, décide du jour au lendemain d’envoyer nos collègues en correctionnelle. Je veux bien, mais c’est le sommet de l’iceberg. Toute la chaîne hiérarchique devrait y être. Il n’est légalement pas possible que le directeur de la police nationale, le préfet de police et monsieur Castaner soient en correctionnelle, alors on se défausse sur le moins gradé de la situation.


Les CRS vont porter la responsabilité de la gestion des manifestations…

Les CRS vont souffrir. Ils ont exécuté les ordres en dernier recours. D’autres ont fait des fautes professionnelles et parfois sciemment. Pourquoi n’ont-ils pas été écartés et sanctionnés plus tôt ?
Beaucoup de choses n’ont pas été faites. Il y a des dysfonctionnements très graves au niveau de la chaîne hiérarchique policière. Si des collègues ont commis des fautes, nous respectons la sanction.
Il est simplement dommage que cela arrive si tard.
S’ils doivent être sanctionnés, qu’ils le soient uniquement pour ce qu’ils ont fait, et non pas pour le dysfonctionnement de la police nationale.
Madame Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement, a changé son discours en deux jours. Le premier jour, juste après les déclarations de monsieur le procureur, elle disait vouloir une police plus propre, et envoyer tout le monde en sanction. Et le deuxième jour, elle disait : ‘’on a confiance en notre police, ce sont des gens exceptionnels’’.
Son discours change en fonction du calendrier de la journée.


C’est la dictature de la communication au détriment du bon sens…

C’est complètement au détriment du bon sens. Si on veut parler de bons sens, on peut parler de ‘’l’affaire’’ de madame Schiappa. Elle avait dit avoir été violemment agressée par des Gilets jaunes.
Elle a réussi à faire fermer des comptes Twitter en deux heures pour atteinte à la vie privée. Pourtant, alors que des policiers sont menacés de mort par des gens sur les réseaux sociaux, là, ils n’arrivent pas à faire fermer les comptes Twitter. C’est toujours deux poids, deux mesures !

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