Editoriaux - 13 février 2019

Melina Mercouri, Frédérique Brion ou l’éternel féminin, en ce jour de la Saint-Valentin…

Chacun ou… chacune d’entre nous a, sans doute, dans son Panthéon amoureux nombre d’hommes ou de femmes inoubliables à célébrer en ce jour de la Saint-Valentin, à commencer probablement par la (le) sienne… “Il y a des filles que l’on aime/Et celles qu’on aurait pu aimer/Puis un jour il y a la femme/Qu’on attendait”, chantait Joe Dassin. Et puis il y a toutes les autres, celles que l’on vénère secrètement, car elles incarnent possiblement l’éternel féminin, comme la si jeune et si fraîche Frédérique Brion, l’illustre inconnue alsacienne à laquelle je voue un culte quasi religieux sur Boulevard Voltaire, la citant chaque fois que je peux, ou la racontant, comme l’autre été, dans le recueil Douce France fort opportunément réuni par Gabrielle Cluzel.

Frédérique Brion, donc, de Sessenheim, cette jeune ingénue, timide et réservée, qui fut le premier grand amour de Goethe, rivalise dans mes préférences, avec exactement son contraire, celle que vénèrent en Grèce mes compatriotes d’adoption – je veux parler de l’incandescente, l’inoubliable, la sulfureuse Melina Mercouri. “Viens vite/Je t’invite/Je suis Grecque/Je vais te tirer les cartes/Et dans ta vie je vois/Des voyages des nuages/Des orages avec moi.” Disparue il y a 25 ans déjà, dans la canicule de l’été, Melina Mercouri restera à jamais l’icône incontestable de la femme grecque, à l’image de ses personnages d’héroïne antique ou de fille de joie qu’elle interprétait avec le même bonheur dans les films de Jules Dassin ou… rangée des voitures, Mme le ministre de la Culture à laquelle on doit le nouveau Musée archéologique, tout en verre, au pied de l’Acropole.

Avec sa voix rauque, cassée par la cigarette ou le narguilé des nuits de bouzouki, sa gouaille irrévérencieuse, Melina Mercouri incarnait la Grèce contemporaine, dans tout ce qu’elle a d’excessif, d’extrême, mais aussi de tendresse apaisée ou de séismes à répétition. Avec son allure flamboyante, sa générosité débordante, son exubérante joie de vivre, ses déclarations vibrantes et volubiles, Melina Mercouri, l’incomparable interprète des Enfants du Pirée savait être tour à tour femme jalouse ou putain, dans Stella, femme libre ou encore Jamais le dimanche qui lui valut, en 1960, un Oscar à Hollywood .

À l’occasion de cette Saint-Valentin bicéphale, j’aurais encore aimé faire un aller-retour entre « mon » île méditerranéenne et les rives plus septentrionales du Vater Rhein pour célébrer Frédérique Brion, injustement méconnue, mais dont l’idylle avec Johann Wolfgang von Goethe fit le tour du monde. De Chine, du Japon ou d’Australie, les amants de la Saint-Valentin viennent des quatre coins cardinaux en pèlerinage, sur les pas de nos deux tourtereaux bucoliques qui ont roucoulé à l’ombre du tumulus qui se trouve à l’entrée du village. On vient même se marier dans l’église de Sessenheim, que nos amoureux fréquentaient assidûment, avant d’aller « batifoler » dans les bois des alentours… Goethe y célébrait la femme éternelle, la muse de ses premiers poèmes, dont le célébrissime Heideröslein, la petite rose rouge de la lande alsacienne…

Mais le charme campagnard de la jeune fille finira par lasser notre séducteur impénitent. Et lorsque la bise fut venue, notre amoureux transi décida de mettre un terme à leur relation – « Il y a des jours, comme ça, où Cupidon s’en fout ! » Une rupture bête et brutale qui inspira à l’auteur de Dichtung und Wahrheit sans doute l’un de ses plus beaux lieder : “Ach, schon mit der Morgensonne…, les adieux m’étreignent le cœur, dans tes baisers, quelle volupté ! Dans ton regard, quelle douleur ! Et pourtant, quel bonheur d’être aimé ! Et aimer, ô Dieux, quel bonheur !” Frédérique ne s’en remettra jamais et mourra de chagrin. Sur sa tombe, elle fera graver que le rayonnement du poète lui avait accordé l’immortalité…

Joyeuse Saint-Valentin !

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