Mediapart plus sévère avec Quentin qu’avec les frères Kouachi

Pour l’extrême gauche, révéler le passé trouble de Quentin permet de relativiser son lynchage.
MEDIAPART QUENTIN

Non contente d’avoir tué Quentin, l’extrême gauche veut tout lui ôter, son honneur, sa réputation. Elle ne lui accorde qu’une seule chose : la mort que finalement il aurait quelque part plus ou moins méritée. Les propos que le militant aurait tenus justifient-ils qu’on puisse tabasser à mort un homme ? S’il fallait trouver un moyen de trouver des excuses aux barbares qui ont tué Quentin, Mediapart ne s’y prendrait pas autrement. Les frères Kouachi ont eu droit à plus d'indulgence.

Il a été lynché, tabassé à mort, le crâne explosé à coups de poing et de pied... Les militants de la Jeune Garde ne lui ont laissé aucune chance. Des collaborateurs du député insoumis Raphaël Arnault figurent parmi les mis en examen : la violence et l’exaction comme seules réponses au désaccord idéologique.

Grâce au travail minutieux de Jean Bexon, Boulevard Voltaire a développé les circonstances de la mort et le déroulé de cette fin de journée tragique du 12 février. Ce jour-là, Quentin était venu protéger des jeunes filles face aux potentielles violences des milices d’extrême gauche qui pullulent à Lyon. « On ne laisse pas des jeunes femmes en danger », écrivait-il à un ami, la veille du drame. Un de ses derniers textos. Comme un testament. Tel Cyrano, Quentin s’écriait : « On ne capitule pas l’honneur d’être une cible. » L’honneur de Quentin, ce jour-là, était d’accepter d’être une cible pour détourner l’attention des barbares et exfiltrer les jeunes filles de Némésis en cas de problème. Comme Pfeiffer, le fidèle compagnon du général vendéen François Athanase Charette, Quentin avait dressé le panache blanc sur sa tête. Et comme Gavroche, Quentin est tombé par terre.

Nazification par contamination

Depuis 24 heures, les investigations de Mediapart sont comme une déflagration. Quentin Deranque aurait eu une activité militante soutenue sur le réseau social X, sous couvert de pseudonymes. Ses interventions insultantes et provocatrices sur le IIIe Reich ne collent pas avec les différents portraits de jeune catholique traditionaliste qu'ont fait de lui ceux qui le connaissaient. Les tweets insensés de Quentin, s'ils sont avérés, démontrent que l’engagement militant en soif d’absolu peut faire prendre des chemins d’errance. Pour autant, Quentin devait-il être exécuté ? Ses opinions lui ont-elles fait mériter son sort ? Il semblerait que c'est vers cette petite idée que l'extrême gauche voudrait pousser l'opinion, progressivement. L’enjeu est là. Et pourtant, nulle ambiguïté : Quentin a bel et bien été tué par l’extrême gauche. Si le chevalier servant avait sous sa cotte de maille des côtés sombres, son sacrifice reste.

Marc Baudriller a parfaitement décrit, dans nos colonnes, la machine à nazifier qui s’est progressivement mise en place autour du meurtre de Quentin. Et dont nous vivons l’acmé. Quentin Deranque était un néonazi, nous explique l’extrême gauche, à la lecture des messages irrationnels que ce dernier aurait écrits sous pseudo. Le message subliminal n’est pas très compliqué à attendre. Taper, c’est mal. Taper à mort, c’est très mal. Mais taper à mort un militant de droite radicale serait finalement excusable. Alors, désormais, la chasse au nazi tourne à plein régime.

C’est la grande nazification par contamination. Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, qui a permis la minute de silence dans l’Hémicycle : nazie. Les députés qui ont participé à ce moment mémoriel : nazis (y compris ceux de La France insoumise, donc). Les journalistes qui ont tenté de dresser le portrait d’un jeune homme catholique non violent : nazis. Les parents de Quentin, les amis de Quentin, les prêtres qui se sont occupés de l’âme de Quentin : nazis. Les seuls innocents, dans cette affaire, sont les antifas. La milice de la Jeune Garde, « l’auto-défense populaire » défendue par La France insoumise, s’est auto-défendue. Excusez-les pour les dégâts collatéraux.

Le cimetière où Quentin est inhumé révélé

Mediapart s’est tout permis avec Quentin, dont la famille est harcelée. Nos confrères d’extrême gauche ont même révélé, pour leur enquête, le cimetière où repose le corps de Quentin alors que la famille avait expressément demandé à la presse de respecter ce lieu de la dernière intimité sacrée. Des appels à profaner la tombe de Quentin tournent désormais sur les réseaux antifas.

Étonnamment, dans le traitement des frères Kouachi, Mediapart ne fit pas preuve du même zèle. Après l’assassinat de la rédaction de Charlie Hebdo, un papier de nos confrères prenait soin de revenir sur « la jeunesse ébranlée » des terroristes, ou bien un autre décrivait leur « enfance misérable », due à un « père absent » et une « mère prostituée »« Les frères Kouachi ont eu l'adolescence de jeunes en déshérence, placés dans un centre éducatif de Corrèze et lâchés dans la nature à leur majorité », nous expliquait, à l'époque, Mediapart, qui retrouvait la trace d'un ancien ami des assassins qui tuèrent douze journalistes à la kalachnikov, le 7 janvier 2025. Sherif était « très marrant, frimeur, il jouait les beaux gosses ». Son frère Saïd était, quant à lui, « très civilisé et respectueux », « toujours prêt à botter le cul de ceux qui faisaient des conneries ». On s’y attacherait presque. Quentin n’aura pas droit aux mêmes égards, aux mêmes circonstances atténuantes et à la même mansuétude. Le deux poids deux mesures de l’extrême gauche éclate au grand jour. Quentin n’est plus là pour se défendre.

Picture of Yves-Marie Sévillia
Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

72 commentaires

  1. C’est quand même délirant, pour certains des tweets mériteraient la mort alors que les criminels les plus abjects on des condamnations de 15 à 30 ans et des remises de peine. (Les tweets restent à prouver et pour l’instant ont la consistances des rumeurs)

  2. Stupéfiant ! ……mais d’où sortent ces individus qui travaillent à Mediapart ? Comment se fait-il qu’il n’y aie aucune suite après ce qu’il vient de faire mais espérons que l’Avocat de la famille de QUENTIN fera une enquête sur ces soi-disant messages de QUENTIN et le nécessaire contre ce Mediapart et ce Batoura afin qu’ils cessent de nuire à la société.

  3. L’avocat de la famille devrait demander des comptes à Médiapart. Comment ce torchon est-il remonté à la source de ces messages sous pseudo, dont l’auteur serait Quentin ? Il faut aller jusqu’au bout et comme je suis quasi certaine que Quentin n’était pas un néo-nazi, que ces msg ne sont pas de sa main, les traîner en diffamation. Leur faire payer cher leurs mensonges, sans oublier l’infamie de la désignation du cimetière !

  4. Quelqu’un a-t-il lancé une cagnotte pour soutenir la famille de Quentin afin de les aider à payer les frais de justice pour attaquer Médiapart pour calomnie et diffamation ? Si cette cagnotte de soutien face à la campagne de dénigrement de Quentin existe, merci de la partager, je leur ferai un don de trois chiffres.

  5. L’article de Médiapart est en accès libre tout le week-end des municipales. Je vous recommande d’en faire la lecture. Je suis prêt à parier que le RN ne va plus jamais faire référence à Quentin Deranque dans ses discours.

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