Matthieu Pigasse au grand raout de la gauche : la photo qui choque

De plus en plus engagé politiquement, Matthieu Pigasse bénéficie d’une impunité qui a de quoi sidérer.
Matthieu Pigasse. @Philippe Moreau Chevrolet/Wikimedia commons
Matthieu Pigasse. @Philippe Moreau Chevrolet/Wikimedia commons

Le gratin de la gauche dite « modérée » s’était donné rendez-vous en Bretagne, ce samedi 25 avril. À l’initiative du président de la région, le socialiste Loïg Chesnais-Girard, ce grand raout avait pour but de fédérer les énergies en vue de l’élection présidentielle de 2027. Un défi loin d’être relevé, au vu du nombre grandissant de candidats potentiels… Prise sous le soleil de plomb de Liffré, près de Rennes, une photographie de groupe a immortalisé la scène. On voit François Hollande, entouré de son ancienne secrétaire d’État Carole Delga et de son ancien ministre Stéphane Le Foll. Il y a aussi l’ancien locataire de Bercy Éric Lombard, bras dessus bras dessous avec le leader de Place publique, Raphaël Glucksmann. Le sénateur écologiste de Paris Yannick Jadot, l’eurodéputée Emma Rafowicz, une proche du Premier secrétaire du PS Olivier Faure, sont également là. Enfin, à l’extrémité gauche du cliché, on distingue un invité d’un autre genre : l'homme d'affaires Matthieu Pigasse.

Que faisait donc là ce monsieur, qui se trouve être à la tête d’un petit empire médiatique qui produit notamment des émissions de débat pour France Télévisions ? De nombreux internautes ont dénoncé un mélange des genres pour le moins gênant. « Voilà le service public et leur milliardaire de service » ironise un twittos. « C'est le concept de la neutralité… quand on est de gauche, on n'est pas un militant, on est un "citoyen engagé" », ajoute un autre, sur le même ton. « Et pendant ce temps-là, Bolloré est conspué pour avoir l’outrecuidance d’être de sensibilité de droite et un peu trop patriote aux yeux de ces apparatchiks qui ont ruiné notre pays. »

Beaucoup ont également interpellé l’Arcom et lui ont demandé d’enfin décompter le temps de parole de M. Pigasse. En effet, pourquoi ce militant notoirement connu pour son engagement politique et ses ambitions électorales personnelles devrait-il être traité différemment d’un Philippe de Villiers, dont le temps de parole est comptabilisé et retiré au camp « divers droite » alors qu’il ne détient aucun mandat ? Nous avons posé la question à l’Arcom et attendons ses explications.

Un engagement de plus en plus marqué

Si la presse mainstream continue de pudiquement le présenter comme un simple « banquier d’affaires », Matthieu Pigasse se comporte de plus en plus comme un leader politique. L’homme ne s’interdit plus rien, pas même de dicter sa stratégie à la gauche. Selon les récits de plusieurs sources présentes en Bretagne ce samedi, le patron de Radio Nova a publiquement ciblé Raphaël Glucksmann, alors assis à ses côtés, en déplorant son aventure solitaire. « Je ne comprends pas comment, ni pourquoi, on peut penser, dans ce pays, qu’une gauche à 30, 35 %, arrivée divisée à l’élection, pourrait gagner », a-t-il ainsi lancé, selon un journaliste de l’Opinion. Et de marteler : « À ce compte-là, la chance, elle est de zéro ! » Selon le quotidien Le Télégramme, Matthieu Pigasse a critiqué ceux pour qui la gauche doit avoir « l’ambition de plaire au MEDEF ». Une façon de critiquer les prétendants tentés, au sein de son camp, de se tourner vers le centre pour leur campagne, et de prêcher plutôt pour une alliance avec l’extrême gauche. Car à gauche, tous ne font pas le choix extrême de Pigasse : « Je ne veux pas gouverner la France avec Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise, se défend M. Glucksmann. Point. Nos divergences sur l’antisémitisme, l’Europe, la question de la démocratie sont tout sauf infimes. »

Jusqu’à quand cette comédie va-t-elle durer ? Les relais de la gauche dénoncent les « ingérences » de Vincent Bolloré mais restent silencieux lorsque Matthieu Pigasse annonce qu’il va mettre les médias qu’il « contrôle » au service de son combat contre la droite. La commission d’enquête sur l’audiovisuel public a bien tenté de souligner « l’influence » de M. Pigasse sur certaines chaînes de France TV, mais l’ensemble du système s’est mis en branle pour définitivement enterrer le rapport écrit par Charles Alloncle et effacer les témoignages compromettants…

Un favoritisme idéologique ?

Quant à l’Arcom, il semble illusoire d’espérer, de son côté, le moindre sursaut démocratique ou le moindre éclair de bon sens. Souvenez-vous de cette séquence invraisemblable diffusée le 11 septembre 2025, sur France 2, où Matthieu Pigasse avait été présenté par Caroline Roux en sa seule qualité de chef d’entreprise, alors qu’il est cofondateur de la société Mediawan qui produit un programme de France 5 présenté par... la même Caroline Roux !

Sollicitée par de nombreux téléspectateurs choqués de ce mensonge par omission, l’autorité de régulation des médias avait rendu son verdict, deux mois plus tard : aucune sanction nécessaire, avait-elle jugé. Certes, la présentation faite « ne satisfaisait pas pleinement aux exigences d’honnêteté et de rigueur de l’information », mais France TV avait simplement été rappelée à « la nécessité de donner aux téléspectateurs toute précision utile à la parfaite compréhension de la qualité des intervenants »… On connaît des chaînes punies de plusieurs millions d’euros d’amendes pour moins que ça....

Pourquoi une telle mansuétude envers France TV et Matthieu Pigasse ? Parce que l’Arcom est présidée par un socialiste ? Allez savoir.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

30 commentaires

  1. Peut être que ce Monsieur aura du soucis à se faire s’il y a changement de  »régime » l’an prochain…Espérons qu’on ira éplucher pour lui et son copain Niel leurs contrats avec l’audio visuel publique durant des années ….

  2. La gauche n’aime pas les riches, elle en a tout a fait le droit, elle n’aime pas par exemple Bernard Arnault et ne cesse de le dire mais curieusement elle ne parle pas de Matthieu Pigasse qui fait également de la politique ou encore Xavier Niel.
    Comme c’est curieux.

  3. « À Liffré, j’étais venu défendre l’union de toutes les gauches, le partage des richesses, et un projet de transformation radicale ». En fait, M. Pigasse veille à distribuer la richesse des autres. Pas la sienne.

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