À l’heure où s’écrivent ces lignes, on est suspendu à la décision du Conseil d’État : ou pas , partout dans les rues de Lyon et Strasbourg ? Le ministère de la Santé qui a porté l’affaire devant la plus haute juridiction administrative n’en démord pas : plus question de « faire dans la dentelle, rue par rue », comme c’était le cas, début août, à .

C’est joli, pourtant, la dentelle. Drapant le guéridon où repose la télécommande ou carrément sur la télé pour qu’elle ne prenne pas la poussière. Évidemment, c’est au rayon lingerie féminine que la dentelle donne le meilleur d’elle-même : culottes, slips brésiliens, strings, bodys, nuisettes, soutiens-gorge, bas, porte-jarretelles, collants, etc. Une nomenclature qui nécessite d’avoir un peu de vocabulaire et de tenue. De toutes les couleurs et formes, aussi, ces dentelles. Pour toutes les bourses, enfin.

On fait dans la dentelle et la dentelle fait le tour de taille et de France : Alençon, Calais, Caudry, Argentan, Le Puy. Celles de Montmirail, dans le Vaucluse, sont très jolies, mais pour les escalader, il vaut mieux être équipé de chaussures de montagne. Pas très élégant mais efficace. Petit tour en Europe, aussi. L’Europe des nations n’a rien contre celle de la dentelle : Bruges, Venise, Croatie, Russie. Comment ne pas évoquer le tableau de Vermeer, La Dentellière, cette jeune fille sagement absorbée par son ouvrage de dentelle, qui nous amène dans l’opulente Hollande du XVIIe siècle.

Mais revenons par chez nous. Aujourd’hui, on trouve de ravissants masques en dentelle, plutôt réservés à la gent féminine, pour se protéger de la vilaine Covida. En triangle ou rectangulaires. Le visage, comme le bas des reins, a droit aussi à son festival de couleurs : ivoire, noir, blanc, etc. L’aubaine est trop belle et le commerce ne perd jamais le nord : « Dans les prochains mois à venir, ce petit accessoire va faire partie de notre quotidien… Une petite touche de féminité et d’originalité pour ne rien perdre de votre glamour. » Certains descriptifs sont d’ailleurs une véritable invitation au masque : « La proposition est une réinterprétation toute en délicatesse pour une élégance sur un produit usuel qui protège par son effet barrière… Nous rendons hommage à une sensualité forte et affirmée. » Plus convaincant qu’un simili-cours de fac du docteur Véran chez Anne-Claire Coudray.

Le gouvernement a tort de ne pas vouloir faire dans la dentelle.

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